90 000 ascensions par an, et pourtant le puy Mary n’est pas le point culminant du plus grand volcan d’Europe

Le puy Mary et le sentier qui mène à son sommet, avec des névés sur le versant et des randonneurs
Le puy Mary, dans le Cantal, le 31 mai 2014. Photo : Pline, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Au Pas de Peyrol, dans le Cantal, des bâtiments d’accueil encadrent le point de départ de l’ascension par le GR 400. De là part le sentier vers le sommet du puy Mary, à 1 787 mètres, que l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (IGEDD) évalue à environ 90 000 ascensions par an.

Le chiffre figure dans le rapport présenté le 17 décembre 2025 à la commission supérieure des sites, perspectives et paysages, en vue du renouvellement du label Grand Site de France. Le même document rappelle un point de géographie : le puy Mary n’est pas le point le plus haut du massif qu’il symbolise. Le rapport de l’IGEDD décrit la montagne du Cantal comme le « vestige du plus grand volcan d’Europe », formant un cercle autour du puy Mary, « où culmine le Plomb du Cantal (1 855 m) ». Le sommet emblématique n’est donc pas le plus élevé : 68 mètres le séparent du point culminant.

Pour la formule « plus grand volcan d’Europe », le rapport renvoie à une source précise : la notice de la carte géologique harmonisée du Cantal publiée par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) en août 2009. Le gestionnaire du site, le syndicat mixte du Puy Mary, reprend la formule sur sa page consacrée au plus grand stratovolcan d’Europe, avec des dimensions chiffrées.

Un seul volcan de 2 700 km², actif pendant dix millions d’années

Selon le syndicat mixte du Puy Mary, le volcan cantalien couvre une superficie de 2 700 km² et le volume actuel de ses dépôts volcaniques dépasse 400 km³. Le rapport de l’IGEDD le qualifie de stratovolcan, actif entre moins 13 et moins 3 millions d’années, qui a connu éruptions et effondrements. Le gestionnaire insiste sur une différence de nature avec les reliefs du nord de l’Auvergne : là où la chaîne des Puys aligne de petits volcans distincts, un seul et unique volcan forme le massif cantalien.

La chaîne des Puys, inscrite au patrimoine mondial en 2018, est faite d’édifices juxtaposés ; dans le Cantal, selon le syndicat mixte, l’activité volcanique a fait et défait le volcan, puis les glaciers ont façonné monts et vallées. Le syndicat mixte évoque des hypothèses selon lesquelles le stratovolcan aurait pu atteindre 3 500 à 4 000 mètres, sans qu’il s’agisse d’une mesure.

Les repères donnés par les deux sources officielles se résument ainsi :

  • puy Mary : 1 787 mètres, selon l’IGEDD et le syndicat mixte ;
  • Plomb du Cantal : 1 855 mètres, point culminant du massif selon l’IGEDD ;
  • période d’activité : de moins 13 à moins 3 millions d’années, selon l’IGEDD ;
  • superficie : 2 700 km², selon le syndicat mixte du Puy Mary ;
  • volume actuel des dépôts : plus de 400 km³, selon le même gestionnaire.

Sept vallées glaciaires et une silhouette de mitre

Le rapport de 2025 recense sept principales vallées glaciaires rayonnantes qui prennent leur source dans le massif : la Jordanne, la Maronne, le Mars, la Petite Rhue, la Santoire et son affluent l’Impradine, la Cère et l’Alagnon. Selon le même texte, c’est l’érosion glaciaire qui a donné au puy Mary sa forme « d’évêque à la mitre fourchue », une image empruntée à un texte de Marcel Bignat daté du 4 juillet 1926.

Ces vallées expliquent aussi la géographie humaine du site. Le rapport de 2018 décrit le Pas de Peyrol, au pied du sommet, comme le point de jonction de trois vallées. Un article de Réussir Agriculture Massif Central publié en mai 2023 le présente comme le plus haut col routier du Massif central. Selon le syndicat mixte, les routes d’accès au Pas de Peyrol sont fermées du 1er novembre au 1er mai.

