On l’appelle désert, et ce n’est pas une affaire de climat. Le plateau est couvert d’un des plus vastes lapiaz découverts d’Europe : une surface de calcaire nu, rainurée et crevassée, où rien ne pousse parce qu’il n’y a pas de sol.
Le désert de Platé est un plateau karstique situé en Haute-Savoie, dans le massif du Faucigny, lui-même sous-ensemble du massif du Giffre. Il est dominé par les Grandes Platières, à 2 480 mètres d’altitude.
Un plateau cerné de sommets qui n’en font pas partie
Le site se trouve dans le sud-est de la Haute-Savoie, dominant le pays du Mont-Blanc au sud, la vallée de l’Arve à l’ouest et au sud, et la vallée du Giffre au nord. Il s’étend sur quatre communes : Magland, Passy, Arâches-la-Frasse et Sixt-Fer-à-Cheval.
Son altitude moyenne se situe à 2 200 mètres. Le minimum est d’environ 1 700 mètres, au niveau des gorges de Sales au nord-est et de Flaine au nord-ouest ; le maximum de 2 480 mètres aux Grandes Platières.
Une précision de vocabulaire s’impose, car la carte prête à confusion. Les sommets qui bordent le plateau n’en font pas partie : ils en constituent les rebords. La tête Pelouse culmine à 2 475 mètres au nord, la chaîne des Fiz à l’est avec la pointe d’Anterne à 2 733 mètres, les pointes du Dérochoir et de Platé au sud, et au sud-ouest l’aiguille de Varan, l’aiguille Rouge, le Sautet et la tête du Colonney à 2 692 mètres. Le plateau proprement dit est ce qu’ils enserrent.
Un des plus vastes lapiaz découverts d’Europe, ce qui justifie l’appellation de désert.
Ce qu’est un lapiaz, et pourquoi rien n’y pousse
Le lapiaz est la signature du calcaire exposé. L’eau de pluie, légèrement acide, dissout la roche le long de ses fissures et y creuse des rigoles, des cannelures et des crevasses, parfois profondes de plusieurs mètres. La surface devient un labyrinthe de lames et de couloirs.
La conséquence est agronomique autant que spectaculaire. Un lapiaz découvert, c’est-à-dire sans couverture de sol ni de végétation, n’offre aucune terre où s’enraciner, et l’eau de pluie disparaît immédiatement dans les fissures au lieu de ruisseler. D’où l’aridité apparente du plateau, malgré la pluie qu’il reçoit.
Tout part en profondeur, et c’est sous le plateau qu’il faut chercher le réseau hydrographique.
Quatre bassins et un réseau de plus de huit cents mètres de dénivelé
Les hydrogéologues distinguent quatre bassins sous le désert de Platé, chacun identifié par l’endroit où son eau ressort. Les Forts de Platé alimentent l’émergence de Praz Coutant, à 1 300 mètres. Le bassin de Sales ressort à Sales, à 1 764 mètres. La combe des Foges donne l’émergence du Déchargeux, à 1 370 mètres. Le bassin de Flaine ressort à Magland, à 502 mètres seulement.
| Bassin hydrogéologique | Émergence | Altitude de l’émergence |
|---|---|---|
| les Forts de Platé | Praz Coutant | 1 300 m |
| bassin de Sales | Sales | 1 764 m |
| combe des Foges | le Déchargeux | 1 370 m |
| bassin de Flaine | Magland | 502 m |
Ce dernier chiffre mérite qu’on s’y arrête. L’émergence de Magland se tient près de 1 700 mètres plus bas que l’altitude moyenne du plateau.
Les deux cavités les plus importantes se trouvent sur le bassin de Flaine. Le système Solfarate-Muraille de Chine atteint 852 mètres de dénivelé. Le réseau de la Tête des Verds, dont l’entrée s’ouvre à 2 070 mètres, descend à 768 mètres de profondeur pour un développement de 11 kilomètres de galeries.
Un plateau que l’on n’atteint qu’à pied
La couronne de falaises qui ceinture le désert de Platé n’est pas qu’un décor : elle commande les conditions d’accès. On ne monte sur le plateau qu’à pied, soit par les sentiers de randonnée, soit en empruntant les remontées mécaniques de Flaine, et notamment la télécabine des Grandes Platières.
La majorité des accès suppose de franchir cette falaise par l’un des passages aménagés. Le pas de Sales ouvre dans les gorges de Sales depuis Sixt-Fer-à-Cheval, au nord-est. Le passage du Dérochoir traverse la chaîne des Fiz depuis Plaine Joux, au sud-est, où débouche également le passage des Egratz, accessible depuis le plateau d’Assy. À l’ouest, la Cheminée de Monthieu monte depuis le refuge de Véran. Ces passages aménagés sont les portes d’un plateau dont l’altitude moyenne atteint 2 200 mètres.
La géologie du lieu en fait par ailleurs un terrain d’escalade et de spéléologie, ce qui est logique pour un calcaire à la fois dressé en parois et creusé de réseaux.
Des protections qui se superposent
Le site fait l’objet de plusieurs mesures de protection environnementale et patrimoniale. Il est classé comme site naturel, et sa moitié orientale est incluse dans la réserve naturelle nationale de Sixt-Passy.
Les rebords, eux, forment une liste de sommets dont les altitudes disent l’encaissement du plateau.
| Rebord | Altitude | Position |
|---|---|---|
| pointe d’Anterne, chaîne des Fiz | 2 733 m | est |
| tête du Colonney | 2 692 m | sud-ouest |
| aiguille Rouge | 2 636 m | sud-ouest |
| le Sautet | 2 622 m | sud-ouest |
| pointe de Platé | 2 554 m | sud |
| aiguille de Varan | 2 544 m | sud-ouest |
| tête Pelouse | 2 475 m | nord |
| Aup de Véran | 2 437 m | nord-ouest |
| pointe du Dérochoir | 2 411 m | sud |
| pointe de Barmerousse | 2 210 m | sud-ouest |
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, le désert de Platé se distingue immédiatement de tout ce qui l’entoure. Là où les versants voisins portent forêts et alpages, le plateau apparaît gris et nu, strié de lignes parallèles qui sont les cannelures du lapiaz, à une échelle visible depuis l’avion.
La vue montre aussi la différence entre le plateau et ses rebords. Les Grandes Platières, la tête du Colonney, la chaîne des Fiz dessinent une couronne de reliefs, et à l’intérieur s’étale une surface presque plane, perchée à 2 200 mètres de moyenne.
Elle rend enfin visible la cohabitation. La station de Flaine se tient au nord-ouest du plateau, et ses remontées mécaniques et ses pistes s’étendent sur son quart nord-ouest, jusqu’aux Grandes Platières, au col du Colonney et au col de Platé. Le reste du plateau est parcouru de sentiers, dont certains appartiennent au GR 96, le long desquels se trouvent les refuges de Platé et de Sales.
À voir autour
- Le cirque de Navacelles : un méandre abandonné dans le calcaire
- Le gouffre de Padirac : une rivière souterraine à cent trois mètres
- Le cirque de Troumouse : un amphithéâtre de quatre kilomètres
Pour aller plus loin : Le dossier Haute-Savoie et la rubrique Vu du ciel.
Sources : notice du désert de Platé, Wikipédia en français.

