Les vitraux de 1959 sont l’œuvre de Kimié Bando, qui n’avait pas quinze ans : Saint-Rouin, en Argonne

La chapelle de Saint-Rouin, en béton brut sur pilotis, dans un vallon boisé de l'Argonne
La chapelle de Saint-Rouin : du béton brut porté par des pilotis, et les vitraux de 1959. Photo : Ketounette, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Au fond d’un vallon boisé de l’Argonne, une chapelle de béton brut repose sur des pilotis. Ses vitraux, réalisés en 1959, ont été dessinés par Kimié Bando, qui n’avait alors pas quinze ans.

La chapelle de l’ermitage de Saint-Rouin, à Beaulieu-en-Argonne dans la Meuse, a été construite de 1954 à 1961 et consacrée le 22 mai 1961. Elle est classée au titre des monuments historiques par un arrêté du 20 novembre 1998.

Deux sources distinctes la décrivent, la notice nationale des immeubles protégés et une fiche publiée par un organisme régional d’architecture. Elles concordent sur le béton, les pilotis et les vitraux, et c’est ce qui permet de l’écrire.

Du béton brut, des pilotis, et des vitraux dessinés par une personne de moins de quinze ans.

Trois âges pour une même personne

Sur l’âge de Kimié Bando, les sources se contredisent franchement. Une fiche d’architecture de 2017 dit quatorze ans. La notice nationale dit dix ans. Un site non institutionnel dit huit ans.

Nous ne pouvons pas trancher, et nous retenons donc la seule formulation compatible avec les trois : une personne qui n’avait pas quinze ans. C’est moins précis, mais c’est exact, et cela suffit amplement à rendre le fait remarquable.

Un détail de rédaction mérite d’être signalé, parce qu’il montre la prudence nécessaire avec les notices. La notice nationale emploie le masculin là où les autres sources emploient le féminin. Plutôt que d’arbitrer une question que les documents ne tranchent pas, nous nommons la personne.

ÉlémentCe qui est établiSource
Constructionde 1954 à 1961notice nationale et fiche d’architecture
Consécration22 mai 1961mêmes sources
Vitraux1959, dessinés par Kimié Bandomêmes sources
Âge de la personne qui a dessiné les vitrauxmoins de quinze ans, trois valeurs en désaccordhuit, dix ou quatorze selon la source
Classementarrêté du 20 novembre 1998export national, notice PA00132765
Site classé du vallon1er avril 1936, sur 3,5 hectaresune seule source, acte non lu
La notice porte aussi la mention d’une inscription de 1994 annulée, sans explication : nous ne l’interprétons pas.

Une architecture d’après-guerre

Les deux sources décrivent un volume de béton brut de décoffrage sur pilotis, de plan trapézoïdal. La fiche d’architecture le qualifie de minimaliste et dépouillé, et note que le chantier a été mené à un rythme de financement difficile.

L’architecte est présenté par les sources comme un disciple du plus célèbre des architectes de ce courant. Nous nous en tenons là : la filiation mériterait son propre article, et la rattacher trop vite reviendrait à faire dire aux sources plus qu’elles n’écrivent.

Selon la fiche d’architecture, les pilotis isolent le bâtiment de l’humidité, sur un terrain en pente au cœur de la forêt.

Ce que nous ne pouvons pas dire : si la chapelle elle-même se trouve dans le périmètre du site classé de 1936. Une direction régionale de l’environnement indique ce classement sur 3,5 hectares, mais nous n’avons lu ni l’acte ni la carte. Ne pas être nommé par un texte et ne pas être dans son périmètre sont deux choses différentes, et seule la seconde demande d’avoir vu le plan.

Ce que classe l’arrêté de 1998

Le classement de 1998 est le degré fort de la protection française, au-dessus de l’inscription. Il a été prononcé trente-sept ans après la consécration de la chapelle.

La notice porte d’ailleurs une mention que nous ne savons pas expliquer : une inscription de novembre 1994, annulée. Aucune raison n’est donnée. Nous la signalons parce qu’elle figure dans le champ des observations de la notice, et nous nous gardons de l’interpréter, une annulation pouvant tenir à un vice de forme comme à un changement de décision.

Le lieu est un ermitage au fond d’un vallon, dans une commune de moins de quarante habitants, et la protection est de niveau fort.

Un ermitage, et une tradition plus ancienne

Le lieu ne date pas des années cinquante. La notice nationale dit que la chapelle a été reconstruite à l’emplacement d’un oratoire du dix-septième siècle, élevé sur le site de l’ancien ermitage où vécut Saint-Rouin. Un retable du dix-septième siècle, classé en 1972, se trouve dans l’enclos.

