L’Alsace compte cinquante et un grands crus. Un seul admet le sylvaner : le Zotzenberg, dont l’aire tient entièrement sur la commune de Mittelbergheim.
Le cépage n’y est autorisé que depuis un décret du 21 mars 2005. Avant cette date, un sylvaner né sur ce coteau ne pouvait pas porter le nom du grand cru.
Une exception écrite noir sur blanc
Le cahier des charges des cinquante et une appellations Alsace grand cru, homologué par décret en 2011 et modifié depuis, est explicite. Pour le Zotzenberg, il liste quatre cépages possibles : gewurztraminer, pinot gris, riesling et sylvaner.
La règle générale, elle, retient le gewurztraminer, les trois muscats, le pinot gris et le riesling. Le sylvaner n’y figure pas. Deux autres lieux-dits ont leur propre paragraphe dans le même article, l’Altenberg de Bergheim et le Kaefferkopf, et aucun des deux n’admet le sylvaner. Trois autres, le Hengst, le Kirchberg de Barr et le Vorbourg, sont en plus ouverts au pinot noir pour leurs vins rouges depuis 2022.
La formule exacte à retenir est donc celle du seul, pas celle du premier. Dire que le Zotzenberg est le premier grand cru à avoir admis le sylvaner laisserait entendre que d’autres ont suivi : vingt ans après le décret, aucun ne l’a fait.
| Élément | Zotzenberg | La règle générale du cahier des charges |
|---|---|---|
| cépages autorisés | gewurztraminer, pinot gris, riesling, sylvaner | riesling, gewurztraminer, pinot gris, les trois muscats ; pinot noir pour les rouges du Hengst, du Kirchberg de Barr et du Vorbourg |
| sylvaner | autorisé | exclu |
| communes de l’aire | une seule, Mittelbergheim | variable |
| titre alcoométrique maximal | tableau spécifique | tableau commun |
| densité de plantation | 4 500 pieds/ha minimum | 4 500 pieds/ha, 5 500 pour les vignes rouges du Hengst et du Vorbourg |
| vendange | manuelle obligatoire | manuelle obligatoire |
Le décret de 2005 et ce qu’il corrige
Le texte fondateur est le décret numéro 2005-269 du 21 mars 2005, publié au Journal officiel du 25 mars. Son article 2 remplace l’article 6 du décret de 2001, et c’est dans ce nouvel article que le sylvaner entre dans la liste du Zotzenberg.
Le Zotzenberg avait été reconnu en grand cru en 1992, par l’un des décrets qui ont construit par vagues la liste alsacienne, après ceux de 1975 et 1983 et avant celui de 2007. Le sylvaner a donc attendu treize ans de plus que le lieu-dit lui-même.
Trois dates circulent pour cette ouverture : le 21 mars 2005, date du décret, le 25 mars, date de publication, et 2006, chiffre erroné que l’on trouve en ligne. La formulation sûre est celle du décret du 21 mars 2005.
Dans l’article du cahier des charges consacré à l’encépagement, le sylvaner n’est cité que pour le Zotzenberg.
Un terroir de marnes denses
Le cahier des charges explique le choix par la géologie. Il décrit un terroir fait de marnes très denses sur socle calcaire, bien drainé, assurant un apport hydrique équilibré, sur le versant sud et sud-est d’une colline sous-vosgienne.
Il va plus loin et caractérise les vins : ces marnes denses permettent, écrit-il, la production de vins massifs et riches, à la salinité élégante et dotés d’une grande finesse aromatique. C’est l’argument technique derrière l’exception.
Sur la surface, en revanche, il n’y a rien. Le document délimite l’aire sans la chiffrer, et les publications privées donnent des valeurs allant de quatorze à trente-sept hectares. Un écart de plus du double interdit de retenir un chiffre.
Les conditions de production, elles, sont précises : densité minimale de 4 500 pieds par hectare, vendange manuelle obligatoire, élevage de dix-huit mois minimum pour les vendanges tardives et les sélections de grains nobles, mise en bouteille obligatoire dans le Bas-Rhin ou le Haut-Rhin depuis une loi de 1972.
