Un village reconstruit attendait cent vingt habitants, il en compte quarante-deux : le lac du barrage de Bort-les-Orgues

Le château de Val les pieds dans la retenue du barrage de Bort-les-Orgues
Le château de Val, sur la retenue de Bort-les-Orgues (Cantal). Photo : Raimond Spekking, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Quand la Dordogne a été barrée à Bort-les-Orgues, il a fallu reconstruire plus haut la commune de Port-Dieu. Le conseil municipal attendait cent vingt habitants dans le village neuf, et une quarantaine seulement s’y sont installés. La population de la commune, aujourd’hui nommée Confolent-Port-Dieu, est de quarante-deux habitants au recensement 2023, en vigueur depuis le 1er janvier 2026.

Le chiffre de cent vingt vient d’un article de l’anthropologue Armelle Faure publié en 2008 dans une revue à comité de lecture. Celui de quarante-deux est la population de la commune de Confolent-Port-Dieu au recensement 2023 (Insee), servie aussi par l’interface officielle des données géographiques des communes françaises. Ce n’est pas un déclin : la même source indique qu’une quarantaine d’habitants seulement étaient venus, et l’Insee compte entre vingt-neuf et cinquante-sept habitants à chaque recensement depuis 1968.

Plus de quatre cent cinquante départs

La mise en eau, en 1951, a vidé une partie de la vallée. Plus de quatre cent cinquante personnes ont quitté les lieux. À Port-Dieu seule, soixante-trois foyers ont été expropriés, dont treize veuves. Les habitants situent le dernier train en mai 1950, et la voie ferrée supprimée est restée une plaie locale.

Les conséquences sur le chemin de fer étaient signalées dès 1942 : selon l’anthropologue, un rapport du préfet de la Corrèze alertait sur la suppression de tronçons de voie ferrée, qui priverait quatre-vingt-quatorze communes réparties sur trois départements de leur débouché vers le marché parisien. Les fermes de Val ont été englouties, écrit la même anthropologue, mais la chapelle et la crypte familiale sont intactes.

Une précision de méthode s’impose ici. Les deux textes de cette chercheuse, celui de 2008 et un second publié en 2012, sont du même auteur : ils ne font qu’une source, même s’ils sont parus dans deux revues différentes. Le chiffre de quarante-deux habitants, lui, vient d’une base publique indépendante.

La cote de retenue normale est de 542,50 mètres. La crête du barrage culmine à 544,80.

Le château qui est resté debout

Le château de Val se dresse aujourd’hui les pieds dans l’eau, sur un îlot proche de la rive, et c’est l’image qui fait le tour du monde. Le récit qui l’accompagne, en revanche, ne tient pas. On lit partout qu’il a échappé de justesse à la submersion, et que la muraille du barrage aurait été rabaissée d’une dizaine de mètres parce que la roche était friable.

Aucune pièce d’époque consultée ne l’établit. Six corpus ont été lus sans y trouver de document décrivant un projet de submersion ni une cote abandonnée, mais deux d’entre eux emploient des formules qui laissent entendre une menace : l’anthropologue écrit en 2012 que le château a finalement été épargné de la submersion, et la page de la commune dit qu’il a pu être sauvegardé. Les revues techniques de l’époque n’ont pas pu être lues, et l’idée d’une hauteur d’eau initialement plus élevée puis revue à la baisse circule sans source citée sur Wikipédia et sur des pages touristiques. Les six corpus sont : la monographie du comité français des barrages et réservoirs, la notice du ministère de la Culture, l’export national des immeubles protégés, les deux articles de l’anthropologue et les pages officielles de la commune. La version de la muraille rabaissée ne circule que sur des pages touristiques, sans origine citée.

Ce qui est écrivable est plus sobre et plus intéressant. La chercheuse attribue la survie du château aux choix techniques dont dépend la cote d’immersion, et écrit que l’exploitant a aussi choisi d’épargner le château de Val. Un choix de l’exploitant, selon elle, dont ni la date ni le détail ne sont documentés dans les textes lus.

