Le phare de Gatteville ne s’appelle Gatteville que depuis le 20 mai 1891. Avant cette date, la tour et le sémaphore voisin portaient officiellement le nom du port d’à côté : Barfleur.
La notice d’inventaire du ministère de la Culture cite la décision ministérielle qui opère ce changement. Le phare se dresse sur la pointe de Barfleur, mais sur le territoire de Gatteville-le-Phare, dans la Manche.
Une décision citée dans la notice
Le document officiel est explicite. La notice d’inventaire rapporte qu’en vertu d’une décision ministérielle, le sémaphore et le phare de Barfleur seront désormais désignés sous le nom de sémaphore et de phare de Gatteville.
La notice ne donne pas le motif de ce renommage. La géographie en suggère un : le phare est à près de trois kilomètres au nord du port de Barfleur d’après les coordonnées de l’IGN, et il se trouve sur une autre commune que celle dont il portait le nom.
Le nom d’origine n’a d’ailleurs pas complètement disparu. L’ouvrage est encore parfois appelé phare de Gatteville-Barfleur, et il porte l’identifiant administratif d’établissement de signalisation maritime numéro 467 barre 000.
| Élément | Valeur | Source |
|---|---|---|
| taille générale de la tour | 74,75 m | notice du ministère de la Culture |
| hauteur au-dessus de la mer | 78,85 m | notice du ministère de la Culture |
| diamètre | 9 m à la base, 6 m à la passerelle | notice du ministère de la Culture |
| marches | 365 | notice officielle, divergence à 349 sur une page de l’exploitant |
| premier feu | 1er novembre 1775 | tour de 25 m, feu de houille à l’air libre |
| feu de la tour actuelle | 1er avril 1835 | optique de 0,92 m de focale, 16 panneaux |
| feu en service | 15 août 1903 | deux éclats blancs toutes les 10 secondes |
| rang parmi les phares | aucune source d’État n’en donne | les notices s’en tiennent aux dimensions |
Deux tours, soixante ans d’écart
Le premier phare est allumé le 1er novembre 1775. C’est une tour cylindrique en pierre de taille de 25 mètres, soit 28 mètres au-dessus de la mer, et l’on y brûle de la houille à l’air libre : un feu de charbon, à la merci du vent.
En septembre 1780, ce foyer rudimentaire est remplacé par un feu à réverbères à seize réflecteurs, protégé par une lanterne vitrée. Le progrès est considérable, mais la tour reste trop modeste pour ce qui vient.
Le programme général d’éclairage des côtes de 1825 prévoit en effet d’installer ici un feu lenticulaire de premier ordre. On a d’abord voulu surélever la tour de 1775, mais elle n’était pas assez large : il a fallu en bâtir une autre.
Le feu du nouveau phare est allumé le 1er avril 1835. Son coût est connu : 487 000 francs. Sa première optique fait 0,92 mètre de focale, avec seize panneaux dioptriques et un feu à éclipses de trente secondes en trente secondes.
Le phare a été construit pour guider les navigateurs dans le passage du raz de Barfleur, écrit l’exploitant.
Ce que les chiffres ne disent pas
Sur la hauteur, la notice officielle donne 74,75 mètres de taille générale et 78,85 mètres au-dessus de la mer. Son propre historique mentionne pourtant 71 mètres pour la tour de 1835, ce qui ne concorde pas avec sa description.
Sur le rang, il n’y a rien. Aucune source d’État ne classe ce phare, ni en France ni en Europe, et l’exploitant se contredit : une page de son site le présente comme le deuxième phare de France et d’Europe, une autre comme le plus grand phare à terre de France.
Sur la portée, le chiffre du ministère et celui de l’exploitant ne se recouvrent pas. Le ministère donne 29 milles ; l’exploitant parle d’environ 45 kilomètres, soit à peu près 24 milles. Nous retenons le chiffre du ministère.
Sur les marches, même flottement : 365 dans la notice officielle et sur deux pages de l’exploitant, 349 sur une troisième page du même site. C’est le genre de détail qu’un visiteur compte lui-même.
Un phare qui ferme quand le vent se lève : l’exploitant publie des conditions de visite précises. La tour ferme au public dès que le vent dépasse 50 kilomètres par heure, ce qui correspond à force 7, ou en cas d’orage. Vingt-cinq personnes au maximum peuvent s’y trouver en même temps, et la montée, d’environ dix minutes, est déconseillée aux personnes souffrant de troubles cardiaques ou respiratoires. Sur la fréquentation, aucune source d’État ne publie de chiffre ; l’association Phares de France recense 42 034 visiteurs en 2019 et 19 397 en 2020.
Une électrification précoce
Le phare a suivi toutes les étapes de la modernisation des feux. Huile végétale en 1834, huile minérale vers 1873, puis l’électricité : le feu passe à l’arc le 1er janvier 1893, dans le cadre du deuxième plan d’électrification des phares.
Gatteville est le troisième des six phares de ce plan, après le Créac’h d’Ouessant en novembre 1888 et Belle-Île-Goulphar en janvier 1890. Les travaux des salles techniques s’étalent de 1889 à 1893, et un feu provisoire assure le service le temps du chantier, à partir du 17 juillet 1892.
Le feu actuel date du 15 août 1903 : deux éclats groupés blancs toutes les dix secondes, produits par une optique double tournante de 0,30 mètre de focale à quatre panneaux, posée sur une cuve à mercure à flotteur de la même année.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, on comprend d’abord pourquoi le phare est là. La pointe de Barfleur avance dans la Manche devant le raz de Barfleur, un passage dangereux où les courants s’accélèrent : le feu ne décore pas la côte, il signale un piège.
On voit ensuite les deux ouvrages côte à côte, le phare et le sémaphore, sur deux parcelles distinctes et sous deux ministères différents. C’est cette paire que la décision de 1891 a renommée d’un seul coup.
La vue révèle enfin l’échelle du bâti. Les 74,75 mètres de la tour s’élèvent au centre d’un soubassement de deux niveaux, dans un paysage de bocage bas où rien d’autre ne dépasse : le repère fonctionne de jour comme de nuit.
À voir autour
- L’île de Batz : un phare de 198 marches
- Les blockhaus de la Manche : 340 ouvrages sur 38 communes
- Le passage du Gois : une heure trente avant et après la basse mer
Pour aller plus loin : La rubrique Patrimoine.
Sources : base POP du ministère de la Culture, notice d’inventaire IA50000601, pour la décision ministérielle du 20 mai 1891, les dimensions, la chronologie des feux et l’électrification ; notices de protection pour les arrêtés des 11 mai et 19 juin 2009 ; site officiel du phare édité par l’association des personnels de l’Équipement de la Manche pour les conditions de visite ; commune de Gatteville-le-Phare pour l’ordre de grandeur de la fréquentation.

