Dernier chêne de la nef et du chœur de Notre-Dame abattu à la main le 8 février 2023 : Bellême, selon le chantier

La cime d'un chêne adulte du Perche, vue depuis le sol
Un chêne adulte du Perche, dans une autre forêt du massif : ce n'est pas celui qui a été abattu. Photo : Leeah91, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Le 8 février 2023, un chêne a été abattu à la main dans une forêt domaniale de l’Orne, selon l’établissement public chargé de la restauration. C’était le dernier destiné aux charpentes de la nef et du chœur de Notre-Dame de Paris.

L’établissement public chargé de la restauration décrit l’opération et la situe en forêt de Bellême, en présence de son président, de la directrice générale de l’office national des forêts et d’un des architectes en chef chargés du chantier.

Une réserve s’impose d’emblée, et elle porte sur le lieu. L’office national des forêts, qui a conduit la récolte, date bien la troisième campagne de septembre 2022 à février 2023, mais il ne nomme pas Bellême. Les publications que nous avons lues et qui le font reprennent le texte ou la légende photo de cette source. Nous attribuons donc cette localisation plutôt que de l’affirmer.

Le dernier chêne de la nef et du chœur, selon l’établissement public.

Une confusion à éviter

Ce n’était pas la flèche, dont le premier chêne avait été marqué ailleurs, le 5 mars 2021, selon France Bois Forêt. Quant au tout dernier arbre du chantier, l’établissement public intitule sa page « dernier arbre nécessaire à la restauration des charpentes » tout en décrivant dans le texte le dernier chêne de la nef et du chœur : nous ne tranchons pas.

Selon l’office national des forêts, la récolte s’est faite en trois campagnes, la troisième de septembre 2022 à février 2023. Les bois sont venus de forêts domaniales, communales et privées, d’après France Bois Forêt.

La source écrit que la coupe a été réalisée manuellement et qualifie ce moment de hautement symbolique. Elle ne dit pas qu’il s’agissait ou non d’une nécessité technique, et nous ne le disons pas non plus.

ÉlémentCe qui est établiSource
Date8 février 2023établissement public de restauration
Objetdernier chêne des charpentes de la nef et du chœurmême source
Lieuforêt de Bellême, selon cette sourcemême source, aucune seconde source institutionnelle lue
Campagne de récoltede septembre 2022 à février 2023office national des forêts, sans nommer la forêt
Surface de la forêtenviron 2 400 hectares cadastrauxdocument d’aménagement 2008-2027
Peuplementchêne sessile à plus de trois quartsmême document
Le nombre de chênes ne figure pas ici : cinq valeurs circulent, qui ne comptent ni les mêmes objets ni le même périmètre.

Une forêt de chênes, et un âge qu’il ne faut pas confondre

Le document d’aménagement de cette forêt, qui couvre la période 2008-2027, donne environ 2 400 hectares cadastraux et un peuplement composé à plus de trois quarts de chêne sessile. Nous ne savons pas quels peuplements précis de cette forêt ont fourni les arbres abattus.

Il indique aussi un âge d’exploitabilité de cent quatre-vingts ans. Attention au contresens : c’est un objectif de gestion, l’âge auquel la forêt prévoit de récolter, et non l’âge des arbres effectivement abattus en 2023. Les deux peuvent différer largement.

Un contrepoint qui éclaire tout : un billet d’un chercheur du centre national de la recherche scientifique indique que la charpente gothique de la nef, du chœur et du transept a consommé autour de mille chênes, dont environ 97 % taillés dans des fûts de vingt-cinq à trente centimètres de diamètre, âgés en moyenne de soixante ans. Cette moyenne s’appuie sur des études de charpentes du treizième siècle, pas sur une mesure faite à Notre-Dame même.

Des forêts publiques et privées

Selon l’office national des forêts, mille sept cents grumes de chênes de forêts domaniales et cent trente grumes de forêts communales ont été livrées à l’établissement public. Une forêt domaniale est gérée selon un document d’aménagement, celui de Bellême couvrant la période 2008-2027.

France Bois Forêt compte en outre plus de deux cents propriétaires donateurs pour la flèche et le transept.

Nous n’avons pas trouvé le nombre de chênes pris à Bellême, ni leur âge, ni leur diamètre, ni leur place dans la charpente. Cette absence vaut pour les pages que nous avons lues.

Trois campagnes, et une chronologie bornée

Le prélèvement des chênes ne s’est pas fait d’un bloc. L’office national des forêts borne sa mobilisation de janvier 2021 à février 2023, et situe la troisième campagne de récolte entre septembre 2022 et février 2023.

C’est précisément pour cela que nous ne tranchons pas la question de savoir si l’arbre du 8 février 2023 était le dernier du chantier entier ou seulement celui des charpentes de la nef et du chœur. La date tombe à la fin des deux périodes, et les deux formulations circulent, y compris dans les communications officielles.

