Rasée en 1698, rebâtie en 1701 : la citadelle de Bitche et son siège de sept mois en 1870

La citadelle de Bitche, en Moselle, vue depuis ses remparts
La citadelle de Bitche, en Moselle. Photo : GFreihalter, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Vauban fortifie le rocher de Bitche de 1683 à 1697, pour 2 500 000 livres d’or. L’année suivante, un traité impose de tout raser, et un régiment venu des Flandres s’en charge. En 1701, la guerre reprend : les soldats français reconstruisent les fortifications qu’on vient de démolir.

Cette citadelle, dans la commune de Bitche, en Moselle, est le plus important site historique du pays de Bitche. Elle et ses souterrains sont classés au titre des monuments historiques depuis 1979.

Un rocher que Turenne a remarqué

Le site est fortifié depuis longtemps. La première mention du nom apparaît au milieu du XIIe siècle, et dès 1170 un Bitis Castrum figure dans un document où Frédéric Ier de Lorraine se nomme lui-même seigneur de Bitche. Le second château fort est sans doute construit à la fin du XIIIe siècle par le comte Eberhard de Deux-Ponts, sur le rocher actuel.

L’intérêt du promontoire est évident : une vision panoramique sur plusieurs vallées. Le château devient la résidence principale des comtes de Deux-Ponts, puis passe de main en main : partiellement détruit au début du XVIe siècle pendant la guerre des Paysans, vendu au duc de Lorraine Charles II pour 50 000 écus, défendu en 1563 par le comte Jacques de Bitche, qui rachète les maisons au pied du rocher, les fait raser et construit des remparts pour se protéger des ducs auxquels il ne veut pas payer les aides.

En 1634, Richelieu charge le maréchal d’Humières de prendre le château, qui se rend après un siège de dix jours. Quand Louis XIV s’emparera de Bitche en 1680, l’édifice, restauré à plusieurs reprises, ne sera plus qu’une ruine.

C’est une visite qui change le destin du lieu. Pendant l’hiver 1673-1674, Turenne prend ses quartiers d’hiver dans le Palatinat et vient voir Bitche. Impressionné par l’importance stratégique du site, il finit par convaincre Louis XIV de le fortifier, et en 1679 le roi charge Vauban de ce travail.

Les soldats s’efforcent aussitôt à reconstruire les fortifications construites par Vauban et rasées peu de temps avant.

Construire, démolir, reconstruire

Les travaux de Vauban ont lieu de 1683 à 1697 et coûtent 2 500 000 livres d’or, une somme énorme pour l’époque. Puis la diplomatie annule l’ingénierie : les clauses du traité de Ryswick cèdent la ville à Léopold Ier, duc de Lorraine, et imposent le démantèlement des nouvelles fortifications.

Le chantier de destruction est aussi organisé que celui de construction. Un régiment originaire des Flandres s’en charge de l’automne 1697 à l’été 1698, et la citadelle neuve disparaît. Trois ans plus tard, la guerre de Succession d’Espagne éclate, une garnison française revient occuper Bitche, et les soldats s’efforcent aussitôt de reconstruire ce qui vient d’être rasé.

La reconstruction définitive est plus tardive et plus méthodique. En 1738, après les accords qui transfèrent la Lorraine à Stanislas Leszczynski, Louis XV autorise à reconstruire la place forte et à l’intégrer au système défensif des frontières françaises. Le maréchal de Bournay dirige d’abord les travaux, puis le comte de Bombelles à partir de 1741 ; dès 1744, les mercenaires guerroyant pour l’Autriche qui s’approchent de Bitche sont repoussés.

Le tracé de Vauban est respecté et renforcé par d’autres ouvrages. Les travaux, assurés par Cormontaigne, portent sur les casernes, les bâtiments des officiers du génie et du gouverneur, les magasins d’artillerie et de poudre, les corps de garde et la défense des glacis. L’ouvrage avancé est construit de 1755 à 1760, l’esplanade au pied du glacis aménagée en 1765, année que porte la plaque posée par Louis XV à l’entrée.

DateÉtapeCe qu’elle apporte
1679Vauban chargé des travauxaprès la visite de Turenne en 1673-1674
1683-1697chantier de la citadelle2 500 000 livres d’or
1697-1698démantèlement imposé par traitéexécuté par un régiment des Flandres
1701retour d’une garnison françaisereconstruction de ce qui vient d’être rasé
1738-1765reconstruction définitivetracé de Vauban repris par Cormontaigne
8 août 1870début du siège prussienreddition sur ordre le 26 mars 1871
1979classement monument historiquela citadelle et ses souterrains
La citadelle de Bitche, en Moselle.

