Une robe de mariée exposée dans la chapelle jusqu’en 1881 : la dame blanche de Trécesson

Le château de Trécesson et ses murs de schiste reflétés dans l'étang, dans le Morbihan
Le château de Trécesson, à Campénéac, dans le Morbihan. Photo : Thérèse Gaigé, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Dans la chapelle d’un château breton, une robe de mariée, un bouquet et une couronne de fleurs sont restés exposés pendant plus d’un siècle. La légende dit qu’ils appartenaient à une jeune fiancée enterrée vivante par ses propres frères, dans le parc, une nuit du XVIIIe siècle.

Le château de Trécesson se dresse sur la commune de Campénéac, dans le Morbihan, à proximité de la forêt de Paimpont-Brocéliande et en bordure du camp de Coëtquidan. Ses imposants murs de schiste violacé rougeâtre se reflètent dans l’étang qui l’entoure, et il a conservé son aspect médiéval.

Ce que raconte le récit de 1824

La légende de la dame blanche est relatée dans un volume de la revue Le Lycée armoricain en 1824, et elle situe les faits entre 1740 et 1760. À cette époque, le château appartient à un seigneur décrit comme bon, dont la seule intolérance concerne le braconnage. Or des braconniers opèrent de nuit sur ses terres.

L’un d’eux, en embuscade dans le parc, entend du bruit et se cache dans un arbre. Une voiture attelée de deux chevaux noirs s’avance lentement. Le cortège s’arrête non loin, et il distingue plusieurs hommes munis de bêches et de pioches qui se mettent à creuser une fosse au pied de son arbre.

Deux gentilshommes sortent alors de la voiture et en font descendre avec violence une jeune dame richement parée, vêtue d’une robe de soie blanche, la tête couronnée de fleurs et un bouquet à la main : une fiancée. Elle supplie ses frères de lui laisser la vie. Ils répondent qu’elle a déshonoré la famille et qu’elle n’en fait plus partie. La fosse achevée, elle y est précipitée et enterrée vivante.

La tombe est ouverte et lorsque le visage de la jeune dame paraît à découvert, elle pousse un long soupir puis tombe morte.

Une heure de trop

La suite du récit tient au temps perdu. Le braconnier n’ose pas porter secours à la femme et rentre chez lui raconter la scène à son épouse. Celle-ci l’invective pour sa lâcheté, et tous deux se rendent au château.

Les portes sont fermées et il faut attendre longtemps avant qu’on accepte de leur ouvrir. Le seigneur est au lit, il s’habille à la hâte, les fait entrer, s’inquiète et ordonne à ses gens de courir à l’endroit indiqué. Mais ces démarches ont pris du temps, et le jour commence déjà à paraître.

On ouvre la tombe. Lorsque le visage de la jeune dame paraît à découvert, elle pousse un long soupir, puis meurt. Le seigneur lui fait rendre les honneurs funèbres, sans que personne parvienne jamais à connaître les raisons de ce sort. Il fait orner la chapelle du château de la robe nuptiale, du bouquet et de la couronne de fleurs.

La robe, seul élément daté

C’est ici que le dossier devient intéressant. Le récit affirme que ces objets seraient restés exposés jusqu’à la Révolution française. Or, à la page 12 de ses mémoires intitulés Archives de la famille Maufras Du Chatellier, Armand du Chatellier atteste la présence de la robe en 1881.

Autrement dit, un objet était bien visible au château près d’un siècle après la date à laquelle la tradition le fait disparaître. Cela ne prouve pas le meurtre, mais cela montre que la légende s’appuyait sur une pièce matérielle que des visiteurs pouvaient voir.

Pour le reste, la prudence s’impose. La dame blanche apparaîtrait sur les toits du château les soirs de pleine lune, mais il n’existe aucun témoignage direct connu attestant cette présence. Clément Rochel propose d’ailleurs une tout autre origine : en 1260, le seigneur Artus de Trécesson-Campénéac, revenu d’une expédition contre les Anglais sous la bannière du duc Jean II, demanda la main de Jeanne-la-Crollée, 20 ans, fille d’un de ses cousins. Elle disparut mystérieusement le jour de son mariage, en tenue de noces, et Artus en mourut de douleur quelques années plus tard.

