Le 21 décembre 2012, un village de l’Aude de moins de 250 habitants accueillait 300 journalistes accrédités, venus de 84 médias et 18 pays, pour couvrir une fin du monde qui n’a pas eu lieu. Bugarach est resté célèbre pour cette journée. Sa vraie singularité est ailleurs, et elle est géologique.
Le pech de Bugarach, 1 230 mètres, est le point culminant du massif des Corbières. Le pic est isolé, entouré de vallées et rattaché à rien d’autre qu’un petit col au sud. Sa partie ouest est sur la commune de Bugarach, sa partie est sur celle de Camps-sur-l’Agly. Entre le village, à 480 mètres, et le sommet, il y a 750 mètres de dénivelé pour deux kilomètres à vol d’oiseau.
Une montagne à l’envers
Le relief provient d’une nappe de charriage, produite par la compression qui a formé les Pyrénées. Cette nappe est composée d’un pli couché, ce qui donne une anomalie spectaculaire : dans ce pli, les couches supérieures sont plus anciennes que les couches inférieures. D’où son surnom de montagne inversée.
C’est cette inversion, et non un quelconque réseau tellurique, qui vaut au site sa réputation scientifique. Le « puech de Bugarach et la crête nord du synclinal du Fenouillèdes » ont été classés en 2017.
Comment le pic est devenu un lieu de croyances
À la fin du XXe siècle, le pic devient une destination hippie, puis New Age. Trois croyances s’y superposent : l’existence de réseaux telluriques particulièrement puissants, la présence d’un trésor caché, comme à Rennes-le-Château, à une vingtaine de kilomètres, et une activité supposée d’objets volants non identifiés.
Au début des années 2010, une rumeur plus précise circule sur internet : le village, comme celui de Lamanère et le mont Rtanj en Serbie, serait épargné par une fin du monde tirée d’interprétations du calendrier maya. Dès la fin de 2010, le maire se plaint de l’arrivée massive de visiteurs.
| Repère | Valeur |
|---|---|
| Altitude du pic | 1 230 m, point culminant des Corbières |
| Altitude du village | 480 m |
| Dénivelé | 750 m sur 2 km à vol d’oiseau |
| Habitants en 2021 | 240 |
| Journalistes le 21 décembre 2012 | 300 accrédités, 84 médias, 18 pays |
| Classement du site | 2017 |
Décembre 2012 : le jour où rien n’est arrivé
Les pouvoirs publics prennent la rumeur au sérieux, non pas pour la fin du monde, mais pour l’affluence. Le 13 octobre 2012, à Salses-le-Château, une réunion d’acteurs de la lutte contre les dérives sectaires fait le point sur le dossier, au moment où un arrêté municipal interdit l’accès au pic pour le mois de décembre.
La préfecture de l’Aude interdit l’accès à la montagne trois jours autour du 21 décembre, ainsi que son survol aérien. Le ministère de l’Intérieur avait envisagé un bouclage complet du site, avant de préférer accompagner le rassemblement, avec le peloton de gendarmerie de haute montagne d’Osséja et 45 pompiers.
La préfecture de l’Aude interdit l’accès à la montagne trois jours autour du 21 décembre, ainsi que son survol aérien.
Il ne s’est rien passé, sinon un épisode médiatique que raconte un documentaire sorti l’année suivante. Les effets locaux, eux, ont duré : hausse des prix de l’immobilier et commerces bâtis sur la rumeur.
Ce qu’il y a vraiment à voir
- Le panorama du sommet, des Pyrénées à la montagne Noire et de la Méditerranée à la haute vallée de l’Aude.
- La source de l’Agly, qui naît sur les pentes du pech.
- Le château de Bugarach, du XVIe siècle, dont les ruines sont inscrites aux monuments historiques depuis le 13 avril 1948.
- Un pont romain à deux kilomètres à l’ouest du village, reconstruit à l’identique après la crue de 1992.
- Le sentier cathare, qui traverse la commune de Port-la-Nouvelle à Foix.
Vu du ciel, le pech se distingue immédiatement du reste des Corbières : une masse isolée, aux flancs abrupts, posée au milieu des vallées, dont la silhouette ne ressemble à aucune autre de la région. C’est cette singularité visuelle, probablement, qui a fait le reste.
Le voisinage n’a pas aidé à calmer les esprits : à vingt kilomètres se trouve Rennes-le-Château, dont l’histoire de trésor a été fabriquée dans les années 1950. Les deux récits se sont nourris l’un de l’autre.
À voir autour
- Rennes-le-Château : le trésor de l’abbé Saunière, à vingt kilomètres
- Montségur : le pog cathare et ses légendes
- La Bête du Gévaudan : quand les archives dégonflent un mythe
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Mystères et légendes.
Sources : notices de Bugarach et du pech de Bugarach, Wikipédia en français.
