Deux cent cinquante mille mètres cubes estimés dans le lac de Monteynard le 7 mars 1981 : l’Harmalière, à Sinard

Vue aérienne du lac de Monteynard-Avignonet et du plateau du Trièves
Le lac de Monteynard-Avignonet vu du sud, et le plateau du Trièves découpé en combes. Photo : Carsten Steger, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Le 7 mars 1981, un versant d’argiles litées rompt dans la combe de l’Harmalière, sur la commune de Sinard, en Isère. La coulée descend jusqu’au lac de Monteynard.

Le volume de matériaux entré dans la retenue ce jour-là est estimé à deux cent cinquante mille mètres cubes. Le mot estimé compte, et nous expliquons plus bas pourquoi nous ne l’enlèverons pas.

La date, elle, ne fait pas de doute. Trois organismes distincts la donnent : une revue de géotechnique, un laboratoire universitaire et la base nationale des mouvements de terrain, que nous avons interrogée nous-mêmes.

Un versant qui rompt en un jour, et un escarpement qui recule encore quarante-cinq ans plus tard.

Ce que dit la publication de 1990

L’article le plus précis que nous ayons lu date de janvier 1990 et paraît dans une revue française de géotechnique. Il est signé de cinq auteurs d’un institut de géologie et de mécanique rattaché à une université grenobloise, et porte sur les caractéristiques mécaniques des argiles litées.

Son résumé décrit un vaste glissement de terrain de quarante-cinq hectares, dont la rupture s’est produite le 7 mars 1981 au sein d’une formation d’argiles lacustres litées. Le corps du texte ajoute une niche d’arrachement d’environ trente mètres de haut, culminant à la cote 710, et une coulée se terminant dans le lac.

C’est là que figure le chiffre : le volume de ces matériaux ayant pénétré brutalement dans la retenue, lors de la rupture, a été estimé par l’électricien national à deux cent cinquante mille mètres cubes. La phrase nomme son auteur et son statut. Une estimation, faite par un exploitant.

Pourquoi deux sources ne font pas ici deux preuves

Un laboratoire universitaire grenoblois donne le même chiffre dans une actualité consacrée à la réactivation de 2016 : un événement majeur, le 7 mars 1981, avait occasionné le déplacement d’environ deux cent cinquante mille mètres cubes de matériaux dans le lac.

Il ne dit pas d’où il le tient. Nous ne pouvons donc pas le compter comme une seconde mesure indépendante : selon toute vraisemblance, les deux renvoient à la même estimation de 1981. C’est pourquoi nous écrivons estimés, et jamais mesurés.

La date est dans une autre situation. Elle est portée par la revue, par le laboratoire, et par un enregistrement de la base nationale des mouvements de terrain que nous avons lu nous-mêmes le 30 octobre 2026 : type glissement, lieu combe de l’Harmalière, date de début 7 mars 1981, précision au jour, fiabilité moyenne. Trois documents distincts, dont un enregistrement de l’État dont la fiche a été mise à jour en 2001, bien avant l’actualité de 2016. Nous ne parlons pas pour autant de trois chemins indépendants : les cinq auteurs de 1990 et le laboratoire de 2016 appartiennent au même milieu universitaire grenoblois, et nous n’avons pas lu d’où la base tient sa date.

ÉlémentValeurStatut
Date de la rupture7 mars 1981trois organismes concordants
Volume entré dans la retenue250 000 m3une seule estimation, attribuée à l’exploitant
Surface du glissement45 hectaresrevue de géotechnique, 1990
Niche d’arrachementenviron 30 m de haut, cote 710même source
Réactivationvers le 27 juin 2016laboratoire universitaire
Recul de l’escarpement depuis 198150 à 100 mfiche du 29 janvier 2017, qui reprend ce laboratoire
Les deux dernières lignes remontent à la même source : la fiche de 2017 reprend le laboratoire.

Un chiffre que nous ne publions pas seul

Un rapport de stage universitaire, qui cite un article de 2004 que nous n’avons pas lu, donne pour le même glissement un volume de cinq millions de mètres cubes. L’écart avec les deux cent cinquante mille est considérable, et il a une explication plausible : un volume mobilisé sur le versant n’est pas le volume entré dans le lac.

Plausible ne veut pas dire établi. Aucun des documents que nous avons lus ne dit que ces deux chiffres mesurent deux choses différentes. Nous signalons donc l’existence de cette valeur sans la reprendre à notre compte, et sans prétendre qu’elle contredit l’autre.

Ce que la base de l’État contient, et ce qu’elle ne contient pas

Nous avons interrogé le 30 octobre 2026, commune par commune, les deux bases nationales que l’État met à disposition, pour les vingt-sept communes de l’intercommunalité du Trièves. Voici ce que nous y avons trouvé.