Sur l’origine de ce retable, les sources divergent. Une base nationale indique qu’il viendrait de Normandie, en précisant que c’est ce que disent les habitants. Une direction régionale le dit issu du monastère de Beaulieu. Nous donnons les deux versions.

Ce que les corpus disent, et ce qu’ils taisent

Ce dossier illustre bien la différence entre une protection et une documentation. L’export national des immeubles protégés atteste le classement, sa date et son objet. Il ne raconte ni le chantier, ni les circonstances de la commande, ni l’identité précise des personnes qui y ont travaillé.

Pour tout le reste, il faut se tourner vers d’autres producteurs, et c’est là que les versions divergent. La fiche d’architecture régionale, la base du mobilier et une direction de l’environnement ne donnent ni les mêmes âges, ni les mêmes provenances, ni les mêmes propriétaires.

Nous n’avons lu ni la revue d’art sacré de 1961, ni le dossier d’inventaire de l’édifice, qui lèveraient sans doute une partie de ces incertitudes. C’est la limite de ce travail, et il vaut mieux la poser que de combler les trous.

Trente-sept habitants

La commune qui abrite cet ensemble comptait trente-sept habitants pour 2 960 hectares au moment de notre consultation du répertoire officiel. C’est une densité d’environ un habitant pour quatre-vingts hectares.

Nous ne tirons de ces chiffres aucune conclusion sur la fréquentation du lieu, que nous n’avons pas mesurée.

  • La provenance du retable est donnée par une base nationale comme venant de Normandie, selon les habitants, et par une direction régionale comme venant du monastère voisin.
  • La propriété est attribuée à une association catholique par la notice nationale, et à un évêché par un document de 2002.
  • Ces deux écarts peuvent n’être que deux états successifs, à deux dates différentes, et non des contradictions.

Vu d’en haut, le lieu se devine à peine : la fiche de la DREAL le place au cœur de la forêt domaniale de Beaulieu-en-Argonne, un massif de 573 hectares sur quatre communes. Nous n’avons pas vérifié si la chapelle est visible sous les arbres sur une prise de vue aérienne.

Sources : export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques du ministère de la Culture, 46 761 notices, notice PA00132765, pour le classement du 20 novembre 1998, les dates de construction et de consécration et la mention des vitraux ; fiche publiée en 2017 par un organisme régional d’architecture, pour la description du bâti et l’âge de quatorze ans ; document forestier de 2002 pour la propriété et la mention de site classé sans date ; fiche d’une direction régionale de l’environnement pour la date du 1er avril 1936 et les 3,5 hectares, source unique ; répertoire officiel des communes pour la population et la superficie. L’acte de 1936 n’a pas été lu, l’âge exact de Kimié Bando n’est pas établi, et la mention d’une inscription annulée en 1994 n’est pas expliquée par la notice.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la chapelle de Saint-Rouin ?

Une chapelle de béton brut portée par des pilotis, au fond d'un vallon boisé de l'Argonne, sur la commune de Beaulieu-en-Argonne, dans la Meuse. Elle a été construite de 1954 à 1961 et consacrée le 22 mai 1961. Elle est classée au titre des monuments historiques par un arrêté du 20 novembre 1998.

Qui a dessiné les vitraux ?

Kimié Bando, en 1959. Toutes les sources s'accordent sur le nom et sur le fait qu'il s'agissait d'une personne très jeune, mais pas sur son âge : une fiche d'architecture dit quatorze ans, la notice nationale dix ans, un site non institutionnel huit ans. Nous retenons donc la seule formulation compatible avec les trois, celle de quelqu'un qui n'avait pas quinze ans.

Pourquoi une chapelle en béton ici ?

Les deux sources décrivent un volume de béton brut de décoffrage sur pilotis, de plan trapézoïdal, conçu par le père Rayssiguier, dominicain, présenté comme disciple de Le Corbusier. Nous ne développons pas la comparaison, qui mériterait son propre sujet, et nous n'expliquons pas ce choix de matériau, qu'aucune des deux sources n'explique.

Le vallon est-il protégé ?

Une direction régionale de l'environnement indique un site classé depuis le 1er avril 1936, sur 3,5 hectares. Mais nous n'avons trouvé ni l'acte lui-même ni une seconde source datée, et un document forestier de 2002 se contente de dire que l'ermitage est un site classé, sans date. Nous rapportons donc cette protection avec sa source, et nous ne disons pas si la parcelle de la chapelle est à l'intérieur du périmètre : nous n'avons pas vu la carte.

Qui en est propriétaire ?

Les sources divergent, mais pas forcément entre elles. La notice nationale indique une association catholique du Verdunois, un document de 2002 indique l'évêché de Verdun. Ces deux mentions ne sont pas datées de la même année, et une propriété peut changer : nous les donnons toutes les deux plutôt que d'en choisir une.
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