Un demi-million de passages au col, 90 000 jusqu’au sommet

L’IGEDD retrace une notoriété ancienne, qui émerge à la fin du XIXe siècle avec le tourisme ferroviaire et le thermalisme ; dès le début du XXe siècle, le Touring Club de France soutient la création de la route départementale 17 menant au Pas de Peyrol. Le rapport en fait le site naturel le plus visité du Cantal, voire de l’Auvergne, avec une fréquentation proche de celle du puy de Dôme.

Les chiffres de 2012, repris dans le rapport de 2025, donnent la mesure : plus de 500 000 visiteurs sur le Grand Site, environ 90 000 ascensions annuelles du puy Mary, 35 000 randonneurs sur 350 kilomètres de sentiers, dont 22 000 sur la Brèche de Roland. Treize ans plus tard, l’inspection écrit que la fréquentation reste globalement stable, autour de 500 000 passages au Pas de Peyrol et 90 000 ascensions annuelles.

Le sommet emblématique n’est donc pas le plus élevé : 68 mètres le séparent du point culminant.

Selon le rapport, cette fréquentation, cumulée au manque de dispositifs d’accueil et d’interprétation, a eu des conséquences lourdes. Il énumère la dégradation d’un massif aux roches volcaniques fragiles et sensibles à l’érosion, les pollutions, la cueillette sauvage et le stationnement anarchique. Dès la commission de 1983 qui préparait le classement du site, un inspecteur général alertait sur « le développement incontrôlé des stationnements sauvages le long des routes ».

Du sentier raviné aux marches fixées dans la roche

En juillet 2010, Réussir Agriculture Massif Central rapportait un glissement de terrain d’environ 60 m² sous le sentier d’accès, avec une menace d’éboulement sur la RD 17, et de 40 m² juste au-dessus du sentier piéton. Le chantier prévoyait de stabiliser la zone en la fixant dans la roche mère et de rénover le sentier par un système de marches en bois fixées dans le rocher.

  • 39 rotations d’hélicoptère pour acheminer le matériel, selon le président du syndicat mixte cité par l’article ;
  • un coût de 106 000 euros pour l’opération ;
  • un accès au puy Mary interdit par arrêté pendant les travaux.

Le rapport de 2018 du CGEDD, devenu depuis l’IGEDD, mentionne ensuite, au Pas de Peyrol, la réduction des aires de stationnement, l’aménagement du sentier d’accès au sommet et la réalisation d’un belvédère. Celui de 2025 parle de canalisation du cheminement des piétons et de résorption des zones érodées sur les puys Mary, Chavaroche, Violent, de la Tourte et sur la Brèche de Roland. Au col du Redondet, précise-t-il, les équipes du syndicat mixte et du parc naturel régional ont transporté les matériaux à dos d’homme.

Treize ans de label, renouvelé jusqu’en 2034

Le label Grand Site de France a été obtenu le 12 décembre 2012 ; le syndicat mixte indique que le puy Mary devenait alors le 12e Grand Site labellisé. Lors de la commission supérieure du 28 juin 2012, selon l’IGEDD, l’inspecteur général saluait un Pas de Peyrol réaménagé, avec un parking réduit à 150 places et la suppression des « 250 véhicules garés de manière anarchique ». L’ambition affichée était de « passer de 500 000 personnes qui restent deux heures sur site à 250 000 qui y restent deux jours ». Une deuxième labellisation a suivi en 2019.

La troisième a été accordée par une décision ministérielle du 27 mars 2026, valable huit ans, après l’avis favorable de la commission supérieure du 17 décembre 2025. Le périmètre passe à 17 communes, dont Salers et Thiézac. Selon le rapport, le territoire s’étendrait de 36 000 à 47 200 hectares pour 3 800 habitants, et englobe désormais la station du Lioran, une première pour un Grand Site d’après l’inspection. Ailleurs en France, un autre Grand Site a suivi une voie comparable de reconquête : à la pointe du Raz, deux hôtels ont été démolis.

