Une centrale hydroélectrique de 1893 servait à tirer les péniches sous la colline de Pouilly-en-Auxois

L'entrée de la voûte du canal de Bourgogne à Pouilly-en-Auxois
L'entrée de la voûte du canal de Bourgogne, à Pouilly-en-Auxois (Côte-d'Or). Photo : Hystiff, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Au-dessus de l’entrée d’un petit bâtiment de Pouilly-en-Auxois, le pignon porte la date de 1893 et un bas-relief sculpté qui représente une dynamo. C’est une centrale hydroélectrique, et elle a été bâtie pour une seule chose : tirer les péniches sous la colline.

Le canal de Bourgogne franchit là sa ligne de partage des eaux par un souterrain de plus de trois kilomètres, entre Pouilly-en-Auxois et Créancey. L’ouvrage n’a pas de chemin de halage, et c’est tout le problème qu’il a fallu résoudre successivement par la force des bras, par la vapeur, puis par l’électricité.

Les chevaux passaient par-dessus

Avant 1867, on traversait à la force des bras. Faute de chemin de halage, les mariniers poussaient à la perche ou à la gaffe en prenant appui sur le fond du canal et sur des encoches ménagées dans les parois, puis tiraient sur une chaîne. Il fallait de huit à douze heures. Les chevaux, eux, ne tenaient pas sous la voûte et franchissaient la colline par une allée d’arbres pendant que le bateau avançait dessous.

En 1867 arrive un toueur à vapeur, un remorqueur sans hélice qui se hale sur une chaîne noyée dans le chenal. Les notices d’inventaire datent de cette année-là l’installation du touage à vapeur, et un détail en garde la trace : les margelles des puits de ventilation ont été surélevées d’environ trois mètres après sa mise en service.

Selon l’étude de Paul Barbier publiée en 1995, le dégagement de gaz et de fumées des toueurs à vapeur, mal évacués malgré les puits d’aération, a provoqué un accident mortel ; on n’employa alors plus que du coke, et un nouvel accident fut évité de justesse en 1883. Le passage de la vapeur ramenait la traversée de trois à cinq heures.

Le pignon de la centrale porte la date de 1893 et un bas-relief représentant une dynamo. Les machines ont été conservées.

Dix-neuf chevaux et une chaîne au fond de l’eau

En 1893, l’ingénieur des Ponts et Chaussées François Galliot équipe la voûte d’un touage électrique. La notice de l’Inventaire général est explicite : l’usine a été construite cette année-là pour fournir l’énergie électrique nécessaire au fonctionnement du système qu’il a mis en place, sur la chute de la première écluse du versant Yonne. Une étude publiée en 1995 dans une revue d’histoire de l’électricité fait remonter l’avant-projet à un rapport manuscrit de janvier 1892.

Le courant était amené au moteur du bateau par un réseau de fils, d’abord aérien, puis accroché à la voûte du souterrain, et capté par caténaires. Deux centrales, une à chaque extrémité, alimentaient trois fils : les deux câbles extérieurs pour le toueur, le câble central reliant les centrales entre elles. La microcentrale de l’écluse mesure six mètres sur six et fournissait moins de trente chevaux.

Le toueur avait une coque métallique de quinze mètres de long sur trois mètres vingt de large. Sa dynamo réceptrice, du même type que les génératrices, travaillait sous 550 volts et 30 ampères, soit environ dix-neuf chevaux à 900 tours par minute. Une batterie de secours de 250 éléments était prévue, mais elle ne fut jamais installée sur le toueur : elle fut placée dans l’usine de Pouilly. Il avançait en enroulant sur le tambour d’un treuil embarqué une chaîne ou un câble posé au fond du chenal.

ÉlémentValeurSource
Tracé fixé1823, par l’ingénieur Charles Foreynotice de l’Inventaire général IA21003646
Travauxadjugés en 1827, ouvrage achevé en 1831même notice
Réception définitive7 décembre 1832même notice
Puits creusés32, dont 18 conservés pour la ventilationmême notice
Centrale hydroélectrique1893, pour le touage de Galliotnotice IA21003637
Fin du service1987étude publiée au Bulletin d’histoire de l’électricité, 1995
La notice de l’Inventaire compte 14 puits encore visibles, une source locale en compte 12.

Du tracé de 1823 à la réception de 1832, trente-deux puits

Le souterrain lui-même est bien plus ancien que son électricité. Charles Forey fixe le tracé et le gabarit en 1823, les travaux principaux sont adjugés en 1827 à un entrepreneur nommé Guillemot, et l’ouvrage est achevé dans le courant de 1831. Le certificat de réception définitive est rédigé le 7 décembre 1832 par l’ingénieur Philibert Lacordaire.

Pour creuser, on a percé trente-deux puits depuis la surface, qui permettaient d’attaquer la galerie en plusieurs points à la fois. Dix-huit ont été conservés pour la ventilation, et il en reste quatorze visibles selon la notice d’inventaire, douze selon une source locale. Ils s’alignent au-dessus du tunnel, dans les champs, et c’est d’en haut qu’on les repère le mieux.

La maçonnerie est en calcaire, moellon et pierre de taille, le tracé rectiligne. La voûte a été réparée dans les années 1850, et en 1909 une campagne a repris les piédroits, le radier et les têtes. Le bief de partage, dans lequel le souterrain est compris, court sur un peu plus de six kilomètres entre l’écluse de Pouilly-en-Auxois et celle d’Escommes.

