Trente-deux villes, un grand espace de mer et les côtes d’Angleterre : c’est ce qu’un ouvrage de 1782 affirmait découvrir depuis la terrasse de Cassel. La colline, elle, ne dépasse pas 176 mètres.
Le mont Cassel est une butte-témoin du département du Nord, point culminant des monts des Flandres, sur laquelle le village de Cassel s’est établi. Il domine la plaine de Flandre et le Westhoek français d’une centaine de mètres.
Une colline qui n’a pas monté, une plaine qui est descendue
Avec ses 176 mètres d’altitude, le mont Cassel est une butte-témoin, relique de l’ère tertiaire. La formule mérite d’être prise au sérieux, car elle renverse l’intuition : ce relief n’a pas été soulevé, il a résisté quand les terrains alentour ont été emportés par l’érosion.
La hauteur reste modeste et la domination considérable. Cassel surplombe largement la plaine des Flandres maritimes françaises et belges, mais le mont n’est pas le point culminant du département du Nord, lequel se situe à Anor, dans l’Avesnois, que la commune situe à 271 mètres.
Le mont n’est pas seul. Juste à l’est se trouve le mont des Récollets, à environ 160 mètres, et la colline constitue la hauteur notable la plus occidentale des monts des Flandres, le relief s’abaissant progressivement vers l’ouest. La frontière belge se trouve à une dizaine de kilomètres.
| Repère | Valeur | Ce que cela change |
|---|---|---|
| altitude du mont | 176 mètres | une hauteur modeste, isolée dans la plaine |
| domination sur la plaine | une centaine de mètres | un panorama sans obstacle |
| point culminant du Nord | Anor, 271 mètres | Cassel domine sans être le plus haut |
| mont des Récollets, voisin | environ 160 mètres | un second relief à l’est |
| distance de la frontière belge | une dizaine de kilomètres | une vue qui porte sur deux pays |
Un sommet fortifié depuis les Gaulois
Le nom dit l’usage. Les formes relevées s’échelonnent sur mille ans, de Kastellon chez Ptolémée au IIe siècle et Castello au IVe, à Cassello en 840 et en 875, Cassel en 1110 et de Casleto en 1123. Toutes signifient la même chose, un lieu fortifié.
Le site a servi longtemps avant. Le sommet, occupé par les Romains qui en avaient fait un poste fortifié, porte sur la Table de Peutinger le nom de Castellum Menapiorum, le château des Ménapiens, et la recherche y reconnaît aujourd’hui le chef-lieu de cette cité. Une tradition plus ancienne, reprise au XVIIIe siècle puis par un mémoire de 1834, en faisait le Castellum Morinorum du peuple voisin des Morins.
La suite est une liste de batailles. En 880, une armée normande marche sur la région et ravage les environs, Esquelbecq et Bergues étant cités parmi les lieux touchés ; la prise de Cassel elle-même n’est pas établie, une partie des travaux estimant qu’elle a résisté. Le château est ensuite une création des comtes de Flandre, qui en font le centre d’une châtellenie. Le 22 février 1071, la bataille de Cassel voit la victoire de Robert le Frison sur son neveu Arnoul III, tué au combat, et sur les contingents envoyés par le roi de France Philippe Ier : c’est cette victoire qui fait de Robert le comte de Flandre. En 1328, Philippe VI de Valois y défait les communes flamandes : Cassel est pillée, incendiée et soumise à de fortes amendes. En 1677, la bataille de la Peene, à Noordpeene, voit la victoire du frère de Louis XIV sur une coalition dirigée par Guillaume d’Orange. La ville devient définitivement française par les traités de Nimègue de 1678.
Une vingtaine de moulins autrefois, un seul aujourd’hui, et il vient d’ailleurs.
Le panorama comme argument, depuis 1782
La vue a très tôt fait la réputation du lieu. En 1782, l’Encyclopédie méthodique de géographie moderne décrit Cassel comme une jolie ville démantelée, bâtie sur une montagne où se trouve la terrasse d’un ancien château, et affirme qu’on y jouit d’une des plus belles vues de l’univers.
Le texte est précis dans ses prétentions : de cette terrasse, on découvre trente-deux villes, un grand espace de mer et les côtes d’Angleterre. Il faut lire cette phrase pour ce qu’elle est, une affirmation du XVIIIe siècle et non une mesure, mais elle montre que le panorama était déjà l’attraction principale.
La tradition locale a sa propre version, inscrite au jardin public qui domine la plaine : d’ici, disaient les Anciens, on peut contempler cinq royaumes, celui de France, de Belgique, de Hollande, d’Angleterre et le Royaume de Dieu. La chute de la formule indique assez le degré de sérieux qu’il convient de lui accorder.