ÉlémentValeurSource
Cote de retenue normale542,50 mètrescomité français des barrages, commune
Crête du barrage544,80 mètrescomité français des barrages
Surface de la retenue1 073 hectarescomité français des barrages
Départs de la valléeplus de quatre cent cinquante personnesRevue de Géographie Alpine, 2008
Port-Dieusoixante-trois foyers expropriés, dont treize veuvesmême article
Population légalequarante-deux habitantsdonnées officielles des communes
La page de la commune se contredit sur la longueur en crête : 390 mètres dans un paragraphe, 380 dans un autre.

Deux services de l’État, deux roches

Les orgues basaltiques qui donnent son nom à la ville réservent une surprise documentaire. L’État a classé le site le 25 septembre 1933 sous l’intitulé officiel orgues basaltiques. Mais sa propre fiche d’inventaire du patrimoine géologique du Limousin, publiée par la direction régionale de l’environnement (DREAL) de Nouvelle-Aquitaine, rédigée par le CPIE du Velay et validée par le Muséum national d’histoire naturelle, décrit des colonnes verticales de phonolite.

Le basalte et la phonolite sont deux roches volcaniques distinctes. Deux documents de l’État se contredisent donc sur la nature de ce qu’ils protègent, et la fiche d’inventaire, si elle signale que le site est classé, ne reprend pas l’intitulé orgues basaltiques. Nous rapportons les deux, sans arbitrer : ce n’est pas à un article de patrimoine de trancher une question de pétrographie.

Environ quatre mètres de marge

Un ordre de grandeur permet de mesurer ce dont on parle. Interrogée au point du château, l’interface altimétrique de l’institut géographique national rend 546,78 mètres aux coordonnées de la notice Mérimée du château (45,44269 nord, 2,50535 est), et entre 544,5 et 547,7 mètres dans les dix mètres alentour, pour une cote de retenue normale de 542,50. Soit une marge d’environ quatre mètres, à un mètre près selon le point choisi.

Cette valeur demande une réserve, et elle est importante : le modèle interrogé décrit le terrain, pas le bâtiment, et ce n’est donc pas une cote officielle du château. Elle donne un ordre de grandeur, pas une preuve. Cette marge ne dit rien de la date à laquelle la cote a été arrêtée : aucune des sources lues ne le précise.

Le château, lui, est protégé depuis longtemps et par couches successives : classé par arrêté du 23 septembre 1946, sa chapelle Saint-Blaise classée le 7 septembre 1961, ses communs inscrits le 10 septembre 1990, et le site inscrit dès le 2 août 1943, soit huit ans avant la mise en eau. Il appartient aujourd’hui à la commune de Bort-les-Orgues.

Ce que les habitants disent, et qui reste leur parole : le barrage n’aurait jamais été inauguré officiellement. L’anthropologue rapporte cette conviction et l’explication qu’en donnent les riverains, un recours qui serait encore pendant devant le Conseil d’État au sujet de la voie ferrée supprimée. Elle ne l’établit pas elle-même, et nous ne l’écrivons donc pas comme un fait.

Ce que le lac rend quand il baisse

En janvier 2026, le lac est descendu à son plus bas niveau depuis neuf ans, et un pont médiéval a réapparu. Un retour au niveau normal était attendu au début de l’été. Ces épisodes sont la seule occasion de voir ce que la retenue recouvre, et ils sont devenus un rendez-vous local.

Le reste du dossier reste ouvert, et il faut le dire. Le nombre exact de maisons, de fermes et de hameaux noyés n’est donné par aucune des sources consultées : les dossiers d’expropriation sont aux archives départementales du Cantal et de la Corrèze, qui n’ont pas été interrogées directement. La liste des villages noyés elle-même ne fait pas consensus.