Ce que nous n’écrivons pas : l’altitude de 378 mètres et le titre de canal le plus haut d’Europe jusqu’en 1992 circulent sur des pages touristiques et locales. Nous n’avons trouvé ni cette cote ni ce classement dans un document d’État consultable, et ces deux éléments ne sont donc pas publiés ici comme des faits.

Ce qui reste

Le service du toueur s’est arrêté en 1987, après quatre-vingt-quatorze ans. Depuis, les bateaux franchissent le souterrain par leurs propres moyens, sur autorisation : le règlement de police pris en 2017 par les préfets de huit départements, sur proposition du gestionnaire de la voie d’eau, ne prévoit plus aucun touage. Le gabarit reste serré, 3,10 mètres de hauteur dans l’axe sur un mètre cinquante de part et d’autre, 2,50 mètres à l’aplomb des bandes.

La centrale, elle, est toujours là, et ses machines ont été conservées. Vers 1940, l’usine de Pouilly a été raccordée au réseau de distribution par une commutatrice, celle d’Escommes étant supprimée ; vers 1950, un redresseur statique a pris le relais, et le toueur a fait son dernier voyage le 18 septembre 1987. Il reste à l’usine la dynamo Gramme d’origine, la turbine Francis et le redresseur, et la façade porte toujours une dynamo sculptée au-dessus de la porte.

Le bief de partage est aussi, par construction, le point le plus fragile du canal : c’est le seul endroit où l’eau n’arrive par aucun des deux versants et doit etre amenée, ce qui explique le soin apporte aux reservoirs de la region et l’attention portee a l’étanchéité du souterrain lors des campagnes de reparation.

Rien de tout cela ne se voit depuis la route. D’en haut, on distingue une tranchée qui s’enfonce dans la colline, puis une ligne de puits dans les cultures, et l’on comprend d’un coup que le canal passe dessous.

Sources : notices Mérimée IA21003646 pour le souterrain, IA21003637 pour la centrale hydroélectrique, IA21003642 et IA21003644 pour les bâtiments annexes, Inventaire général du patrimoine culturel, Région Bourgogne ; Paul Barbier, Le touage électrique sur le canal de Bourgogne à Pouilly-en-Auxois, Bulletin d’histoire de l’électricité, numéro 25, juin 1995 ; arrêté inter-préfectoral numéro 599 du 6 septembre 2017 portant règlement particulier de police des voies touristiques de Centre-Bourgogne ; guide du plaisancier Centre-Bourgogne 2025 de Voies navigables de France ; sites documentaires spécialisés pour certaines caractéristiques du toueur.

Questions fréquentes

Pourquoi fallait-il tirer les bateaux ?

Parce qu'il n'y a pas de chemin de halage sous la voûte et que les chevaux n'y passaient pas, faute de place : ils franchissaient la colline par une allée d'arbres pendant que le bateau traversait. Avant 1867, les mariniers poussaient à la perche en prenant appui sur le fond du canal et sur des encoches des parois, puis tiraient sur une chaîne. La traversée demandait de huit à douze heures.

Comment fonctionnait le touage électrique ?

Un bateau remorqueur sans hélice se halait en enroulant sur le tambour d'un treuil embarqué une chaîne posée au fond du chenal. Le courant lui était amené par un réseau de fils, d'abord aérien puis accroché à la voûte du souterrain, et capté par caténaires. Deux centrales, une à chaque extrémité du tunnel, alimentaient trois fils : les deux câbles extérieurs pour le toueur, le câble central reliant les centrales entre elles.

Quelle était sa puissance ?

Sa dynamo réceptrice travaillait sous 550 volts et 30 ampères, soit environ 19 chevaux à 900 tours par minute. Une batterie de secours de 250 éléments était prévue, mais elle fut finalement placée dans l'usine et non sur le bateau. Du 1er septembre 1893 au 1er avril 1894, le toueur a transporté 80 800 tonnes en neuf cents heures. Ces caractéristiques proviennent d'une étude publiée en 1995 dans une revue d'histoire de l'électricité.

Quelle est la longueur exacte du souterrain ?

Elle n'est pas établie. La valeur de 3 333 mètres est partout, mais la notice de l'Inventaire général se contente d'environ 3 300 mètres, et deux autres valeurs circulent, 3 348,87 et 3 348,17 mètres. Aucune mesure publiée par le gestionnaire de la voie d'eau ou par un service technique de l'État n'a pu être consultée. Le souterrain est large de 5,80 mètres, avec, selon l'étude de 1995, une voûte en plein cintre de 3,10 mètres de rayon sur des piédroits de 3,25 mètres de hauteur et 48 à 50 mètres de terrain au-dessus au point le plus profond, d'après un site documentaire privé.

Peut-on encore le traverser en bateau ?

Oui, par ses propres moyens et sur autorisation : le règlement de police de 2017 ne prévoit plus aucun touage. Le gabarit est strict, 3,10 mètres de hauteur au-dessus du plan de flottaison dans l'axe sur une largeur d'un mètre cinquante de part et d'autre, et 2,50 mètres à l'aplomb des bandes.
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