Au fond d’un vallon boisé de Lot-et-Garonne, à la limite du Lot, un éperon calcaire porte une forteresse hérissée de tours. Dans la cour, un puits creusé au pic descend à 48 mètres. Tout autour, des canonnières percées à la fin du XVe siècle surveillent les fossés et les abords.
Le château de Bonaguil se trouve sur la commune de Saint-Front-sur-Lémance, mais il appartient à la commune de Fumel, qui l’a racheté en 1860. Sa notice dans la base Mérimée du ministère de la Culture le résume d’une phrase : un château qui témoigne des préoccupations d’artillerie sans pour autant abandonner l’ancien système de courtines flanquées de tours. Un seigneur y a mené plus de trente années de travaux pour adapter sa forteresse au canon.
Une simple tour de pierre en 1271, une forteresse à la fin du XVe siècle
Le premier document connu qui mentionne Bonaguil date de 1271, selon la page d’histoire du site officiel du château. Il est lié à la prise de possession de l’Agenais par le roi de France Philippe III le Hardi. La place n’est alors qu’une simple tour de pierre, qui forme la base du donjon actuel.
La notice Mérimée détaille les campagnes de travaux qui ont suivi, du XIIIe au XVIe siècle. Le donjon circulaire du XIIIe siècle a été transformé entre 1445 et 1482 pour lui donner une forme en fuseau, jugée favorable à la défense. Entre 1482 et 1530, deux tours rondes ont été élevées aux angles extérieurs du bâtiment occidental, et deux autres aux angles d’un nouvel ensemble fortifié qui flanque la face est du donjon.
Le maître d’ouvrage de cette dernière phase est Bérenger de Roquefeuil, né en 1448 et mort en 1530, issu de l’aristocratie du Quercy et du Rouergue. Le site du château indique qu’il a consacré plus de trente années de sa vie à faire de Bonaguil la forteresse que l’on visite aujourd’hui. La Fondation du patrimoine écrit qu’il transforme la petite forteresse de son père en un puissant château fort.
Ce que Bérenger de Roquefeuil a ajouté, d’après le site officiel :
- une énorme barbacane devant l’entrée ;
- six tours, dont une que le site range parmi les plus belles du pays ;
- sept ponts-levis et une chicane ;
- une casemate et des canonnières ;
- une tour moineau percée de meurtrières, pour défendre le fond des fossés.
Ce que le canon a changé dans l’architecture
La notice Mérimée l’écrit sans détour : l’apparition des armes à feu au XVe siècle a entraîné un changement complet dans la manière de bâtir les châteaux, et ce changement est parfaitement illustré à Bonaguil. Le texte décrit un mur d’enceinte renforcé par quatre tours d’angle rondes et une grosse tour carrée au milieu du front ouest.
Surtout, une seconde enceinte basse, flanquée de bastions irréguliers, enveloppe le château. La notice précise qu’elle est faite pour l’artillerie et munie de canonnières horizontales destinées au tir rasant. Ces ouvertures horizontales visent l’assaillant au ras du sol, dans l’axe des fossés et des abords.
Le site du château, qui décrit l’ensemble des étapes de la visite, insiste sur cette modernité. Il présente le moineau, la casemate et la barbacane comme une preuve de modernité de la défense bonaguiloise. Il note aussi que la porte de la barbacane est placée en retrait pour échapper aux boulets de canon et au bélier.
Barbacane, casemate, moineau : un parcours pensé pour le tir
Le parcours de visite publié par le château donne, ouvrage par ouvrage, les dimensions et le rôle de chaque élément. Plusieurs chiffres reviennent :
- la barbacane, ouvrage en demi-lune de la fin du XVe siècle, joue le rôle d’un bouclier de 4 mètres d’épaisseur ;
- la casemate, long couloir souterrain en arc de cercle, surveille le front sud-est avec huit canonnières étagées ;
- le moineau, ou caponnière, adossé à l’escarpe, surveille le fond du fossé par cinq canonnières ;
- la Tour Grosse atteignait près de 40 mètres de hauteur jusqu’à la Révolution, pour des murs de 4 mètres à la base ;
- le puits mesure 48 mètres de profondeur pour 2 mètres de diamètre.
Le même document signale un détail technique sur le moineau : deux évents, sur sa toiture, servaient à évacuer les fumées toxiques des bâtons à feu. Il décrit aussi la chicane, un petit ouvrage en demi-lune où un étroit couloir en zigzag filtrait les allées et venues entre le village et le château, avec trois portes successives et une canonnière à hauteur de visage.