Vu du ciel, tout se lit d’un coup : la gorge barrée, la nappe d’eau qui remonte sur vingt et un kilomètres, et ce château posé au ras de la surface comme s’il avait toujours été une île. Il ne l’a jamais été.

Sources : monographie du barrage publiée en 2022 par le comité français des barrages et réservoirs ; notice Mérimée PA00093524 du ministère de la Culture pour le château de Val ; export national des immeubles protégés, interrogé le 24 octobre 2026 ; Armelle Faure, Revue de Géographie Alpine, 2008, et Bulletin de l’Association française des détenteurs de documents audiovisuels et sonores, 2012 ; tableau officiel des sites classés de la direction régionale de l’environnement de Nouvelle-Aquitaine ; fiche d’inventaire du patrimoine géologique du Limousin (LIM 16) de la DREAL Nouvelle-Aquitaine ; pages officielles de la commune de Bort-les-Orgues ; population légale servie par l’interface officielle des données des communes ; France 3 Nouvelle-Aquitaine, 30 janvier 2026.

Questions fréquentes

Combien de personnes ont dû partir ?

Plus de quatre cent cinquante, selon un article de l'anthropologue Armelle Faure publié en 2008 dans la Revue de Géographie Alpine, une revue à comité de lecture. À Port-Dieu, soixante-trois foyers ont été expropriés, dont treize veuves, et les habitants situent le dernier train en mai 1950. Un rapport du préfet de la Corrèze de 1942, cité par l'anthropologue, alertait sur la suppression de voies ferrées qui priverait quatre-vingt-quatorze communes réparties sur trois départements de leur débouché vers Paris.

Le château de Val a-t-il failli être noyé ?

Aucune pièce d'époque consultée ne l'établit, et c'est la réponse honnête. La version de la muraille rabaissée d'une dizaine de mètres parce que la roche était friable ne circule que sur des pages touristiques, sans origine citée. Six corpus ont été lus sans y trouver de document décrivant un projet de submersion ni une cote abandonnée, même si l'anthropologue écrit que le château a finalement été épargné de la submersion : la monographie du comité français des barrages, la notice du ministère de la Culture, l'export national des immeubles protégés, les deux articles de l'anthropologue, et les pages de la commune. Ce qui est écrivable est plus mesuré : la même anthropologue attribue la survie du château aux choix techniques dont dépend la cote d'immersion, et écrit que l'exploitant a aussi choisi d'épargner le château de Val.

À quelle hauteur monte la retenue ?

La cote de retenue normale est de 542,50 mètres au-dessus du niveau de la mer, et la crête du barrage à 544,80 mètres. Ces deux valeurs sont données par la monographie du comité français des barrages et réservoirs ; la page officielle de la commune de Bort-les-Orgues ne confirme que la cote de 542,50 mètres. La retenue couvre 1 073 hectares, soit 10,73 kilomètres carrés selon la même monographie.

Le barrage a-t-il été inauguré ?

Les habitants disent que non, et c'est à eux qu'il faut attribuer cette affirmation. L'anthropologue rapporte leur conviction et l'explication qu'ils en donnent, un recours qui serait encore pendant devant le Conseil d'État au sujet de la voie ferrée supprimée. Elle ne l'établit pas elle-même, et nous ne l'écrivons donc pas comme un fait.

Le barrage est-il protégé ?

Pas au titre des monuments historiques : il est absent de l'export national des immeubles protégés, corpus fermé où l'absence vaut preuve. Le château de Val, lui, est classé par arrêté du 23 septembre 1946, sa chapelle Saint-Blaise classée le 7 septembre 1961, ses communs inscrits le 10 septembre 1990, et le site est inscrit depuis le 2 août 1943. Les orgues basaltiques qui donnent son nom à la ville sont un site classé depuis le 25 septembre 1933.
PartagerFacebookXWhatsAppLinkedInE-mail
Retour en haut