ÉlémentCe que l’on saitCe qui reste incertain
Publication du récitrevue Le Lycée armoricain, 1824aucune source antérieure connue
Époque des faitssituée entre 1740 et 1760aucun nom, aucun acte d’état civil
La robe de mariéeattestée au château en 1881la tradition la disait disparue à la Révolution
Apparitions du fantômesur les toits, les soirs de pleine luneaucun témoignage direct connu
Hypothèse de 1260disparition de Jeanne-la-Crollée le jour de ses noceslien avec la dame blanche non démontré
Autres légendes du lieucuré sans tête, joueurs fantômesrécits de tradition orale
La dame blanche de Trécesson, un récit dont un seul élément matériel est daté.

Un château qui n’a pas eu besoin de fantôme

L’histoire réelle du lieu se suffirait pourtant à elle-même. Trécesson est mentionné comme demeure des seigneurs de Ploërmel et Campénéac dès le VIIIe siècle. La famille de Trécesson est connue depuis le XIIIe siècle, son premier représentant identifié étant le chevalier Jean de Trécesson, en 1250, dont le petit-fils fut connétable de Bretagne.

Le château actuel date plus vraisemblablement de la fin du XIVe ou du début du XVe siècle, et aurait été bâti par Jean de Trécesson, chambellan du duc Jean IV de Bretagne. Vers 1440, la dernière héritière du nom, Jeanne, épouse Éon de Carné : celui-ci et son fils François relèvent le nom et les armes, et entreprennent la reconstruction. La demeure restera dans la famille Carné-Trécesson jusqu’en 1773.

Le fief est érigé en comté en 1681. En 1793, le château est vendu à Nicolas Bourelle de Sivry, payeur général des guerres, et c’est là que se cache pendant dix-huit mois le député girondin Jacques Defermon, contraint de fuir après avoir signé une protestation contre l’exclusion des Girondins. Sous la Restauration, entre 1814 et 1830, le domaine devient l’école d’agriculture du département.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, on comprend d’abord la défense : le château est entouré d’eau, et l’on y accède par un pont qui enjambe la douve. L’entrée est commandée par un important châtelet flanqué de deux tours étroites en encorbellement, réunies par une ancienne galerie à mâchicoulis, tandis qu’une longue façade presque aveugle se termine par une tour d’angle hexagonale.

La cour intérieure, de forme trapézoïdale, révèle les époques successives : à droite un corps de logis plus récent, sans doute de la fin du XVIIIe siècle, à gauche des bâtiments domestiques et une petite chapelle seigneuriale, celle-là même où la tradition situe la robe.

Un bâtiment annexe donne enfin la mesure exacte du domaine, et c’est une donnée que la vue aérienne rend lisible : le colombier compte 1 800 boulins. Comme un boulin correspondait au droit de nicher un pigeon pour un demi-hectare de terre, il fallait deux boulins par hectare : le domaine faisait donc à l’origine environ 900 hectares. Le colombier a d’ailleurs conservé sa grande échelle à pivot. Une autre dame blanche hante, dit-on, le château de Brissac, dans le Maine-et-Loire.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Mystères et légendes.

Sources : notice du château de Trécesson, Wikipédia en français ; Le Lycée armoricain, 1824.

Questions fréquentes

Que raconte la légende de la dame blanche ?

Un braconnier embusqué la nuit dans le parc voit arriver une voiture attelée de deux chevaux noirs. Des hommes creusent une fosse, puis deux gentilshommes font descendre avec violence une jeune fiancée en robe de soie blanche, couronnée de fleurs, qui les supplie en vain. Elle est enterrée vivante.

A-t-on retrouvé la jeune femme ?

Selon le récit, oui, mais trop tard. Prévenu par le braconnier et sa femme, M. de Trécesson envoie ses gens sur place ; le jour se lève déjà. La tombe est ouverte, et lorsque le visage de la jeune dame paraît, elle pousse un long soupir puis meurt.

Quelle est la part vérifiable ?

La légende est publiée dans la revue Le Lycée armoricain en 1824 et situe les faits entre 1740 et 1760. Il n'existe aucun témoignage direct connu attestant la présence du fantôme, mais Armand du Chatellier atteste dans ses mémoires la présence de la robe au château en 1881.

Existe-t-il une autre origine possible ?

Selon Clément Rochel, la base historique remonterait à 1260, année où le seigneur Artus de Trécesson-Campénéac demanda la main de Jeanne-la-Crollée, âgée de 20 ans. Elle disparut mystérieusement le jour de son mariage, alors qu'elle était en tenue de noces.

Peut-on visiter le château ?

Partiellement. C'est une propriété privée, vendue en avril 2022. Le château est classé au titre des monuments historiques depuis juin 1922, classement étendu en 2014 aux abords, et son domaine est inscrit depuis septembre 2012.
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