En 1851, le naturaliste J. Macquart décrivait le même panorama en termes plus sobres, comme une contrée semblable à une vaste forêt mêlée de petites clairières, où les plantations qui semblent couvrir la terre sont en réalité celles des vergers. C’est la description d’un bocage dense, et elle dit ce que le relief permettait de voir : non pas des monuments lointains, mais la structure d’un paysage agricole.
Une vingtaine de moulins, puis un seul
Un relief isolé dans une plaine venteuse appelle les moulins. Les notices locales en comptent une vingtaine à Cassel, et jusqu’à vingt-quatre selon les relevés, à une époque où la force du vent valait une force motrice.
Il en reste un, et son histoire est celle d’un sauvetage plutôt que d’une conservation. Le moulin qui occupait le sommet a brûlé en 1911. À la fin des années 1940, le syndicat d’initiative a racheté un moulin sur pivot provenant d’Arnèke, qui appartenait alors à la famille Ruytoor et qui date du XVIIIe siècle. Il est ouvert au public depuis 1949.
Le moulin que les visiteurs photographient aujourd’hui au sommet du mont n’est donc pas un moulin de Cassel, mais un moulin d’Arnèke remonté à Cassel. La nuance compte pour qui s’intéresse au patrimoine : un bâtiment déplacé reste authentique, mais son histoire n’est plus celle du lieu où il se trouve.
Des casemates inachevées sur le flanc nord : à la fin de 1939 et au début de 1940, pendant la drôle de guerre, une ligne de casemates a été entreprise au nord du mont Cassel, dans le secteur fortifié des Flandres. Les sources en comptent huit ou neuf, la bretelle du mont Cassel est restée inachevée, et ce secteur n’a reçu aucun des gros ouvrages de la ligne Maginot : ces blocs n’ont jamais été armés.
Un observatoire militaire, deux fois
Ce que la carte postale appelle panorama, l’état-major appelle observation. Dès 1914, le général Foch établit son quartier général à Cassel, qui est aussi un quartier général de l’armée britannique, d’où est dirigée la branche nord du front de l’Ouest.
La statue équestre du maréchal Foch, au sommet, a été inaugurée le 7 juillet 1928 par Raymond Poincaré, qui était alors président du Conseil et non président de la République, fonction qu’il avait quittée en 1920. Un monument commémoratif rappelle par ailleurs les batailles de 1071 et de 1328.
La seconde guerre a répété la leçon. En mai 1940, la ville fut sévèrement bombardée par l’aviation allemande. Une brigade britannique s’y installe le 25 mai, l’assaut allemand commence le 27 au matin, l’ordre de repli n’arrive que le 29 en fin d’après-midi : trois jours gagnés, qui ont facilité l’embarquement des armées alliées à Dunkerque. C’est d’ailleurs à Cassel, le 27 mai, qu’a été arrêté le plan du périmètre de Dunkerque. Tenir une butte de 176 mètres pendant trois jours, dans une plaine, c’est tenir la seule position d’où l’on voit venir.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, la situation s’explique d’elle-même. Le village occupe le sommet, la pente porte les jardins et les vergers, et la plaine commence au pied : il n’y a pas de transition, et c’est cette rupture qui fait le panorama.
La vue d’ensemble montre aussi que la majorité de la colline, et l’intégralité de son sommet, se trouvent sur le territoire de la commune de Cassel, le bas des pentes relevant d’Hardifort, de Wemaers-Cappel, de Zuytpeene, de Bavinchove et d’Oxelaëre. Un relief isolé se partage par ses flancs.
Elle rend enfin visible ce que les textes anciens exagéraient. On ne voit pas trente-deux villes depuis Cassel, on voit la plaine des Flandres jusqu’à l’horizon, ce qui suffisait aux états-majors de 1914 comme aux voyageurs de 1782. La commune a d’ailleurs remporté en 2018 l’édition du Village préféré des Français, diffusée le 19 juin.
À voir autour
- La butte de Vauquois : un sommet descendu de quinze mètres par la guerre des mines
- Le moulin Saulnier : une ossature métallique posée sur la Marne en 1872
- Le mont Ventoux : des rafales à 320 kilomètres par heure
Pour aller plus loin : La rubrique Vu du ciel et le dossier Nord.
Sources : Encyclopédie méthodique, Géographie moderne, tome premier, Panckoucke et Plomteux, 1782, article Cassel ; J. Macquart, Mémoires de la Société des sciences, de l’agriculture et des arts de Lille, 1851 ; cote IGN du mont Cassel ; site de la commune d’Anor pour le point culminant du département ; Wikimaginot pour les casemates du secteur fortifié des Flandres ; notices de Cassel et du mont Cassel, Wikipédia en français.

