Avec environ deux mètres de chute, la machine de Marly élevait l’eau de la Seine de 162,15 mètres

Estampe ancienne montrant la machine de Marly sur la Seine et la rampe de conduites qui monte le coteau
La machine de Marly et sa rampe de conduites, sur une estampe de la fin du XVIIe siècle. Photo : estampe éditée chez Nicolas de Poilly, Bibliothèque nationale de France, Public domain, via Wikimedia Commons.

La machine de Marly disposait d’environ deux mètres de chute sur la Seine. Elle élevait l’eau de 162,15 mètres. Tout l’ouvrage tient dans l’écart entre ces deux chiffres.

Les deux valeurs viennent du même document, le dossier pédagogique que le château de Versailles consacre à la machine. Il écrit que la hauteur totale de remontée des eaux était de 162,15 mètres, et que la hauteur de chute entre l’amont et l’aval est assez faible, environ 2 mètres.

Un rapport de un à quatre-vingts

Le principe est celui d’un multiplicateur mécanique. Le courant du fleuve fait tourner des roues à aubes ; les roues actionnent des pompes ; les pompes passent le relais à d’autres pompes, étage par étage, jusqu’au sommet du coteau.

Le dossier détaille l’altimétrie : niveau du deuxième puisard à 104,98 mètres, plus 57,17, soit 162,15 mètres au niveau de la tour du Levant. C’est là que commence l’aqueduc de Louveciennes, qui conduit ensuite l’eau vers Marly et Versailles.

Faire monter de l’eau de cent soixante-deux mètres avec deux mètres de dénivelé moteur, sans autre énergie que le fleuve, explique à la fois la célébrité de l’ouvrage et son rendement médiocre : le même dossier indique une capacité maximale de 6 000 mètres cubes par jour pour les 221 pompes de l’aqueduc, en fait ramenée à 3 000 en raison du frottement et des pertes de charge, et il ajoute que le débit a encore diminué au cours de l’exploitation.

Selon le dossier du château, la moitié de la capacité se perdait en frottement et en pertes de charge. C’était le prix d’un rapport de un à quatre-vingts.

Des chiffres qui ne concordent pas

Sur presque tout le reste, les documents officiels divergent, et c’est l’un des intérêts du sujet. La notice Mérimée et la Région Île-de-France écrivent toutes deux que l’ensemble est mû par le courant de la Seine qui actionne 13 roues à aubes de 12 mètres de diamètre, disposées sur deux lignes parallèles. Le château de Versailles écrit que la plate-forme supporte l’ensemble des 14 roues.

Sur les pompes, l’écart est plus large encore. La notice Mérimée et la Région évoquent des pompes relais au nombre de 257. Le château de Versailles distingue 221 pompes destinées à l’alimentation de l’aqueduc et 39 pompes auxiliaires, soit 260 au total.

Les dates elles-mêmes ne coïncident pas. La notice Mérimée place l’inauguration en présence de Louis XIV le 3 juin 1684 et l’arrêt au 25 août 1817. La chronologie du château de Versailles donne le 14 juin 1684 pour la première mise en service et le 24 août 1817 pour l’arrêt, après 133 ans de service.

DonnéeRégion Île-de-FranceChâteau de VersaillesNotice Mérimée
Roues à aubes131413
Pompes257221 pour l’aqueduc, 260 au total257
Mise en service1684, jour non précisé14 juin 16843 juin 1684
Arrêt1817, jour non précisé24 août 181725 août 1817
Débitnon précisé6 000 m3 au maximum, ramenés à 3 000non précisé
Deux comptages pour la même machine, et deux jours pour la même année.

Sept ans de chantier, et des îles soudées

La construction a mobilisé jusqu’à 1 800 hommes appartenant à différents corps de métiers durant sept ans. Le coût s’est élevé à 3 859 583 livres, que le château de Versailles convertit en environ 122 millions d’euros, et l’entretien coûtait entre 49 000 et 89 000 livres par an.

Pour augmenter la force disponible, on a modifié le fleuve lui-même. Le dossier indique que, pour augmenter la puissance du fleuve, on a réuni entre elles les îles situées en son centre entre Bezons et Le Pecq : l’île Saint-Martin, la Grande île, l’île du Char, l’île de la Chaussée, l’île Gautier et l’île de la Loge.

Il ajoute, sans détour, que la machine de Marly et ses installations rendent la navigation dangereuse. Alimenter les bassins d’un parc se payait en obstacles sur un fleuve marchand.

Un aqueduc arrêté avant son terme

L’aqueduc de Louveciennes, construit en même temps que la machine et achevé en 1685, parcourt 643 mètres sur 36 arches. Il devait aller plus loin.

