Seize minéraux ont été décrits pour la première fois au monde dans cette mine du Var

Les bâtiments de l'ancienne mine de cuivre du Cap Garonne, au Pradet
L'ancienne mine du Cap Garonne, au Pradet (Var). Photo : Gnrc, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Seize minéraux portent le Cap Garonne comme adresse d’origine dans la littérature mondiale. C’est le nombre d’espèces qui ont été décrites pour la première fois dans cette mine de cuivre du Var, sur environ cent cinquante recensées.

Le chiffre vient d’une étude parue en 2024 dans la revue Mineralium Deposita, dont le résumé est sans ambiguïté : la zone d’altération du gisement du Cap Garonne abrite l’une des minéralogies les plus remarquables au monde, avec pas moins de 150 minéraux, dont 16 localités types. Le musée installé sur le site annonce de son côté près de 140 espèces et confirme les seize découvertes, liste nominative à l’appui.

Ce que veut dire localité type

Une localité type est l’endroit où une espèce minérale a été décrite et caractérisée pour la première fois. Elle devient la référence de tous les autres gisements où on la retrouvera. Un site peut livrer des centaines d’espèces sans en avoir aucune : il suffit qu’elles aient toutes été décrites ailleurs avant. En avoir seize est une autre affaire.

C’est le produit d’une configuration géologique particulière et d’un siècle d’attention. Le gisement présente une zone d’altération, où les minéraux de cuivre d’origine ont été transformés par l’eau et l’air en une multitude d’espèces secondaires, souvent en très petits cristaux. C’est précisément dans ce genre de zone que l’on trouve des espèces inconnues, à condition d’avoir des gens qui regardent.

Une mine fermée en 1917 continue de livrer des espèces nouvelles à la science plus d’un siècle plus tard.

Le musée qui se contredit, et pourquoi il a raison deux fois

Les pages du musée ne donnent pas le même décompte. L’accueil annonce près de 130 espèces et 14 découvertes sur place. La page consacrée à la minéralogie annonce près de 140 espèces et 16 découvertes. L’écart n’est pas une erreur : c’est un décalage de mise à jour, et il se date.

Une publication de 2020 décrivant une nouvelle espèce qualifiait alors le Cap Garonne de localité type de quatorze autres minéraux, ce qui faisait quinze avec elle. Une seizième a été décrite peu après, dans une revue de minéralogie, en fin d’année 2020. Le compte est donc passé de quatorze à seize en quelques mois, et les deux pages du musée disent chacune la vérité d’un moment différent.

SourceEspèces recenséesLocalités types
Étude parue en 2024 dans Mineralium Depositaenviron 15016
Musée du site, page minéralogieprès de 14016
Musée du site, page d’accueilprès de 13014
Publication de 2020 sur une nouvelle espècenon précisé14, plus celle décrite
Les décomptes ne sont pas contradictoires : ils datent de moments différents d’un inventaire qui n’est pas clos.

Un piège mérite d’être signalé, parce qu’il circule : l’yvonite est souvent associée au Cap Garonne, alors que sa localité type se trouve dans l’Aude. Elle n’entre pas dans les seize.

Les noms de ces seize espèces disent qui les a trouvées et qui on a voulu honorer. Plusieurs portent le nom de chercheurs : un minéralogiste directeur scientifique du Bureau de recherches géologiques et minières, le directeur du Muséum d’histoire naturelle de Genève, un cristallographe de l’université de Moscou. D’autres honorent des collectionneurs et les fondateurs de l’association et du musée du site. C’est l’usage de la discipline : une espèce nouvelle est baptisée, et son nom entre dans la nomenclature internationale avec le lieu où elle a été décrite.

Un demi-siècle de cuivre, et une rentabilité difficile

Avant d’être un site minéralogique, le Cap Garonne a été une affaire industrielle, et une affaire difficile. Le site s’ouvre en 1857 comme carrière de pavés, et la concession de cuivre et de plomb est accordée en 1862, sous le Second Empire. La teneur du minerai se situe entre trois et huit pour cent, que le musée qualifie de faible, et la France ne sait alors pas traiter les minerais pauvres : le minerai doit partir au loin, et le transport engloutit la marge.

Le minerai partait par mer vers le pays de Galles pour y être traité. Plusieurs exploitants se succèdent sans y parvenir, et un seul, à partir de 1873, réussit à rendre la mine rentable. Une faille rencontrée en 1877 complique encore la géologie. En 1899, soixante ouvriers y travaillent, et un embranchement ferroviaire de 4,3 kilomètres vers la ligne Toulon-Hyères est négocié en 1903 pour évacuer la production.

L’exploitation atteint cent vingt ouvriers pendant la Première Guerre mondiale, le cuivre étant alors stratégique, puis s’arrête le 3 octobre 1917. Sur la production totale, les sources divergent : une source universitaire donne 40 000 tonnes de minerai pour 1 200 tonnes de cuivre métal, France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur et plusieurs pages touristiques avancent 25 000 tonnes, en parlant de cuivre. Ce second chiffre serait inconciliable avec une teneur de trois à huit pour cent, mais aucune source ne tranche entre les deux comptes : c’est la rédaction qui retient le premier.

