Trois éléments seulement protégés à l’intérieur, quatre-vingt-huit ans après : le Palais de Tokyo inscrit le 22 décembre 2025

Les emmarchements et les bas-reliefs du Palais de Tokyo vus de l'avenue basse
Le Palais de Tokyo en 1965, vu du quai bas. Les emmarchements, les parvis et les façades sont inscrits depuis le 22 décembre 2025 ; à l'intérieur, trois pièces seulement. Photo : FOTO:Fortepan — ID 101699: Adományozó/Donor: Sugár Ferenc. archive copy at the Wayback Mac, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Le 22 décembre 2025, un arrêté a inscrit au titre des monuments historiques l’ensemble constitué par le Palais de Tokyo et le Musée d’art moderne de la Ville de Paris, au 11 et 13 de l’avenue du Président-Wilson, dans le seizième arrondissement. Le ministère de la Culture date le double bâtiment de 1935 et 1937.

La protection couvre l’ensemble des façades, des toitures et des parvis. Et, à l’intérieur, trois éléments nommés seulement.

Un escalier, une salle de conférences et une rotonde : voilà tout ce que l’acte retient à l’intérieur.

Trois éléments, et pas un de plus

Le libellé publié par le ministère de la Culture énumère ce que l’acte retient. Nous le reproduisons dans son ordre.

Partie du bâtimentCe que l’acte protège
l’enveloppe, les deux ailes confonduesl’ensemble des façades et toitures et des parvis
à l’intérieur, côté Palais de Tokyole grand escalier monumental et ses dégagements ; l’ancienne salle de conférences dite salle 37
à l’intérieur, côté Musée d’art modernela rotonde d’accès quai de New-York
Le libellé situe l’ensemble sur la parcelle numéro 1 de la section FU, et renvoie pour le détail aux plans annexés, dont nous n’avons lu que les légendes. Nous avons lu aussi l’arrêté lui-même : son article premier porte la même liste, à ceci près qu’il écrit la rotonde d’accès côté quai de New-York là où la notice écrit la rotonde d’accès quai de New-York.

Ce que l’acte ne nomme pas est aussi parlant que ce qu’il nomme. Les salles d’exposition des deux musées, les sous-sols, les espaces de réserve ne figurent pas dans cette liste. Protéger une enveloppe et trois éléments, dans un bâtiment que la Cour des comptes dit conçu dès le départ pour durer au-delà de l’exposition, est un choix que l’acte ne commente pas.

L’arrêté dit en revanche pourquoi il protège, et nous l’avons lu. Son unique considérant retient quatre motifs : un caractère emblématique dans l’histoire de l’architecture et des musées dans l’entre-deux-guerres, une valeur de témoignage de ce qu’il appelle l’exposition universelle de 1937, un élément notable du paysage parisien des bords de Seine, et de grandes qualités constructives avec un second oeuvre bien préservé. Nous citons ce nom tel que l’acte l’écrit, sans le corriger : les deux publications officielles de 1938 intitulent la manifestation Exposition internationale des Arts et Techniques dans la vie moderne.

Deux propriétaires, une parcelle

La singularité administrative de ce bâtiment tient en une ligne du fichier. Le ministère de la Culture inscrit, dans le champ de précision du statut, propriété de l’État pour le Palais de Tokyo et propriété de la commune pour le Musée d’art moderne. Et le cadastre ne connaît qu’une parcelle, la numéro 1 de la section FU.

L’arrêté en dit un peu plus que la notice. Il donne la contenance de cette parcelle, vingt mille neuf cent quatre-vingt-un mètres carrés. Il ajoute, juste après la liste de ce qu’il inscrit, que le Palais de Tokyo appartient à l’État et le Musée d’art moderne à la Ville de Paris depuis une date antérieure au 1er janvier 1956. Et il vise un avis de la commission régionale du patrimoine et de l’architecture rendu le 17 juin 2025, six mois avant la signature.

La répartition par aile est établie par une institution extérieure au ministère. Dans son rapport sur les exercices 2012 à 2022, la Cour des comptes écrit que trois niveaux accueillent, sur un vaste sous-sol, deux services totalement indépendants, la Ville dans l’aile est et l’État dans l’aile ouest. Elle écrit ailleurs que le parvis fait l’objet d’une convention d’utilisation et de gestion avec le Musée d’art moderne, occupant l’aile est, depuis 2012. Le centre d’art, de son côté, écrit qu’il occupe l’aile ouest.

Le parvis entre donc dans la protection au moment même où il est le seul plan partagé par les deux occupants.