Le dossier du château explique que l’aqueduc est arrêté à la petite tour du Couchant, la liaison de 250 mètres jusqu’au regard du Jongleur étant réalisée en tuyauteries. Et il avance deux raisons, qu’il présente comme probables : le coût des travaux s’avérait trop élevé, et l’aqueduc risquait d’entraver la vue à l’entrée de la grille royale du parc du château de Marly.

Une question de dépense et une question de point de vue : l’ouvrage le plus visible du dispositif s’arrête là où il aurait gêné le regard du roi.

À comparer : l’aqueduc de Roquefavour et l’aqueduc du Gier résolvent le même problème par la pente, pas par la pompe.

Ce qui a suivi, et ce qui reste

Une seconde machine a pris la suite. Construite de 1854 à 1859, la machine de Dufrayer reposait, selon la chronologie du château, uniquement sur le courant du fleuve, avec six roues à aubes de 12 mètres de diamètre et 4,50 mètres de large portant chacune 64 aubes en bois, et quatre pompes par roue, pour un débit maximal de 3 000 mètres cubes par jour et par roue, soit 18 000 pour l’ensemble.

Ses roues ont été arrêtées le 20 juin 1963, et la machine démolie en 1968. La notice Mérimée dit la même fin autrement : arrêtée en 1963, la machine est démolie en 1968 à l’occasion du réaménagement de ce bras de la Seine.

Ce qui subsiste est protégé en trois temps, inscription en 1987, classement en 1993, nouvelle inscription en 2002, et relève depuis le décret du 24 mai 2024 du Domaine national de Marly, qui classe ses parties intérieures de plein droit. Quant à l’eau, le château note que la région de Versailles est toujours alimentée par les forages de la plaine de Croissy.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, il ne reste presque rien du dispositif sur le fleuve. Le bras de Seine a été réaménagé, la machine démolie, les îles soudées depuis longtemps font partie du paysage ordinaire de la boucle.

C’est sur le coteau que l’ouvrage se lit encore. L’aqueduc de Louveciennes aligne ses 36 arches sur 643 mètres au-dessus des toits, et la tour du Levant marque le point où l’eau arrivait, 162 mètres plus haut que le fleuve qu’elle avait quitté.

Entre les deux, le dénivelé que la machine franchissait est aujourd’hui une simple pente boisée. Rien n’indique, vu du ciel, qu’il a fallu treize ou quatorze roues et plus de deux cent cinquante pompes pour la remonter.

Reste une question que les chiffres divergents posent d’eux-mêmes : pourquoi deux sources publiques ne comptent-elles pas de la même façon les roues d’un ouvrage aussi étudié ? Le dossier du château donne la réponse sans la formuler. Il décrit une première ligne de 7 roues, puis une deuxième ligne de 6 roues, puis une quatorzième roue seule, large de moitié. La notice Mérimée et la Région, qui comptent 13 roues disposées sur deux lignes parallèles, décrivent donc les mêmes deux lignes sans la roue isolée.

Sources : Établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles, dossier pédagogique La machine de Marly ; Région Île-de-France, page La machine de Marly ; notice Mérimée PA00087379 ; Engineering and Technology History Wiki, Versailles Fountains.

Questions fréquentes

Quelle hauteur la machine faisait-elle gagner à l'eau ?

Le dossier pédagogique du château de Versailles écrit que la hauteur totale de remontée des eaux était de 162,15 mètres, et détaille le calcul : 104,98 mètres au deuxième puisard, plus 57,17, égale 162,15 mètres au niveau de la tour du Levant.

Avec quelle force motrice ?

Celle du courant seul, sur une chute très faible. Le même dossier précise que pour la machine de Marly, la hauteur de chute entre l'amont et l'aval est assez faible, environ 2 mètres. Tout l'ouvrage tient dans cet écart entre les deux chiffres.

Combien de roues et de pompes ?

Les sources officielles ne s'accordent pas. La Région Île-de-France écrit 13 roues à aubes de 12 mètres de diamètre et 257 pompes relais. Le château de Versailles écrit 14 roues, et distingue 221 pompes destinées à l'aqueduc, 39 pompes auxiliaires, soit 260 au total.

Quel débit atteignait-elle ?

Là encore les chiffres divergent. Le château de Versailles donne une capacité totale maximale de 6 000 mètres cubes par jour pour les 221 pompes de l'aqueduc, en fait ramenée à 3 000 par jour en raison du frottement et des pertes de charge. Une notice d'histoire des techniques retient 5 000 mètres cubes par jour.

Quand a-t-elle fonctionné ?

Les dates ne concordent pas à quelques jours près. La notice Mérimée indique que la machine fut inaugurée en présence du roi Louis XIV le 3 juin 1684 et fonctionna jusqu'au 25 août 1817. La chronologie du château de Versailles donne une première mise en service le 14 juin 1684 et un arrêt le 24 août 1817, après 133 ans de service.
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