Mentionné en 1285, vidé entre 1400 et 1420 : Dracy, le village que la Côte-d’Or a laissé aux bois

Le hameau d'Orches à Baubigny, maisons groupées au pied d'une falaise calcaire des Hautes Côtes
Le hameau d'Orches, sur la commune de Baubigny, au pied des falaises des Hautes Côtes. Photo : Jean de l'Auxois, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Dracy est mentionné dans les archives dès 1285 et donné pour définitivement déserté entre 1400 et 1420. Entre les deux dates, le village a d’abord grandi, puis s’est vidé maison après maison.

Le site se trouve sur la commune de Baubigny, en Côte-d’Or, au pied d’une falaise des Hautes Côtes beaunoises. Il n’en reste que des ruines sous les arbres, fouillées campagne après campagne à partir des années 1960.

Une désertion qui a duré une génération

Le rapport publié dans Archéologie médiévale en 1980 donne la chronologie complète : les documents mentionnent le village dès 1285 et le donnent pour définitivement déserté entre 1400 et 1420, mais situent le début du processus de désertion avant 1391.

Ce décalage est le vrai sujet. La peste et les bandes armées sont bien au dossier : le rapport de 1980 rattache un premier déclin à 1348, année de la Peste noire, et date de 1360 des destructions par le feu. Mais elles n’ont pas vidé le village d’un coup, puisque plusieurs maisons sont reconstruites après 1360 et que la désertion définitive attend encore quarante ans.

Un village ne meurt pas le jour où le dernier habitant s’en va. Il meurt le jour où le premier part sans être remplacé.

Six maisons brûlées, et une date

Les fouilles ont montré que six maisons du village avaient brûlé. Pour l’une d’elles, le rapport est précis : l’incendie du bâtiment II a pu être daté de 1360 par les monnaies qu’on y a trouvées.

Le même rapport ajoute que les documents attestent qu’à cette date, les Routiers établis à Chagny rançonnent et brûlent les villages environnants. Et il rapproche bien les deux faits : avec six maisons brûlées, écrit-il, il ne peut plus s’agir d’accidents isolés. Il rattache ensuite la chronologie relative des maisons à un événement daté de 1360 et parle des destructions de 1360.

La prudence du rapport porte sur un autre point : il ne désigne nommément aucun incendiaire à Dracy, et aucun document ne le fait. Il précise en revanche la suite de l’histoire. En 1360, plusieurs maisons étaient déjà abandonnées, signe d’un déclin antérieur. Après les destructions, cinq maisons sont reconstruites, trois sont définitivement abandonnées.

Ce que les fouilles et les archives établissentDonnée
Première mention du village1285
Début du processus de désertionavant 1391
Désertion définitiveentre 1400 et 1420
Bâtiments dégagésdix-neuf
Habitations correspondantesau moins vingt-trois
Maisons incendiéessix, dont une datée de 1360 par les monnaies
Les données publiées dans Archéologie médiévale.

Dix-neuf bâtiments, au moins vingt-trois habitations

La mise au jour de nouveaux bâtiments a porté à dix-neuf le nombre de constructions dégagées, qui composent un nombre plus important d’habitations, au moins vingt-trois. Un bâtiment pouvait donc abriter plusieurs foyers.

Les maisons étaient fermées sur elles-mêmes. Une campagne a dégagé, pour la première fois sur le site, deux fenêtres, décrites comme très étroites, mesurant au mieux 0,25 mètre sur 0,30 mètre. Vingt-cinq centimètres sur trente, et c’est la mesure extérieure : le rapport de 1980 précise que ces baies sont toujours très étroites à l’extérieur et largement ébrasées vers l’intérieur.

Cette campagne-là a livré peu de mobilier, mais le site n’est pas pauvre pour autant : la couche d’incendie de la maison II a donné de nombreux vases de terre cuite, des faucilles et des serpettes, huit clés, cinq serrures, des dés à coudre et des fers à cheval. Le même rapport signale la découverte d’un pot contenant des œufs, l’un de ces objets qui rendent une ruine brusquement habitée.

Un village sans église, et pourtant un cimetière

Dracy n’avait pas d’église. Il appartenait, avec trois autres villages, à la paroisse de Baubigny. C’était la règle commune pour les petits habitats des Hautes Côtes, qui dépendaient d’un centre paroissial.

Mais les fouilles y ont trouvé un cimetière, et le rapport de 1971 ne cache pas sa surprise : la présence d’un cimetière dans ce village dépourvu d’église ou même de chapelle ne laisse pas de surprendre.

Le rapport de 1972 avance plusieurs pistes : la coutume bourguignonne d’inhumer en terre sauvage les paysans frappés d’extrême pauvreté, un cimetière d’épidémie, ou le cimetière d’un village neuf dont l’église projetée n’a jamais été bâtie. Les campagnes suivantes déplacent la réponse : les rapports de 1976 et de 1978 parlent d’un cimetière mérovingien et de sépultures mérovingiennes, l’une accompagnée d’un scramasax, donc bien antérieures au village des XIIIe et XIVe siècles.

À comparer : d’autres villages français ont disparu pour des raisons documentées, comme Courbefy ou Celles. Dracy, lui, n’a pas de cause unique identifiée.

Pourquoi ce village a été fouillé si longtemps

Dracy n’est pas un site exceptionnel par ses trouvailles. Il l’est par sa durée d’étude. Les campagnes s’y sont succédé pendant des décennies, et le rapport de 1978 parle déjà de la onzième campagne de fouilles.

