Le 13 avril 2026, un arrêté a classé au titre des monuments historiques le brassage de l’ancienne Brasserie de L’Espérance, à Schiltigheim, dans le Bas-Rhin. Deux ans plus tôt, l’inscription qui l’avait précédé protégeait la même salle, mais hors poste de commande automatisé.
L’État écartait donc du périmètre le poste de commande de cette salle, dont aucune source que nous avons lue ne décrit la nature physique. Entre les deux actes, la brasserie a cessé de brasser.
Une notice sur quarante-six mille sept cent soixante et une emploie la formule hors poste de commande. C’est celle-ci.
Deux libellés dans la même notice
Le champ de précision de la protection de cette notice fait près de mille sept cents caractères et contient deux textes successifs, qu’il faut lire séparément pour ne pas les confondre.
| Acte | Ce que le libellé porte |
|---|---|
| inscription du 1er mars 2024, modifiée le 22 octobre 2024 | la salle de brassage, hors poste de commande automatisé, et d’autres parties de l’ensemble sur six parcelles, sept désignations |
| classement du 13 avril 2026 | le brassage de l’ancienne brasserie de l’Espérance, en totalité, sur la seule parcelle n° 2 de la section 32 |
Une anomalie de saisie mérite d’être relevée au passage. Le texte publié de l’inscription nomme sept désignations de parcelles, soit six numéros distincts, la 3 étant comptée deux fois sous les lettres A et B, et la 46 en fait partie. Le champ de précision de la notice omet la 46, alors que le champ cadastral de la même notice la porte. Deux champs du même enregistrement ne disent donc pas la même chose.
Ce que dit l’arrêté de classement, que nous avons lu : c’est l’arrêté n° 13 du 13 avril 2026, trois pages mises en ligne par le ministère de la Culture. Son article 1er classe en totalité le brassage de l’ancienne brasserie de L’Espérance, situé 10 rue Saint-Charles, sur la parcelle n° 2 de la section 32, pour une contenance qu’il chiffre à 2,91 hectares. Son article 2 dit qu’il se substitue à l’arrêté d’inscription du 22 octobre 2024 en ce qui concerne la partie classée, et le plan annexé distingue le classement du bâtiment de brassage des éléments maintenus à l’inscription. Il vise l’accord du propriétaire, le groupe Heineken, du 12 janvier 2026, l’avis de la commission régionale du patrimoine et de l’architecture du 24 mars 2023 et celui de la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture du 12 mars 2026. Son considérant retient un intérêt public au point de vue de l’histoire et de l’art, la salle étant un des derniers témoins des brassages des brasseries historiques, et le soin apporté au second œuvre. Il est signé, pour la ministre et par délégation, par Isabelle Chave, sous-directrice des monuments historiques et des sites patrimoniaux. Nulle part il ne reprend l’exclusion du poste de commande. L’inscription, elle, est parue au Journal officiel du 10 juillet 2025, et elle porte mot pour mot la salle de brassage, hors poste de commande automatisé.
Une formule unique, dans un étage banal
Exclure quelque chose d’un périmètre de protection est courant. Nous l’avons compté dans l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé le 6 novembre 2026, champ de précision de la protection, replié sans accents ni casse.
| Filtre | Notices |
|---|---|
| le mot exclusion | 834 |
| la formule à l’exclusion d, toutes suites | 821 |
| poste de commande | 7 |
| hors poste de commande | 1 |
La gradation est donc nette. Huit cent trente-quatre actes excluent quelque chose, ce qui est banal. Sept notices contiennent la suite de lettres poste de commande, mais six d’entre elles écrivent en réalité poste de commandement, et le protègent au lieu de l’écarter : cinq sont militaires, une relève du génie civil. Schiltigheim est la seule industrielle, la seule à écrire poste de commande sans la suite, et la seule à le mettre hors du périmètre.
Le domaine architecture industrielle compte huit cent vingt-six notices, dont cent dix-huit classées si l’on s’en tient au champ de typologie de la protection. Le chiffre monte à cent dix-neuf par le champ de date, l’écart tenant à une seule notice, le puits Couriot à Saint-Étienne, dont les deux champs ne concordent pas. Nous nommons le champ en publiant, parce que le chiffre en dépend.