L’état d’avant, écrit par la Cour des comptes

Pour dire ce qu’un acte change, il faut savoir ce qui existait avant. Ici, nous avons mieux qu’une absence dans un fichier : une phrase écrite par une institution qui n’est ni le ministère ni la préfecture.

Dans ses observations définitives du 14 février 2023, la Cour des comptes note que le bâtiment du Palais n’est pas classé au titre des monuments historiques, mais seulement soumis à l’avis de l’architecte des bâtiments de France pour toute modification extérieure, parce qu’il se situe dans le périmètre de cinq cents mètres de bâtiments protégés.

Le même rapport décrit l’état du bâti : fissures du parvis, trou dans les dalles, chute de morceaux de dalle à l’intérieur, cent huit mille euros engagés en 2020 pour les seuls audits structurels et mesures conservatoires et des travaux estimés à quinze millions d’euros au minimum. Nous rapportons ces chiffres comme ceux de la Cour, et nous n’en tirons pas de conclusion sur l’état actuel, qui a pu évoluer depuis.

Le dernier des trois palais de la colline

Nous avons trié le fichier national plutôt que de nous fier à une impression. Avec le filtre que nous donnons, les notices parisiennes dont le champ de datation contient la chaîne 1937, quatre notices répondent sur les mille huit cent quatre-vingt-treize que compte le département.

  • Le Palais de Chaillot, classé le 24 décembre 1980.
  • Le Palais d’Iéna, ancien musée des Travaux publics, classé le 5 juillet 1993 puis inscrit le 18 juillet 2014.
  • Un ensemble d’immeubles, inscrit le 23 février 2005.
  • Le Palais de Tokyo et le Musée d’art moderne, inscrits le 22 décembre 2025.

Des trois palais que ce tri fait ressortir sur la colline de Chaillot, celui-ci est donc le dernier protégé, près de quarante-cinq ans après le premier. Une limite de ce filtre doit être dite : il ne voit que des immeubles déjà protégés, et il ne dit rien des bâtiments de 1937 qui ne le sont pas.

Le même jour, le 22 décembre 2025, six notices de l’export portent un acte de protection, dont quatre à Paris.

Vu du ciel, treize mètres au-dessus de la Seine

Ce que l’on voit d’en haut est un bâtiment en U posé sur un flanc de colline, entre une avenue haute et un quai bas. Nous avons mesuré au service d’altimétrie de l’État.

Au point que publie la notice, l’altitude est de trente-neuf mètres soixante-trois. Sur l’avenue du Président-Wilson, devant le portique, elle est de quarante mètres quatre-vingt-dix. Le haut de l’emmarchement du parvis côté Seine est à trente-trois mètres soixante-cinq, le pied du monument au bord du quai bas à trente et un mètres quarante-trois, et la surface du fleuve en face à vingt-six mètres quarante et un. Le bâtiment domine donc l’eau d’une treizaine de mètres, et la place du Trocadéro, au sommet de la colline, le domine d’une vingtaine de mètres.

Cette dénivellation est une donnée du terrain que le projet a dû prendre en charge. L’un des architectes du bâtiment écrivait en 1938 que le terrain présentait des dénivellations de plus de dix mètres : nos propres relevés donnent neuf mètres quarante-sept entre l’avenue haute et le pied du monument.

C’est aussi ce qui explique le pluriel de l’acte, qui inscrit l’ensemble des parvis. Combien, et jusqu’où, l’acte ne le dit pas : il renvoie à ses plans annexés, dont nous n’avons lu que les légendes. La Cour des comptes, elle, écrit au singulier et parle de la zone haute du parvis du site. Ce sont ces parvis que l’arrêté vient de protéger, en même temps que les façades.