Une deuxième vie souterraine : entre 1933 et 1956, les galeries abandonnées ont servi de champignonnière. Température constante, humidité, obscurité : une mine vide offre exactement ce qu’il faut, et c’est un usage que l’on retrouve dans beaucoup de galeries et de carrières françaises désaffectées.

Du trou de mine au musée

La suite est une histoire de sauvetage. Les galeries sont fermées par un syndicat intercommunal en 1984, pour des raisons de sécurité. En 1990, 4 000 mètres carrés sont consolidés et un parcours de visite de 300 mètres aménagé. Le musée est inauguré le 9 juillet 1994, et il a reçu plus de 750 000 visiteurs depuis.

Le terrain, lui, appartient au Conservatoire du littoral, sur une emprise de plus de 170 hectares, et la gestion est assurée depuis 2006 par la métropole Toulon Provence Méditerranée. La longueur totale des galeries n’est documentée nulle part : seuls le parcours de visite et la surface consolidée sont connus, et c’est pourquoi aucun kilométrage n’est avancé ici.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, on ne voit pas la mine. On voit un cap boisé qui tombe dans la Méditerranée, les anciens bâtiments de l’usine à flanc de pente, et au-delà, la rade. Tout le sujet est dessous, dans une roche qui date du Permien et du Trias, où le cuivre est porté par un conglomérat siliceux de la base du Trias, sous un toit de grès blancs.

C’est ce contraste qui fait l’intérêt du lieu : un paysage de bord de mer protégé, inventorié en zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique, qui recouvre un gisement dont la littérature scientifique parle encore. Le site cumule un label de parc national et une réputation de référence mondiale pour ses minéraux secondaires.

Un dernier chiffre ne sera pas repris ici, bien qu’il figure partout : celui qui classe le Cap Garonne parmi les cinq plus beaux sites minéralogiques du monde. Aucun organisme, aucune méthode et aucun classement ne sont jamais cités pour l’étayer. Seize localités types établies par publication valent mieux qu’un palmarès sans auteur.

Sources : Mineralium Deposita, étude de 2024 consacrée à la zone d’altération du gisement du Cap Garonne ; European Journal of Mineralogy et Mineralogical Magazine pour les deux espèces décrites en 2020 ; musée de la mine du Cap Garonne, pages d’accueil et de minéralogie ; Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres ; métropole Toulon Provence Méditerranée ; planète Terre, École normale supérieure de Lyon, pour la géologie et les tonnages.

Questions fréquentes

Que signifie localité type ?

C'est le lieu où une espèce minérale a été décrite pour la première fois, et qui sert de référence pour tous les autres gisements où on la retrouvera ensuite. Avoir seize localités types sur un seul site est exceptionnel : cela veut dire que seize minéraux portent le Cap Garonne comme adresse d'origine dans la littérature minéralogique mondiale.

Combien d'espèces minérales la mine contient-elle ?

Environ 150 selon l'étude publiée en 2024 dans la revue Mineralium Deposita, qui écrit que la zone d'altération du gisement abrite l'une des minéralogies les plus remarquables au monde avec pas moins de 150 minéraux, dont 16 localités types. Le musée du site annonce de son côté près de 140 espèces sur sa page consacrée à la minéralogie. D'autres documents donnent 127, 130 ou 139 : le décompte dépend de la date et du périmètre retenus.

Pourquoi le musée donne-t-il deux chiffres différents ?

Parce que ses pages n'ont pas été mises à jour en même temps, et c'est instructif. Sa page d'accueil annonce encore près de 130 espèces et 14 découvertes sur place, sa page minéralogie près de 140 et 16. Les deux sont vraies à des dates différentes : une espèce a été décrite fin 2020, une autre peu après, et le compte est passé de 14 à 16 en moins de deux semaines. Un musée de minéralogie a ce problème particulier que son inventaire n'est jamais clos.

Quand la mine a-t-elle fonctionné ?

La concession de cuivre et de plomb est accordée en 1862, sous le Second Empire, et l'exploitation s'arrête le 3 octobre 1917. Avant la mine, le site était une carrière de pavés, ouverte en 1857. Après elle, les galeries ont servi de champignonnière de 1933 à 1956.

Peut-on la visiter ?

Oui, elle est devenue un musée. Les galeries ont été fermées par un syndicat intercommunal en 1984, puis 4 000 mètres carrés ont été consolidés et un parcours de 300 mètres aménagé en 1990. Le musée a été inauguré le 9 juillet 1994 et a reçu plus de 750 000 visiteurs depuis. Le site appartient au Conservatoire du littoral et est géré par la métropole Toulon Provence Méditerranée depuis 2006.
PartagerFacebookXWhatsAppLinkedInE-mail
Retour en haut