  • Cent dix-neuf enregistrements de mouvements de terrain, dont soixante et onze glissements, trente-neuf chutes de blocs ou éboulements, huit coulées et une érosion de berge.
  • Une seule commune sans aucun enregistrement de ce type.
  • Soixante-quatorze arrêtés de catastrophe naturelle, dont quarante-deux pour inondations et coulées de boue, vingt-sept pour tempête, trois pour sécheresse.
  • Deux seulement pour un mouvement ou un glissement de terrain, l’un et l’autre sur la commune d’Avignonet.

Une précision s’impose sur ces deux dernières lignes. La rupture du 7 mars 1981 n’a donné lieu à aucun arrêté de catastrophe naturelle, et c’est logique : le régime n’existait pas encore sous cette forme à cette date. Une absence dans une base n’est pas une absence d’événement.

Les deux lignes d’Avignonet portent sur un événement d’avril et mai 1983, reconnu par un arrêté du 6 septembre 1983, et sur un événement du 21 juin 1986, reconnu par un arrêté du 2 décembre 1987. Nous n’avons pas lu les textes au Journal officiel : nous n’avons que les lignes de la base.

Une absence qui ne prouve rien : les vingt-six autres communes n’ont, dans cette base et à la date où nous l’avons interrogée, aucune ligne de ce type. Cela vaut pour cette base, ce jour-là, et pour la liste des communes de l’intercommunalité actuelle. Pas pour l’histoire des glissements du Trièves, et pas pour le Journal officiel.

Une séquence de dates, sans lien de cause établi

La base recense aussi les périmètres de prévention. À Sinard, un périmètre visant l’inondation et les mouvements de terrain a été prescrit le 28 mars 1979 et approuvé le 4 septembre 1981, soit six mois après la rupture.

Il est tentant de relier les deux. Nous ne le ferons pas. Nous n’avons lu ni la carte du périmètre, ni aucun document qui dise que l’approbation découle de l’événement. Une prescription de 1979 précède d’ailleurs la rupture de deux ans. Nous donnons la séquence, et nous laissons le lien ouvert.

À Avignonet, commune voisine, un plan d’exposition aux risques portant sur la crue torrentielle, l’éboulement et le glissement de terrain a été prescrit le 18 juillet 1985 et approuvé le 6 septembre 1990. Un second dispositif a été prescrit le 21 octobre 2005, sans date d’approbation inscrite dans la base. Là encore, l’absence d’une date dans une fiche ne signifie pas que l’approbation n’a pas eu lieu.

Quarante-cinq ans plus tard, le versant recule toujours

Le glissement s’est réactivé aux environs du 27 juin 2016, selon le laboratoire universitaire qui le suit. La surface affectée est d’environ soixante-dix à quatre-vingt mille mètres carrés, soit à peu près deux cents mètres sur quatre cents. La surface de rupture se tient entre dix et quarante mètres de profondeur, et le volume, écrit le laboratoire, pourrait dépasser un million et demi de mètres cubes. Ce chiffre est celui des premiers jours : une étude parue en 2020 dans la revue Geophysical Journal International, signée de la même équipe, chiffre les blocs déplacés le 27 juin 2016 à environ deux millions de mètres cubes.

Les enjeux sont décrits comme très modestes : des bois, des pâtures, des champs, et la plus proche habitation à environ deux cents mètres de l’escarpement sommital. Une fiche d’événement datée du 29 janvier 2017, qui reprend ce même laboratoire, signale une nouvelle rupture d’une écaille d’environ cinq mètres.

C’est cette fiche qui donne le chiffre le plus parlant. Depuis la crise majeure de 1981, le recul total de l’escarpement est compris entre cinquante et cent mètres, ce qui correspond à une vitesse de régression moyenne d’environ un mètre et demi à trois mètres par an. Une seule source porte ce chiffre, et nous l’attribuons. Le versant n’a pas attendu 2016 pour bouger, ni cessé après 2017 : l’étude de 2020 situe les réactivations les plus marquées en janvier 1988, janvier 1996, avril 2001 et septembre 2004, et une communication de géotechnique déposée en 2026 par la même équipe décrit une réactivation d’environ cent mille mètres cubes en février 2021, le site restant instrumenté depuis juin 2016.

Pourquoi ce plateau glisse

La raison est dans le sol. Un travail universitaire décrit un lac glaciaire d’environ trois cents kilomètres carrés qui a recouvert une grande partie du Trièves et y a déposé des argiles litées jusqu’à la cote maximale de huit cents mètres. Pour l’épaisseur, nous suivons une étude de géophysique parue en 2020 : elle varie de zéro à deux cent cinquante mètres au-dessus du socle calcaire jurassique.

