L’arrêté du 3 mars 2026 classe en trente et une lignes l’enceinte fortifiée de Longwy. Il nomme un par un abris, poudrières, poternes, casemates et galeries de contremine.
Nous avons lu l’acte en entier, six pages. Il est signé Isabelle Chave, sous-directrice des monuments historiques et des sites patrimoniaux.
Le classement porte sur douze parcelles de Longwy et deux emprises non cadastrées. Il intervient quatre-vingt-douze ans après celui du 3 octobre 1933.
Son considérant unique donne plusieurs motifs. Le dernier est de faire coïncider le périmètre de protection avec celui du bien Fortifications de Vauban.
L’acte de 1913 classait la seule Porte de France, celui de 2026 descend jusqu’aux latrines et à la guérite.
Ce que l’arrêté de 2026 change à Longwy
L’arrêté de 1913 ne classait que la Porte de France. Celui de 1933 a ajouté bastions, courtines et demi-lunes, teintés en bleu et ocre sur le plan annexé.
Celui de 2026 classe ce qui se trouve dedans et dessous. Trente-trois abris-traverses, les poudrières 21 et 22, les magasins en croix 19 et 20.
Viennent ensuite les casemates X, X bis et Y, puis cinq poternes numérotées. L’acte nomme aussi un corps de garde, des latrines, une guérite et des galeries de contremine.
Trois bâtiments n’avaient jamais été protégés. Le pavillon d’officiers T, la caserne Ordener et le magasin à munitions Ordener entrent dans la liste.
Une seule demi-lune est nouvelle, celle dite de Bourgogne. L’article 2 précise que l’arrêté complète ceux de 1913 et de 1933, et ne les remplace pas.
À Longwy, deux bastions sur six ont disparu
L’Inventaire général nomme six bastions à Longwy. Les arrêtés n’en nomment que quatre, ceux du Bourg, Notre-Dame, Saint-Martin et du Château.
Nous avons cherché les bastions 4 de la Colombe et 5 de Luxembourg dans les cinq notices de la commune. Sous huit graphies, ils n’y apparaissent nulle part.
C’est une absence dans un corpus fermé, et elle prouve à sa date qu’aucun arrêté ne les protège. L’Inventaire dit d’ailleurs ce qui s’est passé.
Toutes les parties non classées ont été détruites et comblées entre 1921 et 1926, puis en 1953 et 1954. Il s’agissait de permettre l’accroissement de la ville.
Le réseau qui gère les sites de Vauban écrit de son côté que quatre bastions ont été conservés. Les deux lectures se recoupent sans se recopier.
Un point reste en suspens, et nous ne le tranchons pas. L’Inventaire situe en 1958 un déclassement de l’ouvrage à cornes et de la lunette 35.
Un rapport du ministère, numéro 2001-42, écrit qu’aucun document connu des services de l’État ne l’atteste. Il la tient pourtant pour prise en 1958.
Ce que l’alignement sur l’UNESCO ne fait pas
La décision du comité du patrimoine mondial date du 7 juillet 2008. L’arrêté la vise, et il vise aussi un avis rendu le 5 mars 2020.
Six ans à deux jours près séparent cet avis de l’arrêté. Et 6 448 jours séparent la décision de 2008 de l’acte de 2026.
L’alignement ne porte pourtant que sur le volet fortifié. La composante inscrite au patrimoine mondial à Longwy est la ville neuve, et non l’enceinte.
La zone tampon y est empruntée au droit français des abords, un rayon de cinq cents mètres. Le gestionnaire du bien la juge lui-même a minima.
Nos mesures donnent l’échelle. Les douze parcelles citées couvrent 17,19 hectares, soit 16,8 pour cent de la ville haute de Longwy.
Celle-ci s’étend sur 102,2 hectares, et son contour mesure 4 313 mètres. Ces valeurs sont nos calculs sur les données de l’Institut géographique national.
Sources : arrêté numéro 7 du 3 mars 2026 portant classement au titre des monuments historiques de l’enceinte fortifiée de la citadelle de Longwy, six pages, publié par le ministère de la Culture et lu en entier par nos soins, signé Isabelle Chave, pour le tableau de trente et une lignes, les douze parcelles et deux emprises non cadastrées, le considérant sur l’alignement avec le bien Fortifications de Vauban, le visa de la décision du comité du patrimoine mondial du 7 juillet 2008 et de l’avis du 5 mars 2020, et l’article 2 qui complète les arrêtés de 1913 et de 1933 ; export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, 46 761 notices, notice PA00106075, pour les actes du 20 août 1913 et du 3 octobre 1933 et pour notre recherche des bastions 4 et 5 dans les cinq notices de la commune ; dossier d’inventaire IA00074438 pour les six bastions nommés, la destruction et le comblement des parties non classées entre 1921 et 1926 puis en 1953 et 1954, et le déclassement de 1958 ; ces quatre pièces relèvent toutes du ministère de la Culture et ne font qu’une source ; plan de gestion du bien et site du Réseau des sites majeurs de Vauban, qui ne font eux aussi qu’une source, pour les quatre bastions conservés, la composante inscrite de la ville neuve, la zone tampon de cinq cents mètres jugée a minima, et pour le rapport ministériel numéro 2001-42, qui ne trouve aucun document attestant le déclassement de 1958 ; nos mesures sur la base topographique et le service altimétrique de l’Institut géographique national. Ne sont pas établis : les superficies de la composante de Longwy au patrimoine mondial, le site de l’organisation interdisant notre robot dans son fichier d’exclusion et ayant refusé nos requêtes ; le texte de l’arrêté du 2 septembre 1921, que le plan de gestion du bien déclare non retrouvé ; les originaux signés de 1913 et de 1933, consultables sur place seulement ; l’ordre causal entre le déclassement et les destructions ; et l’identité exacte de la demi-lune dite de Bourgogne, trois objets portant ce nom.

