Plus de soixante-dix moulins à papier selon le topoguide d’Ambert, un seul a conservé son activité : Richard de Bas, en Auvergne

Le moulin à papier Richard de Bas, à Ambert, et son séchoir à claire-voie
Le moulin Richard de Bas : un soubassement de pierre, et au-dessus le séchoir à claire-voie. Photo : Marie-Lan Nguyen, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.

À Ambert, dans le Puy-de-Dôme, un moulin fabrique encore du papier à la main. La notice du ministère de la Culture en donne la raison d’être en une formule : c’est le dernier édifice de ce type à avoir conservé son activité.

Le moulin Richard de Bas est classé monument historique par un arrêté du 30 décembre 1983. Le classement est partiel, et c’est un détail qui mérite d’être lu de près : le texte de protection vise les façades et toitures de l’ensemble des bâtiments, les salles de la machinerie au rez-de-chaussée, les salles de l’étage d’habitation du bâtiment principal, la grange et le séchoir.

Autrement dit, la protection ne couvre pas tout : elle nomme des façades, des toitures et des salles précises, dont celles de la machinerie. La notice décrit par ailleurs une roue de dessus en bois, à augets, qui actionne cinq piles de trois maillets à battre les chiffons et une presse à cabestan en bois.

Ce que l’arrêté protège, ce sont des façades, des toitures et les salles de la machinerie.

Soixante-dix, ou quatre cents

Reste à savoir ce que ce moulin a survécu. Et là, les sources divergent spectaculairement. Un topoguide publié par l’intercommunalité parle de plus de soixante-dix moulins à papier dans ces vallées. D’autres publications avancent environ quatre cents.

Nous n’avons trouvé aucun recensement officiel, signé et daté. Ces chiffres sont donc des estimations, et nous les attribuons plutôt que de choisir. Nous ne savons pas ce que comptent les uns et les autres : le topoguide borne son chiffre à la période jusqu’en 1790 et à trois vallées, et les autres publications n’indiquent pas leurs critères.

Ce que les deux versions partagent, c’est la densité. Ces vallées ont porté une industrie du papier considérable : selon le topoguide, la fabrication du papier de chiffon fit dès la fin du quinzième siècle de la vallée de Valeyre l’un des berceaux de la papeterie française.

ÉlémentCe qui est établiSource
Classementarrêté du 30 décembre 1983export national, notice PA00091859
Périmètre du classementfaçades et toitures de l’ensemble des bâtiments, salles de la machinerie, étage d’habitation, grange, séchoirmême notice
Statutdernier édifice de ce type à avoir conservé son activitémême notice
Nombre de moulinsplus de soixante-dixtopoguide intercommunal, 2021
Autre estimationenviron quatre centspublications non officielles
Altitude du moulin670,6 mètresnotre mesure sur le modèle national
La date d’origine ne figure pas ici : quatre valeurs circulent, de 1326 au quatorzième siècle, et l’acte de 1463 n’a pas été lu.

Une date d’origine impossible à fixer

Sur l’âge du moulin, l’incertitude est franche. On lit 1326, 1462, 1463, ou simplement le quatorzième siècle selon la publication consultée. Nous n’avons pas pu lire l’acte de 1463 que certaines sources citent. La notice nationale dit seulement que le site d’exploitation papetière est connu au quinzième siècle, que les bâtiments actuels datent des dix-huitième et dix-neuvième siècles et qu’un millésime 1720 figure sur la clef du portail.

Ce flou n’a rien d’exceptionnel pour un bâtiment industriel ancien. Les archives suivent les propriétaires, les baux et les litiges, rarement les murs. Un moulin change de main, de nom et de destination plusieurs fois par siècle, et la première mention écrite qu’on retrouve n’est pas forcément celle de sa construction.

Ce que nous ne reprenons pas : l’affirmation, très répandue, selon laquelle la Constitution de 1958 aurait été imprimée sur du papier de ce moulin. Nous l’avons trouvée sur le site du moulin lui-même, sur une encyclopédie collaborative et dans un compte rendu de visite d’une association professionnelle. Nous n’avons trouvé aucune source institutionnelle qui l’atteste, et nous la laissons donc de côté.

Un Juste parmi les Nations, et une précision nécessaire

Le dossier contient un fait grave et documenté, que nous rapportons avec la prudence qu’il impose. Marius Péraudeau, propriétaire du moulin depuis le début des années quarante, a été reconnu Juste parmi les Nations le 24 novembre 1992. Le dossier existe, nous en avons lu la fiche.

Mais cette fiche décrit une papeterie et un petit musée de l’histoire du papier près d’Ambert, sans nommer Richard de Bas, et elle ne donne pas la date à laquelle la personne a été accueillie. Que Péraudeau ait possédé ce moulin, nous le tenons d’un office de tourisme et d’un article de presse régionale, pas de l’institution qui décerne la distinction.

