Au fond d’un vallon boisé de l’Argonne, une chapelle de béton brut repose sur des pilotis. Ses vitraux, réalisés en 1959, ont été dessinés par Kimié Bando, qui n’avait alors pas quinze ans.
La chapelle de l’ermitage de Saint-Rouin, à Beaulieu-en-Argonne dans la Meuse, a été construite de 1954 à 1961 et consacrée le 22 mai 1961. Elle est classée au titre des monuments historiques par un arrêté du 20 novembre 1998.
Deux sources distinctes la décrivent, la notice nationale des immeubles protégés et une fiche publiée par un organisme régional d’architecture. Elles concordent sur le béton, les pilotis et les vitraux, et c’est ce qui permet de l’écrire.
Du béton brut, des pilotis, et des vitraux dessinés par une personne de moins de quinze ans.
Trois âges pour une même personne
Sur l’âge de Kimié Bando, les sources se contredisent franchement. Une fiche d’architecture de 2017 dit quatorze ans. La notice nationale dit dix ans. Un site non institutionnel dit huit ans.
Nous ne pouvons pas trancher, et nous retenons donc la seule formulation compatible avec les trois : une personne qui n’avait pas quinze ans. C’est moins précis, mais c’est exact, et cela suffit amplement à rendre le fait remarquable.
Un détail de rédaction mérite d’être signalé, parce qu’il montre la prudence nécessaire avec les notices. La notice nationale emploie le masculin là où les autres sources emploient le féminin. Plutôt que d’arbitrer une question que les documents ne tranchent pas, nous nommons la personne.
| Élément | Ce qui est établi | Source |
|---|---|---|
| Construction | de 1954 à 1961 | notice nationale et fiche d’architecture |
| Consécration | 22 mai 1961 | mêmes sources |
| Vitraux | 1959, dessinés par Kimié Bando | mêmes sources |
| Âge de la personne qui a dessiné les vitraux | moins de quinze ans, trois valeurs en désaccord | huit, dix ou quatorze selon la source |
| Classement | arrêté du 20 novembre 1998 | export national, notice PA00132765 |
| Site classé du vallon | 1er avril 1936, sur 3,5 hectares | une seule source, acte non lu |
Une architecture d’après-guerre
Les deux sources décrivent un volume de béton brut de décoffrage sur pilotis, de plan trapézoïdal. La fiche d’architecture le qualifie de minimaliste et dépouillé, et note que le chantier a été mené à un rythme de financement difficile.
L’architecte est présenté par les sources comme un disciple du plus célèbre des architectes de ce courant. Nous nous en tenons là : la filiation mériterait son propre article, et la rattacher trop vite reviendrait à faire dire aux sources plus qu’elles n’écrivent.
Selon la fiche d’architecture, les pilotis isolent le bâtiment de l’humidité, sur un terrain en pente au cœur de la forêt.
Ce que nous ne pouvons pas dire : si la chapelle elle-même se trouve dans le périmètre du site classé de 1936. Une direction régionale de l’environnement indique ce classement sur 3,5 hectares, mais nous n’avons lu ni l’acte ni la carte. Ne pas être nommé par un texte et ne pas être dans son périmètre sont deux choses différentes, et seule la seconde demande d’avoir vu le plan.
Ce que classe l’arrêté de 1998
Le classement de 1998 est le degré fort de la protection française, au-dessus de l’inscription. Il a été prononcé trente-sept ans après la consécration de la chapelle.
La notice porte d’ailleurs une mention que nous ne savons pas expliquer : une inscription de novembre 1994, annulée. Aucune raison n’est donnée. Nous la signalons parce qu’elle figure dans le champ des observations de la notice, et nous nous gardons de l’interpréter, une annulation pouvant tenir à un vice de forme comme à un changement de décision.
Le lieu est un ermitage au fond d’un vallon, dans une commune de moins de quarante habitants, et la protection est de niveau fort.
Un ermitage, et une tradition plus ancienne
Le lieu ne date pas des années cinquante. La notice nationale dit que la chapelle a été reconstruite à l’emplacement d’un oratoire du dix-septième siècle, élevé sur le site de l’ancien ermitage où vécut Saint-Rouin. Un retable du dix-septième siècle, classé en 1972, se trouve dans l’enclos.
Sur l’origine de ce retable, les sources divergent. Une base nationale indique qu’il viendrait de Normandie, en précisant que c’est ce que disent les habitants. Une direction régionale le dit issu du monastère de Beaulieu. Nous donnons les deux versions.
Ce que les corpus disent, et ce qu’ils taisent
Ce dossier illustre bien la différence entre une protection et une documentation. L’export national des immeubles protégés atteste le classement, sa date et son objet. Il ne raconte ni le chantier, ni les circonstances de la commande, ni l’identité précise des personnes qui y ont travaillé.
Pour tout le reste, il faut se tourner vers d’autres producteurs, et c’est là que les versions divergent. La fiche d’architecture régionale, la base du mobilier et une direction de l’environnement ne donnent ni les mêmes âges, ni les mêmes provenances, ni les mêmes propriétaires.
Nous n’avons lu ni la revue d’art sacré de 1961, ni le dossier d’inventaire de l’édifice, qui lèveraient sans doute une partie de ces incertitudes. C’est la limite de ce travail, et il vaut mieux la poser que de combler les trous.
Trente-sept habitants
La commune qui abrite cet ensemble comptait trente-sept habitants pour 2 960 hectares au moment de notre consultation du répertoire officiel. C’est une densité d’environ un habitant pour quatre-vingts hectares.
Nous ne tirons de ces chiffres aucune conclusion sur la fréquentation du lieu, que nous n’avons pas mesurée.
- La provenance du retable est donnée par une base nationale comme venant de Normandie, selon les habitants, et par une direction régionale comme venant du monastère voisin.
- La propriété est attribuée à une association catholique par la notice nationale, et à un évêché par un document de 2002.
- Ces deux écarts peuvent n’être que deux états successifs, à deux dates différentes, et non des contradictions.
Vu d’en haut, le lieu se devine à peine : la fiche de la DREAL le place au cœur de la forêt domaniale de Beaulieu-en-Argonne, un massif de 573 hectares sur quatre communes. Nous n’avons pas vérifié si la chapelle est visible sous les arbres sur une prise de vue aérienne.
Sources : export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques du ministère de la Culture, 46 761 notices, notice PA00132765, pour le classement du 20 novembre 1998, les dates de construction et de consécration et la mention des vitraux ; fiche publiée en 2017 par un organisme régional d’architecture, pour la description du bâti et l’âge de quatorze ans ; document forestier de 2002 pour la propriété et la mention de site classé sans date ; fiche d’une direction régionale de l’environnement pour la date du 1er avril 1936 et les 3,5 hectares, source unique ; répertoire officiel des communes pour la population et la superficie. L’acte de 1936 n’a pas été lu, l’âge exact de Kimié Bando n’est pas établi, et la mention d’une inscription annulée en 1994 n’est pas expliquée par la notice.