Ces terrains bougent lentement, de l’ordre de un à dix centimètres par an, et peuvent brusquement évoluer en coulée. Nous citons ce document avec prudence : c’est un rapport de stage, qui s’appuie lui-même sur des travaux que nous n’avons pas lus.

Vu d’en haut, le Trièves est un plateau découpé par des combes, entre le Vercors et le lac. L’Harmalière en est une, longue, ouverte vers l’eau, avec en tête une entaille pâle dans la pente. Quarante-cinq ans après le 7 mars 1981, cette entaille remonte encore.

Sources : revue française de géotechnique n° 50, janvier 1990, article d’un institut de géologie et de mécanique sur les argiles litées, pour la date, la surface de quarante-cinq hectares, la niche d’arrachement et le volume estimé par l’exploitant ; actualité d’un laboratoire universitaire grenoblois pour la réactivation de 2016, les surfaces et le volume possible ; fiche d’événement du 29 janvier 2017 pour le recul de cinquante à cent mètres, source qui reprend ce laboratoire ; bases nationales des mouvements de terrain et des arrêtés de catastrophe naturelle, interrogées par nos soins le 30 octobre 2026 pour les vingt-sept communes de l’intercommunalité, pour les décomptes, les arrêtés d’Avignonet et les périmètres de prévention ; rapport de stage universitaire pour l’étendue du lac glaciaire, cité avec prudence ; article de la revue Geophysical Journal International, volume 221, 2020, pour l’épaisseur des argiles, le volume déplacé en 2016 et les réactivations de 1988, 1996, 2001 et 2004 ; communication aux Journées nationales de géotechnique et de géologie de l’ingénieur, déposée sur HAL en 2026 sous la référence hal-05757402, pour la réactivation de février 2021. Les textes des arrêtés au Journal officiel, les cartes des périmètres, l’estimation d’origine de 1981, l’article paru en 2021 dans la revue Landslides et le corps de la communication de 2026, dont nous n’avons lu que le résumé déposé, n’ont pas été lus.

Questions fréquentes

Que s'est-il passé le 7 mars 1981 ?

Un versant d'argiles lacustres litées a rompu dans la combe de l'Harmalière, sur la commune de Sinard, en Isère. Une coulée boueuse est descendue jusqu'au lac de Monteynard. Une revue de géotechnique décrit une niche d'arrachement d'environ trente mètres de haut, culminant à la cote 710, et un glissement de quarante-cinq hectares. La date du 7 mars 1981 figure aussi dans la base nationale des mouvements de terrain et dans une publication d'un laboratoire universitaire.

D'où vient le chiffre de deux cent cinquante mille mètres cubes ?

D'une estimation. Un article publié en janvier 1990 dans une revue française de géotechnique écrit que le volume de matériaux ayant pénétré brutalement dans la retenue lors de la rupture a été estimé par l'électricien national à 250 000 mètres cubes. Un laboratoire universitaire donne le même chiffre sans indiquer sa source. Nous les traitons comme une seule estimation, et nous écrivons donc estimés, pas mesurés.

Le glissement est-il toujours actif ?

Oui. Le même laboratoire a signalé une réactivation aux environs du 27 juin 2016, sur une surface d'environ soixante-dix à quatre-vingt mille mètres carrés, avec un escarpement d'une vingtaine de mètres, et un volume qui pourrait dépasser un million et demi de mètres cubes. Une fiche d'événement du 29 janvier 2017, qui reprend ce laboratoire, décrit une nouvelle rupture et un recul total de cinquante à cent mètres depuis 1981. Plus récemment, une communication de géotechnique déposée en 2026 par la même équipe fait état d'une réactivation d'environ cent mille mètres cubes en février 2021, sur un site resté instrumenté depuis juin 2016.

Y a-t-il eu des victimes ou des maisons détruites ?

Pas dans ce secteur en 1981 : la combe était un fond de vallon de bois et de pâtures. En 2016, le laboratoire décrit des enjeux très modestes et place la plus proche habitation à environ deux cents mètres de l'escarpement sommital. C'est ailleurs dans le Trièves, sur la commune voisine d'Avignonet, que des maisons ont fait l'objet d'une procédure d'expropriation pour risque naturel majeur.

Pourquoi ce plateau glisse-t-il ?

Parce qu'il est fait d'argiles déposées au fond d'un lac glaciaire. Un travail universitaire décrit un lac d'environ trois cents kilomètres carrés qui a recouvert une grande partie du Trièves et laissé des argiles litées dont l'épaisseur atteint deux cent cinquante mètres selon une étude de géophysique de 2020. Ces terrains se déplacent lentement, de l'ordre de un à dix centimètres par an, et peuvent évoluer en coulée. Nous citons ce document avec prudence : c'est un rapport d'étudiant.
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