Le classement arrive six mois après le dernier brassin
C’est le fait qui donne son sens à la chronologie. Le service régional du patrimoine écrit, le 30 avril 2026, que jusqu’à l’automne 2025, date du dernier brassin, la Brasserie de L’Espérance était la dernière des grandes brasseries schilikoises encore en activité.
L’inscription de 2024 visait donc une usine qui tournait, et c’est à ce moment-là que l’acte écartait du périmètre l’outil de pilotage. Le classement de 2026 vient après l’arrêt. Et le service régional du patrimoine fait lui-même le lien : il écrit que cette mise à l’arrêt de la production brassicole et l’avenir du site ont permis de mettre en œuvre rapidement les mesures de protection, et que la fermeture, annoncée pour fin 2025 alors que la demande d’inscription était en cours d’instruction, a amené à replacer cette sollicitation dans ce nouveau contexte économique.
Deux chiffres que nous ne publions pas, et la raison tient en une ligne : la production annuelle et l’emploi de cette brasserie. La seule source que nous ayons trouvée est une motion d’un conseil municipal de décembre 2022, donc une donnée vieille de quatre ans à la date du classement, et la page qui la porte nous est revenue avec un avertissement signalant qu’elle contenait du texte adressé à un lecteur automatique. Nous préférons dire que nous ne publions pas ces chiffres plutôt que de les reprendre d’une page que nous n’avons pas pu lire proprement. Le seul volume qu’un service d’inventaire documente, quatre-vingt-dix mille hectolitres, porte sur l’année 1910 et ne dit donc rien de la production récente.
Vu du ciel, une parcelle sur six
Les actes nomment six parcelles de la section 32. Nous en avons relevé les contenances au service d’interrogation du plan cadastral.
| Parcelle de la section 32 | Contenance |
|---|---|
| 2, la seule classée | 29 060 mètres carrés |
| 46 | 14 173 |
| 43 | 10 984 |
| 3 | 8 268 |
| 41 | 622 |
| 37 | 585 |
| total des six | 63 692 mètres carrés, soit 6,37 hectares |
Un point dur mérite d’être posé, parce qu’il contredit une idée répandue. La section 32 tout entière ne fait que six hectares quatre-vingt-dix-neuf, répartis sur trente parcelles. Les treize hectares de site industriel dont parle la commune ne peuvent donc pas y tenir, et les actes ne nomment aucune parcelle en dehors de cette section. Le périmètre protégé n’est pas le site.
Sur la parcelle classée, la base topographique nationale relève une dizaine de bâtiments dont le centre tombe dans le périmètre, pour un peu plus de dix mille cinq cents mètres carrés d’emprise, soit environ trente-sept pour cent de la parcelle. Le décompte exact dépend de la règle retenue pour rattacher un bâtiment à la parcelle. Le plus haut dont le centre tombe dans cette parcelle mesure quarante-deux mètres, son toit étant à cent quatre-vingt-dix-neuf mètres cinquante et son sol à cent quarante-deux mètres soixante.
Nous nous arrêtons là sur ce bâtiment. La base ne nomme pas les édifices, et aucune de ses valeurs n’atteint les soixante-cinq mètres que le service régional annonce pour le château d’eau : nous ne dirons donc pas que c’est lui. L’altitude au sol, relevée au service d’altimétrie de l’État, est de cent quarante-deux mètres soixante-cinq. Et la notice elle-même n’a pas de coordonnées : notre point de départ est notre propre calcul sur le cadastre, et nous le disons.
Les distances, par haversine avec un rayon de 6 371,0088 kilomètres : quatre cent soixante-treize mètres de l’ancienne brasserie Schutzenberger, cinq cent cinquante-sept de la Fischer, environ deux kilomètres sept de la rue des Veaux à Strasbourg, et cent six kilomètres quatre cents du seul autre bâtiment de brassage classé en France, à Saint-Nicolas-de-Port.
Trois brasseries sur cinq notices
Schiltigheim compte cinq notices dans l’export, décomptées par les deux voies, par nom avec filtre départemental et par code communal, sans écart. Une seule est classée, celle-ci, et trois des cinq sont des brasseries. Le Bas-Rhin en compte huit cent quatre-vingt-cinq, par trois voies concordantes.