RepèreValeurSource
Altitude du puy Mary1 787 mIGEDD, 2025
Point culminant (Plomb du Cantal)1 855 mIGEDD, 2025
Superficie du volcan cantalien2 700 km²Syndicat mixte du Puy Mary
Passages au Pas de Peyrolenviron 500 000 par anIGEDD, 2025
Ascensions du puy Mary90 000 par anIGEDD, 2025
Communes du Grand Site17Décision du 27 mars 2026
Chiffres clés du Grand Site Puy Mary, Volcan du Cantal

Le modèle de déplacement fait partie du bilan. Les navettes estivales, appelées « lignes du volcan », ont transporté 44 607 passagers depuis 2018 et près de 10 000 en 2025 selon le syndicat mixte, cité par l’IGEDD. Le financement du syndicat repose à 70 % sur le conseil départemental, à 20 % sur la région et à 10 % sur les communes. Le 14 juillet 2026, l’étape du Tour de France entre Aurillac et Le Lioran était programmée avec un passage par le puy Mary et le col du Pertus, selon le gestionnaire.

Ce que les chiffres ne disent pas

Les 90 000 ascensions et les 500 000 passages sont des ordres de grandeur. Le rapport de 2025 les donne sans détailler la méthode de comptage, et l’estimation de 2012 est quasiment identique, ce qui peut traduire une stabilité réelle comme une donnée peu actualisée. Les dimensions du volcan varient aussi selon les documents : l’IGEDD évoque un cercle d’un rayon de près de 60 kilomètres, quand le syndicat mixte annonce un diamètre de 70 kilomètres pour 2 700 km².

Le titre de plus grand volcan d’Europe repose sur la notice du BRGM citée par l’inspection, et le syndicat mixte emploie le terme plus précis de stratovolcan. L’altitude originelle de 3 500 à 4 000 mètres reste une hypothèse, que le gestionnaire présente comme telle. Quant à la surface du site classé, les sources hésitent entre environ 8 500 hectares (IGEDD, 2025), 8 535 hectares (syndicat mixte) et 8 570 hectares (CGEDD, 2018) pour le même classement du 23 octobre 1985.

Questions fréquentes

Le puy Mary est-il le plus haut sommet du Cantal ?

Non. Le puy Mary culmine à 1 787 mètres, tandis que le Plomb du Cantal atteint 1 855 mètres, selon le rapport de l'IGEDD de 2025. Le puy Mary est le sommet emblématique du massif, pas le plus élevé.

Pourquoi parle-t-on du plus grand volcan d'Europe ?

Le rapport de l'IGEDD qualifie le massif cantalien de vestige du plus grand volcan d'Europe, en citant une notice du BRGM de 2009. Le syndicat mixte du Puy Mary parle de plus grand stratovolcan d'Europe et lui attribue une superficie de 2 700 km².

Combien de personnes montent au sommet chaque année ?

Environ 90 000 ascensions annuelles, selon l'IGEDD, pour quelque 500 000 passages au Pas de Peyrol. Ces chiffres sont des estimations globales, quasi identiques à celles de 2012.

Peut-on monter au Pas de Peyrol toute l'année ?

Non. Le syndicat mixte du Puy Mary indique que les routes d'accès au Pas de Peyrol sont fermées du 1er novembre au 1er mai. Il est conseillé de vérifier les conditions avant de partir.

Depuis quand le puy Mary est-il Grand Site de France ?

Depuis le 12 décembre 2012. Le label a été renouvelé en 2019 puis par une décision ministérielle du 27 mars 2026, valable huit ans, qui étend le Grand Site à 17 communes.

Existe-t-il une alternative à la voiture pour s'y rendre ?

Oui, en été. Les navettes « lignes du volcan » desservent les communes du Grand Site ; elles ont transporté près de 10 000 passagers en 2025 selon le syndicat mixte, cité par l'IGEDD.
PartagerFacebookXWhatsAppLinkedInE-mail
Retour en haut