En janvier 1953, dans un champ de Côte-d’Or, un chef de chantier remarque un monticule et une concentration anormale de pierres. Sous ce tertre arasé se trouvait la sépulture d’une femme de trente ans, accompagnée d’un vase de bronze de 208 kilos venu d’Italie du Sud.
La tombe de Vix est une sépulture à char princière de la fin du Hallstatt, datée autour de 470 avant notre ère. Elle se situe au pied du mont Lassois, une butte-témoin qui domine la haute vallée de la Seine d’une centaine de mètres, près de Châtillon-sur-Seine.
Ce que contenait le caveau
Le caveau, creusé dans le sol, mesurait environ trois mètres de côté. Il était recouvert d’un tumulus de 38 mètres de diamètre et de six mètres de haut, aujourd’hui complètement arasé par les labours. La fouille, menée en janvier et février 1953, a permis de reconstituer l’ensemble.
- Un char de parade à timon et quatre roues, décoré d’appliques de bronze, dans la caisse duquel le corps était allongé.
- Un torque en or pur de 480 grammes, trouvé au niveau de la tête, orné à ses extrémités de deux chevaux ailés.
- Un second torque en bronze, sur le ventre, entouré d’une lanière de cuir, formant un cercle parfait de 26,8 centimètres de diamètre, sans dispositif d’ouverture.
- Une paire d’anneaux de bronze aux chevilles, à la face externe striée.
- Une phiale d’argent, des vases de bronze étrusques et de la céramique grecque, déposés près du cratère.
Le caveau avait été envahi de terre et d’eau lors des crues de la Seine, ce qui a compliqué la fouille mais aussi contribué à la conservation de certaines pièces.
Le plus grand vase de bronze de l’Antiquité
La pièce qui a fait la célébrité du site est le cratère. Il mesure 1,64 mètre de haut, pèse 208 kilos et peut contenir 1 100 litres. Il sort probablement des ateliers grecs d’Italie du Sud, vers 540 ou 530 avant notre ère, soit plusieurs décennies avant la sépulture elle-même.
Il mesure 1,64 mètre de haut, pèse 208 kilos et peut contenir 1 100 litres.
Sa décoration achève d’en faire un chef-d’œuvre : appliques de bronze en haut relief, anses en forme de gorgones, frise de chevaux et d’hoplites, ces fantassins grecs lourdement armés. Un objet de cette taille ne se transporte pas par hasard : il a fallu le démonter, le convoyer sur des centaines de kilomètres, puis le remonter sur place.
Le vase a d’ailleurs livré des informations supplémentaires lors des restaurations : la frise guerrière qui en fait le tour, avec ses hoplites, a pu être complétée et mieux comprise à mesure que les fragments étaient réassemblés.
C’est tout l’intérêt de la découverte. Elle prouve qu’au Ve siècle avant notre ère, l’aristocratie celte de Bourgogne entretenait des relations commerciales suivies avec le monde méditerranéen, et qu’elle avait les moyens de s’offrir ce que la Grèce produisait de plus spectaculaire.
| Repère | Valeur | Ce que ça change pour l’interprétation |
|---|---|---|
| Datation | vers 470 av. J.-C. | la fin du premier âge du fer, le Hallstatt final |
| Tumulus d’origine | 38 m de diamètre, 6 m de haut | un monument visible de loin, aujourd’hui arasé |
| Cratère | 1,64 m, 208 kg, 1 100 litres | le plus grand vase en bronze antique connu |
| Torque en or | 480 g | un travail local inspiré des styles grec et oriental |
| Défunte | une femme d’environ 30 ans | le pouvoir n’était pas seulement masculin |
| Découverte | janvier 1953 | par Maurice Moisson, chef du chantier de fouilles |
Une femme, et un débat qui a duré
L’identification du squelette comme celui d’une femme a longtemps été contestée. Des archéologues comme Ludwig Pauli ou Gertrudis Wamser ont mis en doute ce genre féminin, au motif implicite qu’une sépulture aussi riche devait être celle d’un homme, ou d’un prêtre.
La dame de Vix, parfois appelée princesse de Vix, est ainsi devenue un cas emblématique de ce que l’on nomme aujourd’hui l’archéologie du genre : la manière dont les présupposés des chercheurs orientent la lecture des données de terrain.
La question de la paternité de la découverte a connu un sort comparable. Dans sa première publication, René Joffroy mentionne bien que Maurice Moisson est le véritable découvreur de la tombe, mais le nom qui est resté dans le public n’a longtemps pas été celui du chef de chantier.
Les fouilles continuent, et un vol
Depuis 2002, le site fait l’objet d’une étude globale menée dans le cadre d’un projet collectif de recherche du CNRS. De nouvelles fouilles ont débuté le 20 août 2019, conduites par l’Institut national de recherches archéologiques préventives, avec pour but de replacer dans son contexte la tombe découverte soixante-six ans plus tôt.
Sur le plateau sommital du mont Lassois, des campagnes ouvertes à partir de 2002 ont mis au jour les vestiges d’un très grand bâtiment, que l’on suppose être le palais de la dame de Vix, au sein d’un ensemble de constructions.
Ces travaux posent des questions restées ouvertes depuis 1953 : le monument funéraire abrite-t-il d’autres sépultures secondaires, et peut-on retrouver la trace des cérémonies qui ont entouré l’inhumation ?
Le 24 juillet 2026, le torque en or a été volé au musée du Pays châtillonnais, où il était exposé. La pièce maîtresse de l’orfèvrerie celtique française a ainsi disparu des collections publiques.
Ce que la vue d’ensemble montre
Le mont Lassois explique tout. Cette butte isolée domine la haute vallée de la Seine, à un point où le fleuve devient navigable vers le nord, sur la route qui relie la Méditerranée aux régions de l’étain et de l’ambre. Celui qui tenait cette hauteur contrôlait un passage commercial majeur.
Les fouilles ont d’ailleurs montré que le mont Lassois était occupé bien avant l’âge du fer, dès le Néolithique, puis à plusieurs reprises. La hauteur n’a pas été choisie par une génération : elle s’est imposée à toutes.
La tombe, elle, est au pied de la butte, dans la plaine. Le tumulus de 38 mètres qui la couvrait devait se voir depuis l’oppidum comme depuis la vallée : une sépulture faite pour être vue, par ceux qui passaient.
C’est la même logique de site que Bibracte, quatre siècles plus tard et à cent kilomètres de là : une hauteur, un carrefour de bassins fluviaux, une élite qui vit du commerce.
À voir autour
- Bibracte : la capitale celte du Morvan, quatre siècles plus tard
- Le siège d’Alésia : la fin de ce monde, en 52 av. J.-C.
- La Grande Forge de Buffon : le fer bourguignon, vingt-trois siècles plus tard
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Archéologie.
Sources : notice de la tombe de Vix, Wikipédia en français.