Cette persévérance tient à une question posée dans les années 1960 par l’archéologie médiévale française : à quoi ressemblait concrètement une maison de paysan au Moyen Âge ? Les textes n’en disent presque rien, les châteaux et les églises ont monopolisé l’attention des érudits, et les villages encore habités ont effacé leurs états anciens.

Un village vidé au début du XVe siècle et jamais réoccupé est donc un cas d’école : le sol y conserve l’état de l’habitat au moment du départ, sans les remaniements de cinq siècles d’occupation continue. C’est pour cela qu’on fouille Dracy, et pas pour ce qu’on espérait y trouver.

Ce que les ruines sont devenues

Après l’abandon, le site n’est pas resté vide de toute présence. Le rapport de 1980 note que les ruines ont parfois été réutilisées pour servir d’abris occasionnels, et cela sans doute dès les XVe ou XVIe siècles.

Des bergers, des bûcherons, des voyageurs : un village mort devient un abri de passage avant de devenir un tas de pierres. C’est une étape que l’archéologie repère souvent, et qui brouille la lecture des niveaux supérieurs.

Puis la forêt a repris, et c’est aujourd’hui sous les arbres que les murs se lisent. Le site n’est pourtant pas oublié : le rapport de 1980 signale un aménagement pour la présentation au public et deux expositions, et le village médiéval de Dracy figure parmi les points d’intérêt du circuit des roches, balisé au départ de Baubigny.

Cette reconquête n’a rien d’anecdotique pour la lecture du site. Les racines déplacent les pierres, les souches percent les sols, et chaque arbre tombé arrache une partie de ce qu’il tenait. Une ruine sous forêt se dégrade autrement qu’une ruine en plein champ, mais elle se dégrade.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, Dracy ne se voit pas. Le couvert forestier masque entièrement les murs, et seule la falaise au pied de laquelle le village s’était installé reste lisible dans le relief.

C’est le propre de ces sites : ils se révèlent au relevé topographique ou au lidar bien plus qu’à la photographie. Ce que l’on cherche, ce sont des alignements trop réguliers pour être naturels, des terrasses, des creux de cave.

Les Hautes Côtes beaunoises, elles, se lisent parfaitement d’en haut. C’est l’arrière-pays du vignoble, plus haut et plus froid que la Côte, où la vigne cède la place au bois et au pâturage. Un paysage qui a perdu beaucoup d’habitants et n’en a jamais regagné autant.

La position du village, elle, n’a rien d’évident. Pesez la décrit comme un établissement au pied d’une falaise rocheuse, sur des terres ingrates, au sol peu profond et aux pentes accentuées. Le terrain fouillé est une pente découpée en terrasses, où les maisons s’étagent sur trois lignes, quinze mètres de dénivelé séparant la ligne haute de la ligne basse.

Sources : Jean-Marie Pesez, Côte-d’Or, Baubigny, Dracy, Archéologie médiévale, tomes 1 (1971), 6 (1976), 8 (1978) et 10 (1980) ; Jean-Marie Pesez, L’habitation paysanne en Bourgogne médiévale, Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, 1972.

Questions fréquentes

Quand Dracy a-t-il été abandonné ?

Pas en une fois. Le rapport de fouille publié dans Archéologie médiévale écrit que les documents mentionnent le village dès 1285 et le donnent pour définitivement déserté entre 1400 et 1420, mais situent le début du processus de désertion avant 1391. L'abandon a donc duré au moins une génération.

Pourquoi le village a-t-il disparu ?

Pas d'une cause unique, mais d'un enchaînement. Le rapport de 1980 constate que six maisons ont brûlé, que l'incendie du bâtiment II a pu être daté de 1360 par les monnaies qu'on y a trouvées, et que les documents attestent qu'à cette date les Routiers établis à Chagny rançonnent et brûlent les villages environnants. Il en tire qu'il ne peut plus s'agir d'accidents isolés et parle ensuite des destructions de 1360. Il ajoute qu'en 1360 plusieurs maisons étaient déjà abandonnées, donc qu'un déclin avait commencé avant, qu'on peut sans doute dater de 1348, année de la Peste noire.

Combien de maisons comptait-il ?

Les campagnes de fouille ont porté à dix-neuf le nombre de bâtiments dégagés, qui composent un nombre plus important d'habitations, au moins vingt-trois selon le rapport de 1980.

Y avait-il une église ?

Non, et c'est une particularité du site. Dracy était un village sans église qui appartenait, avec trois autres villages, à la paroisse de Baubigny. Le rapport de 1971 note pourtant que la présence d'un cimetière dans ce village dépourvu d'église ou même de chapelle ne laisse pas de surprendre. Les campagnes suivantes ont déplacé la question : les rapports de 1976 et de 1978 parlent d'un cimetière mérovingien, donc antérieur de plusieurs siècles au village fouillé.

Que montrent les maisons fouillées ?

Des bâtiments très fermés vers l'extérieur. La neuvième campagne, en 1975, a dégagé pour la première fois deux fenêtres sur le site, décrites comme très étroites, mesurant au mieux 0,25 mètre sur 0,30 mètre, le rapport de 1980 précisant que ces baies sont largement ébrasées vers l'intérieur. La même campagne signale la découverte d'un pot contenant des œufs.
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