Sept mois et demi de siège

L’épisode le plus célèbre de la citadelle est une résistance. Le commandant Louis-Casimir Teyssier, qui commande la place, soutient un siège face à l’assaillant prussien du 8 août 1870 au 26 mars 1871, soit plus de sept mois.

Le détail du calendrier montre deux phases. La ville est d’abord bombardée du 23 août au 21 septembre 1870, puis un blocus est imposé du 25 septembre 1870 au 25 mars 1871 : il ne s’agit plus de prendre la place, mais de l’affamer.

La fin est administrative et non militaire. Teyssier remet la place aux Allemands le 26 mars 1871, sur ordre du gouvernement, c’est-à-dire après la capitulation française. Le commandant et ses troupes quittent la place avec les honneurs de la guerre, ce qui, dans la mémoire locale, compte autant que la victoire. Les deux faits d’armes les plus victorieux pour les défenseurs de la citadelle restent l’attaque de 1793 et cette guerre de 1870.

La suite est celle d’un ouvrage que l’on continue d’utiliser. Partiellement détruite lors du siège, la citadelle est modernisée par les Allemands de 1871 à 1900, puis à nouveau endommagée en 1944 et 1945 par l’artillerie américaine. En 2006, trois cloches ont été fondues pour l’inauguration du nouveau parcours de visite : la plus lourde, soixante-trois kilos, est frappée aux armoiries de la ville et du commandant Teyssier.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, la citadelle est un plateau fortifié, et non une tour. Elle occupe la totalité du promontoire rocheux, et c’est cette emprise qui explique la panoramique sur plusieurs vallées dont parlaient déjà les seigneurs du XIIIe siècle : on ne domine pas un passage, on surveille un pays.

La vue aérienne montre aussi l’héritage de Vauban sous les ajouts du XVIIIe siècle. Le tracé d’origine a été respecté puis renforcé, si bien que la géométrie des bastions et des glacis reste celle de 1683-1697, malgré le démantèlement intégral de 1698. Reconstruire sur les mêmes fondations, c’est reconstruire la même forme, comme à Neuf-Brisach, dont le chantier commence précisément en 1698.

Elle ne montre pas l’essentiel du volume, qui est sous terre. Les souterrains, classés en même temps que la citadelle, abritent aujourd’hui un parcours muséographique, et c’est par eux que la place a tenu sept mois en 1870 : une garnison assiégée vit sous la roche, comme à Mutzig deux siècles plus tard.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Patrimoine.

Sources : notice de la citadelle de Bitche, Wikipédia en français.

Questions fréquentes

Pourquoi avoir rasé un ouvrage neuf ?

À cause d'un traité. Les clauses du traité de Ryswick cèdent la ville de Bitche à Léopold Ier, duc de Lorraine, et imposent le démantèlement des nouvelles fortifications. Un régiment originaire des Flandres s'est chargé de cette besogne, de l'automne 1697 à l'été 1698.

Et ensuite ?

La guerre de Succession d'Espagne éclate en 1701 et une garnison française revient occuper Bitche. Les soldats s'efforcent aussitôt de reconstruire les fortifications construites par Vauban et rasées peu de temps avant.

Combien a coûté le chantier de Vauban ?

Les travaux ont eu lieu de 1683 à 1697 et ont coûté à la France 2 500 000 livres d'or, une somme énorme pour l'époque. C'est Turenne qui, impressionné par l'importance stratégique du site lors d'une visite pendant l'hiver 1673-1674, avait fini par convaincre Louis XIV de le fortifier.

Que s'est-il passé en 1870 ?

Le commandant Louis-Casimir Teyssier a soutenu un siège face à l'assaillant prussien du 8 août 1870 au 26 mars 1871. La ville a été bombardée du 23 août au 21 septembre 1870, puis un blocus a été imposé du 25 septembre 1870 au 25 mars 1871. Teyssier a remis la place le 26 mars 1871, sur ordre du gouvernement, et les troupes françaises l'ont quittée avec les honneurs de la guerre.

Qui a construit la citadelle actuelle ?

Elle résulte de plusieurs campagnes. En 1738, Louis XV autorise la reconstruction de la place forte, dirigée par le maréchal de Bournay puis par le comte de Bombelles à partir de 1741. Le tracé de Vauban est respecté et renforcé, et les travaux, assurés par Cormontaigne, durent jusqu'en 1765.

Est-elle protégée ?

La citadelle ainsi que les souterrains sont classés au titre des monuments historiques depuis 1979. Un plan-relief de la ville de Bitche daté de 1794, classé depuis 1983, est exposé dans le musée.
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