Le site officiel compare enfin l’emprise du château à celle de la cité de Carcassonne : Bonaguil en couvrirait le quart en plan. Il ajoute que Viollet-le-Duc, Lawrence d’Arabie et André Breton ont cité le château en exemple.
| Repère | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Première mention connue | 1271 | Site du château |
| Bérenger de Roquefeuil | 1448 à 1530 | Site du château |
| Tours élevées sous sa direction | Entre 1482 et 1530 | Notice Mérimée |
| Ponts-levis | 7 | Site du château |
| Profondeur du puits | 48 mètres | Parcours de visite |
| Hauteur de la Tour Grosse avant la Révolution | Près de 40 mètres | Parcours de visite |
Une forteresse à l’histoire militaire mal documentée
A-t-elle servi ? Les textes divergent. Le guide du Routard écrit que cette machine de guerre ne subit jamais le moindre assaut. L’article Wikipédia consacré au château affirme au contraire, sans citer de source, qu’il est pris en 1563, pendant les guerres de Religion. Ni la notice Mérimée ni le site officiel, qui présente Bonaguil comme une forteresse imprenable, ne documentent de siège.
Bonaguil fut bel et bien une demeure vivante, rappelle le site du château.
La page que le château consacre aux objets archéologiques le reconnaît à sa manière. Elle rappelle que Bonaguil fut bel et bien une demeure vivante, là où très souvent on n’a voulu voir qu’un « château qui n’a servi à rien ».
Les fouilles le confirment. Dans une chambre basse sous la barbacane, utilisée comme dépotoir aux XVIe et XVIIe siècles, les archéologues ont retrouvé des poteries communes, des verres à pied, des couteaux, des clés, des restes de repas et même un élément de dînette. Dans une salle haute de la Tour Grosse, des fouilles lancées en 1972 ont révélé des graffiti de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle, laissés selon le site par les témoins de fêtes galantes.
De Marguerite de Fumel à la commune de Fumel
La forteresse change encore de visage au XVIIIe siècle. Selon le site du château, Marguerite de Fumel, dernière châtelaine de Bonaguil entre 1761 et 1788, aménage une esplanade, supprime les ponts-levis et réaménage les appartements seigneuriaux au goût du jour. Elle fait réaliser sur l’enceinte une terrasse où elle installe un jardin à la française.
Les dégâts viennent de la Révolution. D’après le site officiel, une loi révolutionnaire ordonne d’abattre les constructions jusqu’au corps de logis et de décapiter les tours ; huisseries et bois sont enlevés, puis la demeure est pillée et abandonnée. La Fondation du patrimoine précise que la Révolution l’a privé de ses toitures.
La commune de Fumel le rachète en 1860, et le site du château indique qu’il est classé dès 1862. La notice Mérimée retient pour sa part un classement du château par le Journal officiel du 18 avril 1914, et un classement de la chapelle par arrêté du 12 avril 1963. Le monument se visite tous les jours d’octobre de 10 h 30 à 17 h 30, et le billet adulte coûte 10 euros, selon la page des horaires et tarifs du château.
Pour comparer avec d’autres places fortes, lire aussi notre article sur la forteresse de Salses et son coût estimé à 500 kilos d’or, et celui sur Château-Gaillard, réputé imprenable mais tombé après six mois de siège.
Restaurations, collecte et zones d’ombre
Restauré en partie dans les années 1980 et 2000, le château continue de se dégrader, selon la page de collecte de la Fondation du patrimoine. Elle cite des infiltrations d’eau dans les murs et les voûtes, des pierres descellées et des fissures dans les remparts. Les travaux prévus concernent huit secteurs, dont le donjon, la barbacane et la casemate. La page fixe un objectif de 30 000 euros et indique une sélection par la Mission Patrimoine en septembre 2026.
Plusieurs points restent à manier avec prudence :
- l’histoire militaire du château est disputée : le Routard affirme qu’il ne subit jamais d’assaut, Wikipédia le dit pris en 1563, et aucune source officielle consultée ne tranche ;
- la chronologie diffère selon les textes : le site officiel situe une deuxième campagne de construction vers le début du XVe siècle, la notice Mérimée date la transformation du donjon entre 1445 et 1482 ;
- la date de la fouille du dépotoir varie entre 1973 et 1976 selon les pages du site du château ;
- le classement est daté de 1862 par le site du château et la Fondation du patrimoine, alors que la notice Mérimée retient le Journal officiel de 1914.
Ces écarts ne remettent pas en cause ce que décrit la notice Mérimée : un château fort transformé pour l’artillerie.