Ce que le village n’est pas : Mittelbergheim appartient au réseau des Plus Beaux Villages de France, mais ce label n’est pas une protection juridique. La commune ne compte que deux monuments historiques, l’hôtel de ville, inscrit pour ses seules façades et sa toiture, et une maison privée, tous deux seulement inscrits et non classés, et tous deux inscrits le même jour, le 29 avril 1931. Les maisons vigneronnes qui font le caractère du village ne sont donc protégées par aucun arrêté.
Un village de 593 habitants
Mittelbergheim comptait 593 habitants en population municipale au recensement de 2023, pour une superficie d’environ 3,8 kilomètres carrés. C’est l’un des six villages alsaciens du réseau des Plus Beaux Villages de France, et l’un des deux seuls du Bas-Rhin avec Hunspach.
Le bâti n’a pas l’allure attendue. L’association des Plus Beaux Villages de France met en avant « l’architecture de ses maisons vigneronnes ouvertes sur de grandes cours » et un hôtel de ville Renaissance, et non les colombages auxquels on s’attend en Alsace.
L’hôtel de ville, construit en 1620, abrite le Weinschlag, un recueil d’informations sur le vignoble tenu depuis 1510. Au fond d’une cour, un ancien pressoir du XVIIIe siècle, en réalité un moulin à huile, se visite librement.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, la logique du lieu apparaît d’un coup. Le village est posé à flanc de colline, au pied du mont Sainte-Odile, entre Barr et Andlau sur la Route des Vins, et le coteau du Zotzenberg occupe le versant exposé au sud et au sud-est.
On voit aussi l’emprise du lieu-dit, tenue sur un seul versant. Le cahier des charges rattache le Zotzenberg à la seule commune de Mittelbergheim, comme il le fait pour trente-cinq des cinquante et un grands crus, et il justifie la délimitation par une même unité géo-pédologique associée à un mésoclimat favorable.
Un sentier de découverte part du parking du Zotzenberg et traverse le grand cru. C’est la façon la plus simple de voir sur place ce que le cahier des charges décrit en termes de drainage et d’exposition.
Rien, en revanche, ne distingue à l’œil la parcelle plantée en sylvaner des autres. L’exception du Zotzenberg est juridique et géologique, pas visuelle : elle se lit dans un décret et dans le sous-sol, jamais dans le paysage.
Pourquoi cette exception compte
Le sylvaner est resté à l’écart du dispositif des grands crus pendant trente ans. Celui-ci s’est construit par vagues, par les décrets des 20 novembre 1975, 23 novembre 1983, 17 décembre 1992 et 12 janvier 2007, et aucune de ces vagues n’a retenu ce cépage.
Avant 2005, un vigneron du Zotzenberg qui plantait du sylvaner sur ce coteau ne pouvait pas inscrire le nom du lieu-dit sur sa bouteille : sa récolte redescendait en appellation Alsace simple, quel que fût son niveau. Le décret a mis fin à ce décalage.
L’ouverture reste strictement circonscrite. Elle vaut pour un seul lieu-dit, sur une seule commune, et vingt ans plus tard aucun autre grand cru ne l’a obtenue. C’est ce qui en fait un cas et non un précédent.
À voir autour
- Le Haut-Koenigsbourg : offert à Guillaume II en 1899
- Le mur païen du mont Sainte-Odile : des tenons de chêne datés
- Le Ballon d’Alsace : une frontière de 1871 à 1918
Pour aller plus loin : La rubrique Patrimoine.
Sources : INAO, cahier des charges des cinquante et une appellations d’origine contrôlées Alsace grand cru, pour les cépages du Zotzenberg, la géologie, l’aire et les conditions de production ; Légifrance, décret numéro 2005-269 du 21 mars 2005 ; base POP du ministère de la Culture, notices Mérimée PA00084789 et PA00084790 ; Insee, dossier complet de la commune de Mittelbergheim ; association Les Plus Beaux Villages de France.