Nous rapportons donc les deux choses séparément : la reconnaissance, qui est établie et datée, et son lien avec ce bâtiment précis, qui ne l’est pas par la source institutionnelle. La distinction peut sembler tatillonne. Elle est au contraire la seule façon honnête de rapporter un fait de cette nature.

  • La date d’achat du moulin par Marius Péraudeau varie selon les sources entre 1940, 1941 et 1942.
  • Une autre papeterie du secteur, la Grand’Rive, est décrite avec sept roues et comme la plus importante de France par la notice nationale, et avec six roues et comme la plus importante du Livradois par une autre publication.
  • La notice nationale dit aussi que ce moulin est le seul à avoir conservé son mécanisme intact, formule que nous ne généralisons pas.

Cent trente mètres au-dessus de la ville

Quelques mesures situent le lieu. Nous avons mesuré l’altitude du moulin sur le modèle altimétrique national, à partir des coordonnées de sa notice : 670,6 mètres. L’hôtel de ville d’Ambert est à 539,0 mètres, soit environ cent trente mètres plus bas, pour une distance à vol d’oiseau d’environ 3,6 kilomètres.

Ces trois valeurs sont nos mesures, pas des chiffres publiés. Elles disent une chose simple : le moulin n’est pas en ville, il est environ cent trente mètres plus haut. Pour le déclin des petits moulins, la notice nationale donne une autre raison : la machine à faire le papier, mise au point en 1793.

Quant à la production actuelle, le topoguide parle de quelques kilos par jour. Rapporté aux deux tonnes par an données par le site Actualitté, cela ferait environ 5,5 kilos quotidiens, ordre de grandeur cohérent. Ce calcul est le nôtre.

Vu d’en haut, les vallées du Livradois ne montrent presque rien de cette histoire : des pentes boisées, des hameaux, un cours d’eau sous les arbres. Le topoguide décrit les anciens moulins comme de grandes bâtisses en granit, surmontées d’un séchoir en bois. Il en reste un qui tourne, et c’est son mécanisme, pas ses murs, que l’État a décidé de protéger.

Sources : export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques du ministère de la Culture, 46 761 notices, notice PA00091859, pour le classement du 30 décembre 1983, son périmètre et la formule sur le dernier édifice de ce type ; topoguide du chemin des papetiers publié en 2021 par l’intercommunalité, pour le nombre de moulins et la production quotidienne, source touristique ; article d’Actualitté pour les deux tonnes par an ; dossier de l’institut Yad Vashem pour la reconnaissance comme Juste parmi les Nations le 24 novembre 1992, fiche qui ne nomme pas le moulin ; modèle altimétrique de l’institut géographique national pour les altitudes et la distance, mesurées pour ce dossier. Aucun recensement officiel des moulins à papier de ces vallées n’a été trouvé, l’acte de 1463 n’a pas été lu, et nous n’avons pas trouvé de source institutionnelle pour l’affirmation sur la Constitution de 1958.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le moulin Richard de Bas ?

Un moulin à papier situé à Ambert, dans le Puy-de-Dôme, classé monument historique par un arrêté du 30 décembre 1983. Le classement est partiel : le texte de protection reproduit par la notice nationale vise les façades et toitures de l'ensemble des bâtiments, les salles de la machinerie au rez-de-chaussée, les salles de l'étage d'habitation du bâtiment principal, la grange et le séchoir. Les cinq piles de trois maillets et la roue à augets figurent dans la description historique de la notice, pas dans la liste de ce qui est protégé.

Est-il le dernier moulin à papier de France ?

La notice du ministère de la Culture emploie une formule plus précise : il est le dernier édifice de ce type à avoir conservé son activité. Ce n'est pas la même chose que d'être le dernier à fabriquer du papier à la main en France, affirmation que nous n'avons pas pu vérifier. Nous nous en tenons donc à la formule de la notice.

Combien y avait-il de moulins à papier dans la région ?

Nous ne le savons pas, et personne ne semble l'avoir établi. Un topoguide publié par l'intercommunalité parle de plus de soixante-dix moulins dans ces vallées. D'autres publications avancent environ quatre cents. Nous n'avons trouvé aucun recensement officiel, signé et daté, et nous ne reprenons donc aucun de ces chiffres comme un fait, seulement comme des estimations attribuées.

De quand date le moulin ?

Les sources ne s'accordent pas, et l'écart est considérable : on lit 1326, 1462, 1463 ou simplement le quatorzième siècle selon la publication. Nous n'avons pas pu lire l'acte de 1463 que certaines citent. Ce flou sur l'origine est fréquent pour les bâtiments industriels anciens, dont les archives suivent les propriétaires plutôt que les murs.

Quelle quantité de papier y produit-on ?

Le topoguide intercommunal parle de quelques kilos par jour. Rapporté aux deux tonnes par an données par le site Actualitté, cela ferait environ 5,5 kilos par jour, ordre de grandeur cohérent. Nous donnons ce calcul comme le nôtre, pas comme un chiffre publié.
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