Il a fallu cinq cents mille ans à une rivière pour percer une falaise calcaire, et l’arche ainsi ouverte a environ 124 000 ans. Le pont d’Arc mesure 59 mètres de longueur pour 54 mètres de hauteur, et il est le seul cas en France d’arche de pierre surplombant une rivière encore en activité.
Le site se trouve dans les gorges de l’Ardèche, à cinq kilomètres du village de Vallon-Pont-d’Arc, aux limites territoriales des communes de Vallon-Pont-d’Arc et de Labastide-de-Virac. Inclus dans la réserve naturelle nationale des gorges de l’Ardèche, il est classé site naturel depuis le 24 janvier 1931.
Une rivière qui a changé de lit
Le mécanisme de formation est celui du karst, et il se lit encore dans le paysage. L’eau de l’Ardèche s’est engouffrée progressivement dans la roche calcaire depuis cinq cents mille ans, avec des niveaux et des crues très variables selon les saisons, creusant peu à peu une immense ouverture naturelle dans la falaise.
Il y a environ 124 000 ans, le percement est achevé, et la rivière emprunte le raccourci. Elle quitte alors le méandre de la Combe d’Arc, également dénommé cirque d’Estre, qui était son lit avant la formation de l’arche. C’est pourquoi l’on trouve, juste à côté du pont, une boucle abandonnée par les eaux.
Le processus n’est pas terminé. Le pont d’Arc est normalement destiné à disparaître naturellement par érosion dans quelques milliers, voire quelques millions d’années, et d’autres méandres de l’Ardèche peuvent en former de nouveaux avec le temps. Ce que l’on photographie est un état transitoire.
Le pont d’Arc est le seul cas en France d’arche de pierre surplombant une rivière encore en activité.
Le seul passage à pied de la vallée
Avant d’être un décor, l’arche a été un outil. Elle a longtemps servi de seul passage piéton local naturel de l’Ardèche, ce qui explique son rôle dans la circulation ancienne : elle est desservie par l’ancienne voie romaine d’Antonin, du IIe siècle.
Elle se situe surtout dans une zone de forte concentration de grottes ornées, parmi les plus anciennes connues au monde. Ces cavités ont été fréquentées il y a environ trente à quarante mille ans par des Homo sapiens de la période paléolithique : la grotte Chabot, la grotte de Saint-Marcel, la grotte Chauvet et son fac-similé, la grotte des Huguenots, la grotte d’Ebbou, l’aven d’Orgnac.
Autrement dit, le pont d’Arc n’est pas un site naturel isolé mais le centre d’un paysage habité depuis le Paléolithique, dont les grottes voisines ont livré certaines des plus anciennes œuvres pariétales connues.
| Repère | Donnée | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Longueur de l’arche | 59 m | un franchissement naturel praticable |
| Hauteur | 54 m | les canoës passent dessous sans difficulté |
| Âge de l’arche | environ 124 000 ans | après 500 000 ans d’infiltration de l’eau |
| Ancien lit abandonné | méandre de la Combe d’Arc | également appelé cirque d’Estre |
| Classement | 24 janvier 1931 | site inclus dans la réserve naturelle nationale |
| Descente des gorges | 24 km jusqu’à Saint-Martin-d’Ardèche | le pont en marque le départ |
Un haut lieu de tourisme depuis le XIXe siècle
Ce que l’on nomme volontiers un arc de triomphe naturel est devenu, dès le XIXe siècle, l’un des hauts lieux de vacances de l’Ardèche. La vaste réserve naturelle nationale qui l’entoure offre garrigue et flore méditerranéenne, sentiers, plages et falaises.
Les usages se sont multipliés : baignade, pêche, camping, escalade, spéléologie, photographie, vélo, canyoning et canoë-kayak. Les embarcations passent naturellement sous l’arche avant d’entamer les vingt-quatre kilomètres de descente des gorges jusqu’à Saint-Martin-d’Ardèche.
Le lieu attire aussi les exploits sportifs. En 2017, le grimpeur américain Chris Sharma a enchaîné l’ascension de la voûte en psicobloc, c’est-à-dire sans corde au-dessus de l’eau, avec des passages clés situés entre vingt et trente mètres. Le 24 février 2020, le Français Sébastien Tyrode est passé sous l’arche en paramoteur.
Ce que la protection a changé
Le classement du 24 janvier 1931 et l’inclusion dans la réserve naturelle nationale des gorges de l’Ardèche encadrent aujourd’hui un site qui reçoit une fréquentation considérable en été. La rivière, ses plages et l’arche elle-même cohabitent avec une flore méditerranéenne et une faune protégées, ce qui suppose de canaliser les accès et les embarcations.
La conséquence pratique est visible sur place : le départ de la descente des gorges est organisé, et le pont marque la limite entre la partie aménagée, en amont, et les vingt-quatre kilomètres de réserve, en aval, où les bivouacs sont réglementés.
Le diable et la barque
Le site est lié à une légende locale que la tradition qualifie de diabolique, et qui a l’intérêt d’expliquer la formation de l’arche par un miracle plutôt que par l’érosion.
Un seigneur de Sampzon aurait épousé une jolie fille du village de Vallon, qui avait beaucoup de prétendants. Jaloux, le châtelain l’enferma dans une tour située sur la plate-forme du rocher de l’Arc, alors non percé par les eaux. Un pèlerin fort laid vint un jour demander asile, fut accueilli sans méfiance, et profita de l’occasion pour délivrer la jeune femme et fuir avec elle.
Le seigneur les aperçut du haut de sa tour, disparaissant derrière la Combe. Il tomba à genoux et pria Dieu de lui rendre son épouse. Il fut exaucé : la montagne s’ouvrit dans un grand fracas, les eaux passèrent sous elle et portèrent la barque aux pieds du seigneur. Contraint de rendre la femme, le pèlerin se transforma alors en diable cornu et disparut.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, l’histoire géologique se lit d’un seul regard, et c’est ce qui rend ce site exceptionnel. On voit l’arche, la rivière qui la franchit, et juste à côté le méandre abandonné de la Combe d’Arc, à sec, qui était le lit d’origine. Le raccourci et l’ancien tracé coexistent dans le même champ de vision.
La vue aérienne montre aussi l’échelle réelle de l’ouverture. Cinquante-neuf mètres de portée pour cinquante-quatre de hauteur, cela représente une arche comparable à un grand pont routier, et elle a été percée par la seule pression de l’eau dans des fissures.
Enfin, elle situe le pont dans son couloir. En aval s’ouvrent les vingt-quatre kilomètres de gorges jusqu’à Saint-Martin-d’Ardèche, avec leurs falaises et leurs grottes ornées. À deux cents kilomètres à l’est, les gorges du Verdon montrent le même calcaire attaqué par une autre rivière, sans qu’aucune arche ne s’y soit formée.
À voir autour
- Les gorges du Verdon : le même calcaire, 700 mètres de profondeur
- La grotte Cosquer : l’art pariétal, quand la mer a noyé l’entrée
- Les Orgues d’Ille-sur-Têt : l’érosion comme sculpteur, en Roussillon
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Vu du ciel.
Sources : notice du pont d’Arc, Wikipédia en français ; réserve naturelle nationale des gorges de l’Ardèche.