Ce que nous pouvons écrire sans risque, c’est que la flèche relevait d’un autre calendrier, ouvert le 5 mars 2021 ailleurs. Confondre les deux reviendrait à rapporter à cette forêt un arbre qui n’en vient pas.

Des chiffres qui ne mesurent pas la même chose

Sur le nombre de chênes employés, les publications donnent un millier d’arbres, mille deux cents grumes, quatre cent quatre-vingt-onze grumes, mille deux cent soixante arbres, ou plus de deux mille. Ces valeurs ne se contredisent pas nécessairement.

Une grume est une bille de bois, c’est-à-dire un tronçon de tronc ébranché, et un arbre peut en fournir plusieurs selon sa hauteur. Certains décomptes portent sur la flèche seule, d’autres sur l’ensemble des charpentes. Comparer ces chiffres sans préciser ce qu’ils mesurent produirait des écarts trompeurs.

  • La forêt ne figure dans aucune notice de l’export national des immeubles protégés, qui compte 46 761 notices.
  • La commune de Bellême y a en revanche six notices, et le mot Perche en rend quatre-vingt-cinq dans l’ensemble du corpus.
  • Cette absence vaut pour cet export : elle ne dit rien d’une protection au titre des sites, que nous n’avons pas interrogée.

Un dernier mot sur ce que « à la main » veut dire : la source écrit « manuellement » et rien de plus, ni l’outil, ni la durée, ni la taille de l’équipe.

Vu d’en haut, une forêt de chênes ne se distingue pas d’une autre : une masse continue, un peu plus claire au printemps. Rien n’indique qu’une parcelle a fourni la charpente d’une cathédrale.

Sources : communication de l’établissement public chargé de la restauration de Notre-Dame de Paris, pour la date du 8 février 2023, la nature de l’arbre, la localisation en forêt de Bellême et les personnes présentes ; cette localisation n’est pas recoupée par une seconde source indépendante. Office national des forêts, pour les dates de la troisième campagne de récolte, sans mention de la forêt. Document d’aménagement forestier 2008-2027 pour la surface et la composition du peuplement. Travaux d’un chercheur du centre national de la recherche scientifique pour les dimensions des chênes médiévaux. Export national des immeubles protégés du ministère de la Culture, 46 761 notices. Le nombre total de chênes du chantier n’est pas établi de façon comparable d’une source à l’autre.

Questions fréquentes

Que s'est-il passé le 8 février 2023 ?

L'abattage à la main du dernier chêne nécessaire à la restitution des charpentes médiévales de la nef et du chœur de Notre-Dame de Paris. L'établissement public chargé de la restauration situe l'opération en forêt domaniale de Bellême, dans l'Orne, en présence de son président, de la directrice générale de l'office national des forêts et d'un des architectes en chef.

Était-ce le dernier arbre du chantier ?

Nous ne pouvons pas l'affirmer dans un sens ni dans l'autre. L'établissement public intitule sa page « Coupe du dernier arbre nécessaire à la restauration des charpentes » et précise dans le texte qu'il s'agit du dernier chêne des charpentes médiévales de la nef et du chœur. Ce n'était pas la flèche, dont le premier chêne avait été marqué ailleurs le 5 mars 2021 selon France Bois Forêt. L'office national des forêts situe sa mobilisation entre janvier 2021 et février 2023, et nous ne savons pas si d'autres arbres ont été abattus ensuite pour d'autres besoins du chantier.

Cette localisation est-elle sûre ?

Parmi les pièces institutionnelles que nous avons lues, elle repose sur une seule source, et nous préférons le dire. L'établissement public chargé de la restauration nomme Bellême dans sa propre communication. L'office national des forêts, de son côté, date la troisième campagne de récolte de septembre 2022 à février 2023 mais ne nomme pas la forêt. Les publications que nous avons lues et qui nomment Bellême reprennent le texte ou la légende photo de cette source. Nous attribuons donc le lieu plutôt que de l'affirmer.

Pourquoi abattre à la main ?

L'établissement public écrit que la coupe a été réalisée manuellement et que ce moment, hautement symbolique, illustre le passage de relais entre les forestiers de l'office national des forêts et les charpentiers. Il ne dit ni pourquoi le geste a été manuel, ni avec quel outil.

Combien de chênes a-t-il fallu ?

Les chiffres publiés ne comptent pas la même chose, et nous nous gardons de les opposer. On lit un millier d'arbres, mille deux cents grumes, quatre cent quatre-vingt-onze grumes, mille deux cent soixante arbres, plus de deux mille. Selon qu'on compte des arbres ou des billes de bois, la flèche seule ou l'ensemble des charpentes, le résultat change du simple au double.
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