Sources : notice PA75160016 du ministère de la Culture, lue dans l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, pour l’inscription par arrêté du 22 décembre 2025, le libellé intégral de la protection et ses trois éléments intérieurs, la datation de 1935 et 1937, la parcelle numéro 1 de la section FU, et la précision du statut juridique distinguant la propriété de l’État pour le Palais de Tokyo et celle de la commune pour le Musée d’art moderne ; observations définitives de la Cour des comptes sur la société qui exploite le Palais de Tokyo, exercices 2012 à 2022, document du 14 février 2023, institution distincte du ministère et de la préfecture, pour l’état de protection antérieur, la répartition des deux ailes entre l’État et la Ville, la convention de gestion du parvis depuis 2012, l’état du bâti, les audits de 2020, l’estimation des travaux et la conception du bâtiment au-delà de l’exposition ; site du centre d’art, pour sa propre mention de l’aile ouest ; jeu des voies publiques de la Ville de Paris, pour l’absence d’un quai de New-York et l’existence d’une avenue de New York dénommée par arrêté du 26 février 1945 ; texte d’un des architectes du bâtiment publié en 1938, pour les dénivellations de plus de dix mètres ; service d’altimétrie de l’IGN, et nos propres calculs de haversine avec un rayon de 6 371,0088 kilomètres, pour les altitudes et les distances ; export national des immeubles protégés, mille huit cent quatre-vingt-treize notices pour Paris sur quarante-six mille sept cent soixante et une au total, interrogé par nos soins le 4 novembre 2026, pour les quatre notices parisiennes dont la datation contient 1937 et leurs dates de protection, et pour les six notices portant un acte du 22 décembre 2025 ; arrêté n° IDF-2025-12-22-00006 du préfet de la région d’Île-de-France, lu en entier au recueil des actes administratifs spécial n° IDF-055-2025-12 publié le 23 décembre 2025, pages 38 à 41, pour son article premier, la contenance de vingt mille neuf cent quatre-vingt-un mètres carrés, la phrase sur la propriété antérieure au 1er janvier 1956, le visa de l’avis de la commission régionale du patrimoine et de l’architecture du 17 juin 2025 et son considérant. Ne sont pas établis : le tracé des plans annexés, dont nous n’avons lu que les légendes, la fréquentation de l’exposition de 1937, ses dates d’ouverture et de clôture et le nombre de pays participants, la surface de l’aile est, le site du Musée d’art moderne nous ayant renvoyé une indisponibilité temporaire, et le texte des conventions de 1934 et de 2012.

Questions fréquentes

Le Palais de Tokyo est-il classé ?

Non, il est inscrit, ce qui est le degré inférieur de protection au titre des monuments historiques. L'arrêté date du 22 décembre 2025 et il porte sur l'ensemble constitué par le Palais de Tokyo et le Musée d'art moderne de la Ville de Paris.

Qu'est-ce qui est protégé à l'intérieur ?

Trois éléments, et trois seulement, nommés par le libellé officiel. Pour le Palais de Tokyo, le grand escalier monumental et ses dégagements, ainsi que l'ancienne salle de conférences dite salle 37. Pour le Musée d'art moderne, la rotonde d'accès quai de New-York. Tout le reste des espaces intérieurs, salles d'exposition, sous-sols et réserves, n'est pas nommé par l'acte. Mais il faut ajouter que l'enveloppe est protégée en entier : l'ensemble des façades, des toitures et des parvis.

Qui possède le bâtiment ?

Deux propriétaires, sur une seule parcelle. Le ministère de la Culture le précise dans sa notice : propriété de l'État pour le Palais de Tokyo, propriété de la commune pour le Musée d'art moderne. La Cour des comptes établit la répartition par aile : la Ville de Paris occupe l'aile est avec le Musée d'art moderne, l'État l'aile ouest avec le centre d'art. Le parvis, désormais protégé, fait l'objet d'une convention d'utilisation et de gestion entre les deux depuis 2012, d'après le même rapport.

Le bâtiment n'était-il pas déjà protégé ?

Non. Sa notice au fichier national ne porte qu'une seule date de protection, celle du 22 décembre 2025. Et une institution extérieure au ministère de la Culture avait écrit, avant cet arrêté, qu'il n'était pas classé. Dans ses observations définitives du 14 février 2023, la Cour des comptes note que le bâtiment du Palais n'est pas classé au titre des monuments historiques, mais seulement soumis à l'avis de l'architecte des bâtiments de France pour toute modification extérieure, parce qu'il se situe dans le périmètre de cinq cents mètres de bâtiments protégés.

Combien de visiteurs l'exposition de 1937 a-t-elle reçus ?

Nous ne le donnons pas, parce que nous n'avons pas pu l'établir. Le chiffre qui circule n'a été lu par nous dans aucune source d'époque. Le Livre d'or officiel de 1938, que nous avons pu lire en entier, ne donne aucun total : son seul grand nombre de visiteurs, trente millions, porte sur la seule section de la France d'outre-mer. D'autres corpus numérisés nous ont renvoyé des refus que nous n'avons pas contournés, et le Rapport général en dix tomes publié de 1938 à 1940 reste à lire. Nous ne donnons pas non plus les dates d'ouverture et de clôture ni le nombre de pays participants, pour la même raison.
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