Ce classement est le plus récent du Bas-Rhin, qui compte deux cent douze notices classées, dont cent quatre-vingt-quatorze portent une date de classement complète ; le précédent remonte au 24 décembre 2022, à Betschdorf. Il n’est en revanche ni le plus récent de France, deux notices portant le 26 juillet 2026, ni le plus récent du patrimoine industriel, Nantes ayant été classée le 6 mai 2026.
Un dernier décompte vérifie une affirmation de l’administration. Le mot brassage n’apparaît que dans cinq notices de tout l’export, dont deux classées. L’annonce du service régional selon laquelle il s’agit du deuxième bâtiment de brassage classé en France se reproduit donc exactement, avec le filtre que nous publions.
Nous devons enfin signaler trois contradictions internes à la page de ce même service régional, parce qu’elles invitent à la prudence sur tout ce qu’elle avance : elle donne 1983 à un endroit et 1984 à un autre pour l’installation des cuves en inox, écrit près de soixante-cinq mètres pour la hauteur de la tour-réservoir puis plus de soixante-cinq mètres pour l’enseigne qui couronne son dernier niveau, deux mesures qui ne portent pas sur le même objet, et publie un libellé d’inscription qui ne contient pas la salle de brassage là où la base et le Journal officiel la contiennent. Trois dates circulent par ailleurs pour le transfert de la brasserie à Schiltigheim, 1860, 1862 et 1888 : nous ne tranchons pas.
Sources : arrêté n° 13 du 13 avril 2026 portant classement au titre des monuments historiques du brassage de l’ancienne brasserie de L’Espérance à Schiltigheim, trois pages mises en ligne par le ministère de la Culture, pour son article 1er et la contenance de 2,91 hectares, son article 2, ses visas, son considérant, son plan annexé et sa signature ; notice PA67000114 du ministère de la Culture, lue dans l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, pour les deux libellés successifs de l’inscription et du classement, la typologie partielle, le champ de mentions légales déclarant le dossier de protection complet consultable sur place seulement, l’omission d’une parcelle dans le champ de précision alors que le champ cadastral la porte, et l’absence de coordonnées ; liste des immeubles protégés au titre des monuments historiques en 2024, publiée au Journal officiel du 10 juillet 2025, lue sur le site de diffusion du droit, pour le texte publié de l’inscription et ses sept parcelles ; page du service régional du patrimoine du Grand Est du 30 avril 2026, pour la date du dernier brassin à l’automne 2025, pour l’annonce du deuxième bâtiment de brassage classé, et pour les trois contradictions internes que nous relevons, ces trois sources relevant toutes du ministère de la Culture et ne constituant donc pas trois institutions ; commune de Schiltigheim, seule source tierce sur le classement, et conseil municipal de Strasbourg, troisième institution, dont nous ne reprenons pas les chiffres pour la raison exposée ; service d’interrogation du plan cadastral, base topographique interrogée en CRS:84 et service d’altimétrie de l’IGN, plus nos propres calculs de haversine avec un rayon de 6 371,0088 kilomètres, pour les six contenances et leur total, la surface de la section entière, les neuf bâtiments et leur emprise, la hauteur du plus haut, les altitudes et les quatre distances ; export national des immeubles protégés, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé par nos soins le 6 novembre 2026, pour les huit cent trente-quatre notices employant le mot exclusion, les huit cent vingt et une employant la forme courte, les sept nommant un poste de commande et la seule l’écartant, les huit cent vingt-six notices du domaine architecture industrielle dont cent dix-huit classées selon le champ de typologie et cent dix-neuf selon le champ de date, les cinq notices de Schiltigheim et les huit cent quatre-vingt-cinq du Bas-Rhin, les deux cent douze notices classées du département, dont cent quatre-vingt-quatorze à date de classement complète, et les cinq notices employant le mot brassage dont deux classées. Ne sont pas établis : la nature physique du poste de commande, qu’aucune source ne décrit ; l’identité du bâtiment de quarante-deux mètres, la base ne nommant pas les édifices ; la production et l’emploi de l’établissement ; la position de l’exploitant, dont nous n’avons lu aucune communication ; et la date du transfert de la brasserie à Schiltigheim, trois valeurs circulant sans arbitrage possible.

