Le phare de Walde tient sur sept pieux vissés dans le sable depuis 1859

Le phare de Walde sur ses pilotis, au large de Marck dans le Pas-de-Calais
Le phare de Walde, au large de Marck (Pas-de-Calais). Photo : Régis HOLY, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Sept pieux vissés dans le sable, un au centre et six en couronne, enfoncés à environ cinq mètres. C’est tout ce qui tient debout le phare de Walde depuis son allumage, le 15 décembre 1859, sur l’estran au large de Marck.

En vidéo : le phare de Walde et ses sept pieux vissés, du brevet de Mitchell à l'inscription de 2022

Le procédé n’est pas une astuce locale mais un brevet. Alexander Mitchell, ingénieur civil de Belfast, se voit délivrer aux États-Unis le brevet numéro 3 986, daté du 1er avril 1845, sous un titre qui dit tout : méthode pour obtenir des fondations et pour amarrer navires, bouées et autres corps flottants. La base du ministère de la Culture fait remonter la mise au point du procédé à 1833, et l’inventaire du patrimoine architectural irlandais donne un brevet de cette même année.

Visser au lieu de battre

L’idée est simple et elle résout un problème ancien. Sur un fond de sable ou de vase, un pieu battu au mouton se déplace, se déchausse ou s’enfonce de travers. Un pieu terminé par une hélice, que l’on fait tourner, pénètre en entraînant le sédiment autour de lui et développe une résistance à l’arrachement bien supérieure. Les Anglo-Saxons appellent cela un screw pile.

À Walde, l’ouvrage est entièrement lisible de l’extérieur : les sept pieux, les entretoises horizontales et les croix de Saint-André qui triangulent l’ensemble. Dix-huit mètres de hauteur totale, dont onze au-dessus du niveau de pleine mer, et une plate-forme hexagonale au sommet. La structure a été fabriquée à Newcastle.

Le chantier commence en 1856, l’échafaudage est achevé le 15 septembre 1857, et le feu allumé le 15 décembre 1859. Sa portée était de dix milles.

ÉlémentValeurSource
Hauteur totale18 mètresnotices du ministère de la Culture
Hauteur au-dessus de la pleine mer11 mètresnotices du ministère de la Culture
Pieuxun central et six latéraux, vissés à environ 5 mètresnotices du ministère de la Culture
Premier allumage15 décembre 1859notices du ministère de la Culture
Protectioninscrit par arrêté du 22 juin 2022notice Mérimée du ministère
Le diamètre des hélices, donné à 61 centimètres par un auteur, n’est recoupé par aucune autre des sources consultées et n’est pas retenu.

Un phare posé sur sept vis, selon un procédé inventé par un ingénieur devenu aveugle à vingt-trois ans.

Un ingénieur aveugle

La biographie de l’inventeur mérite d’être dite, parce qu’elle n’est pas anecdotique pour ce genre d’ouvrage. Alexander Mitchell est né à Dublin en 1780 et avait perdu la vue à vingt-trois ans, selon l’inventaire du patrimoine architectural irlandais. Il a conçu et fait appliquer un système de fondation pour phares en mer, balises et appontements, et son procédé a essaimé des deux côtés de l’Atlantique.

Une précision de prudence : une association de sauvegarde associe au brevet un second nom, celui d’un ingénieur Saunders. Le brevet américain n° 3 986 est au seul nom de Mitchell. Un George Henry Saunders est en revanche connu comme entrepreneur, puis concessionnaire exclusif de la Screw Pile Company, et la notice reproduite par le Grace’s Guide compte parmi ses ouvrages « une balise à Calais pour le gouvernement français » sans nommer Walde : le lien avec ce phare reste à établir, et Saunders n’est pas l’inventeur du procédé.

Seul en France, et le reste est à attribuer

Sur l’unicité de l’ouvrage, trois formulations circulent, et elles ne valent pas la même chose. La plus solide est celle du ministère de la Culture, dans la notice de protection de la lanterne : le seul phare métallique en mer de France. Une association de sauvegarde du patrimoine précise le critère en mars 2022, le seul phare à structure métallique sur pieux encore en place dans le pays.

La troisième formulation, le dernier de son type en Europe, est portée par l’association locale, par plusieurs médias régionaux et par une élue, mais aucune de ces sources ne dit sur quel inventaire européen elle s’appuie. Et un article de l’inventaire du patrimoine irlandais, publié en novembre 2009 dans sa série Building of the Month et signé d’un descendant de Mitchell, décrit le phare de Spitbank, dans le port de Cork, comme l’un des trois seuls survivants employant le procédé de Mitchell. Le superlatif européen n’est donc pas repris ici.

Un détail administratif vaut aussi d’être corrigé, parce qu’il est faux presque partout : le phare est inscrit, non classé. L’inscription a été prononcée par arrêté du 22 juin 2022, en totalité, sur le domaine public maritime naturel, l’État étant propriétaire. La presse donne souvent le 7 juillet 2022, qui est vraisemblablement la date de communication de l’arrêté à la commune.

Deux protections, pas une : l’ouvrage lui-même est inscrit le 22 juin 2022, à la suite d’une demande déposée le 2 juin 2021 par deux associations. Et la lanterne, déposée à la capitainerie de Boulogne-sur-Mer lors du déclassement du feu, a fait l’objet d’une seconde inscription, au titre objet, le 5 juillet 2023.

Vingt ans de sursis

L’histoire récente du phare est celle d’une démolition évitée. En 1998, sa destruction est envisagée, le service des phares et balises acceptant un démontage à condition qu’un mécène finance le surcoût. Une commission nautique décide le désarmement en 1999, et c’est à ce moment qu’une fédération de sauvegarde du patrimoine maritime intervient.

Suivent deux décennies de démarches : une maquette remise à un parlementaire en 2018, une délibération locale en mai 2021, le dépôt d’une demande de protection le 2 juin 2021, et l’inscription un an plus tard. En juin 2025, un média régional rapporte qu’une étude de 42 000 euros a été lancée par l’État pour déterminer ce qui peut encore être sauvé. C’est le seul montant disponible, et il ne vient que de cette source : le coût des travaux eux-mêmes n’est chiffré nulle part.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, Walde est une anomalie : une structure de métal plantée au milieu d’une étendue de sable et d’eau, sans île, sans digue et sans route. À marée basse, l’estran découvre autour d’elle sur des centaines de mètres, et le phare reste pourtant dans l’eau, ce qui explique qu’on ne l’atteigne qu’aux coefficients élevés.

C’est aussi un poste d’observation involontaire. Des colonies de phoques occupent le pied de l’ouvrage, et l’association de sauvegarde recommande pour cette raison les visites encadrées plutôt que l’approche libre. La marche depuis la côte prend de trente minutes à une heure selon les sources, et la même association prévient que la montée des marées est très rapide.

Reste l’essentiel, qui tient en une image. Un phare de 1859 qui a traversé une automatisation, une explosion au gaz rapportée pour 1953, un déclassement, un projet de démolition et vingt ans de procédures, et qui est toujours debout sur sept vis enfoncées dans le sable par un procédé mis au point vingt-six ans avant son allumage, à partir de 1833.

Sources : base POP du ministère de la Culture, notice Mérimée du phare de Walde et notice Palissy de sa lanterne ; brevet des États-Unis numéro 3 986 du 1er avril 1845 ; inventaire du patrimoine architectural irlandais pour la biographie de l’inventeur et pour le phare de la région de Cork ; Sites et Monuments, mars 2022 ; fédération régionale pour la culture et le patrimoine maritimes ; presse régionale de 2022 à 2025 pour la chronologie des démarches et le montant de l’étude.

Questions fréquentes

Comment un phare peut-il tenir sur du sable ?

Par vissage. Chaque pieu se termine par une hélice que l'on fait tourner pour le faire pénétrer dans le sédiment, comme une vis dans du bois, au lieu de le battre. Le phare de Walde compte sept pieux, un central et six latéraux, enfoncés à environ cinq mètres, reliés entre eux par des entretoises et des croix de Saint-André. L'ensemble culmine à dix-huit mètres, dont onze au-dessus du niveau de pleine mer, et porte une plate-forme hexagonale.

Qui a inventé ce procédé ?

Alexander Mitchell, ingénieur civil de Belfast, qui se voit délivrer aux États-Unis le brevet numéro 3 986, daté du 1er avril 1845 et intitulé méthode pour obtenir des fondations et pour amarrer navires, bouées et autres corps flottants. La base du ministère de la Culture fait remonter la mise au point du procédé à 1833, et l'inventaire du patrimoine architectural irlandais donne un brevet de 1833, en précisant que Mitchell, né à Dublin en 1780, était devenu aveugle à vingt-trois ans.

Est-il unique en France ?

Le ministère de la Culture écrit, dans la notice de protection de sa lanterne, qu'il s'agit du seul phare métallique en mer de France. Une association de sauvegarde du patrimoine précise le critère : le seul phare à structure métallique sur pieux encore en place dans le pays. On lit aussi qu'il serait le dernier de son type en Europe, formule portée par l'association locale et par plusieurs médias, mais aucune de ces sources ne dit sur quel inventaire elle s'appuie, et un article de l'inventaire irlandais, signé d'un descendant de Mitchell, décrit le phare de Spitbank, dans le port de Cork, comme l'un des trois seuls survivants du même procédé. Cette troisième formulation n'est donc pas reprise ici.

Depuis quand ne fonctionne-t-il plus ?

Les sources ne parlent pas de la même étape. La base du ministère de la Culture écrit qu'en 1986 le phare est déclassé en feu, que sa lanterne est démontée (elle est déposée à la capitainerie de Boulogne-sur-Mer) et remplacée par un petit signal alimenté par des panneaux solaires. D'autres sites, qui se recopient apparemment, donnent le 4 juillet 2001 comme date de l'extinction définitive de ce signal. Une date de 1998 circule aussi : la presse régionale consultée la rattache à la première menace de destruction, pas à une extinction. Ce qui est établi, c'est que le phare avait été automatisé en juin 1897 et que, selon la notice du ministère sur la lanterne, celle-ci aurait été détruite par une explosion au gaz en 1953.

Peut-on y aller ?

À pied, aux grandes marées, depuis un parking de la côte, pour une marche de trente minutes à une heure selon les sources. Deux réserves importantes. Le phare reste dans l'eau même à marée basse, ce qui suppose un coefficient élevé, et l'association de sauvegarde prévient que la montée des marées est très rapide. Des colonies de phoques occupent par ailleurs le pied de l'ouvrage, raison pour laquelle cette même association recommande les visites encadrées. Il n'y a pas de visite intérieure, et le site n'est pas accessible aux personnes à mobilité réduite.
PartagerFacebookXWhatsAppLinkedInE-mail
Retour en haut