Six tourelles en encorbellement sur neuf mètres de côté et des douves de plus de dix mètres : le donjon de Bours, dans le Ternois

Les tourelles cylindriques en encorbellement du donjon de Bours, vues d'en bas
Le donjon de Bours : six tourelles cylindriques en encorbellement ajoutées à une base carrée, selon la description du Département du Pas-de-Calais. Photo : Christelle denis, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

À Bours, dans le Ternois, une tour carrée de grès porte six tourelles en encorbellement. Elle est classée monument historique depuis le 23 février 1965, et elle a abrité la mairie de 1982 à 2014.

La description la plus précise que nous ayons trouvée vient du Département du Pas-de-Calais, dans ses carnets du patrimoine : six tourelles cylindriques en encorbellement sont ajoutées à la base carrée de neuf mètres de côté, quatre aux angles et deux au milieu des faces nord et sud. Le maître d’ouvrage a ainsi agrandi l’espace viable au sein de l’édifice.

Ces neuf mètres sont à prendre pour ce qu’ils sont : la cote d’une seule institution. Nous n’avons trouvé aucune seconde source institutionnelle qui la donne.

Une maison forte dont la fouille n’a trouvé aucune défense, en dehors de ses douves.

Ce que quatre tranchées ont montré en 2016

Le meilleur matériau de ce dossier n’est pas architectural, il est archéologique, et il vient d’un document de l’État : le bilan scientifique régional des Hauts-de-France pour 2016, publié par le service régional de l’archéologie.

La notice de site y énumère les résultats sans emphase. Quatre tranchées réalisées autour du donjon ont mis au jour des tronçons des douves et des aménagements sur la plate-forme. Le plan carré de la haute-cour, trente mètres de côté, est similaire à celui de nombreuses maisons fortes rurales construites à partir du quatorzième siècle dans la région.

Puis vient la phrase qui retourne l’idée qu’on se fait d’un donjon : toutefois, les sondages ont révélé une absence totale d’aménagement défensif en dehors des douves, relativement larges, plus de dix mètres. Une culée en grès d’un pont menant vers la haute-cour a par ailleurs été dégagée contre la paroi ouest de la plate-forme.

Le même document donne la borne haute de la construction : l’édifice castral, toujours en élévation, a été construit avant 1375, date de la première mention du monument. La notice du ministère, de son côté, retient les quatorzième et quinzième siècles pour la campagne principale.

Une précaution d’attribution, parce qu’elle change le compte des sources : cette notice de site est signée d’un archéologue du Département du Pas-de-Calais, et non d’un agent de l’État. Le bilan scientifique régional est une publication du ministère de la Culture, mais il publie ici le texte d’une collectivité sans que la couverture le dise. Seul le chapitre des résultats significatifs du volume est l’État en propre. Nous attribuons donc ces constats à leur auteur, et nous ne comptons pas le ministère et le Département comme deux sources sur ce point.

Dix-huit ans et cinq mois entre deux arrêtés

La chaîne de protection de ce donjon tient en deux actes, et nous les avons lus tous les deux sur le document. Ils sont publiés ensemble, en deux pages scannées sans couche de texte : notre extracteur n’en tire aucun caractère et le signale. Ce qui suit a été lu à l’image.

DateActePortée
5 septembre 1946inscription à l’inventaire supplémentaire, signée du directeur général de l’Architectureles façades et toitures du château fort de Bours, appartenant alors à un particulier qui y demeurait
23 février 1965classement, signé du directeur de l’Architecture, maître des requêtes au Conseil d’Étatle donjon de Bours, parcelle 179 de la section B, appartenant à la commune, sans restriction de partie
Lus en image sur le fac-similé que la notice du ministère met en lien. Six mille sept cent quarante-six jours séparent les deux actes, soit dix-huit ans, cinq mois et dix-huit jours : calcul à nous.

L’arrêté de 1965 laisse voir la mécanique d’une protection. Ses considérants visent l’arrêté de 1946, puis l’avis de la Commission supérieure des monuments historiques du 27 novembre 1964, puis la délibération du conseil municipal du 5 février 1965 portant adhésion au classement. Quatre-vingt-huit jours entre l’avis de la commission et l’arrêté, dix-huit jours entre la délibération de la commune et l’arrêté.

Pourquoi nous n’écrivons pas que 1965 a annulé 1946 : parce que le dispositif de l’arrêté de 1965 ne le dit pas. Il classe, et il vise l’acte de 1946 sans en prononcer l’annulation. C’est la base du ministère de la Culture qui porte, dans son champ d’observations, la mention d’une inscription de 1946 annulée. Détail matériel, en revanche, qui frappe à l’image : la page de l’arrêté de 1946 est barrée d’un trait de plume en diagonale et le texte de son article premier est surfrappé à la machine. L’annulation est visible sur le papier ; elle n’est pas dans le texte de 1965.

Un détail de toponymie situe l’époque. L’arrêté de 1946 adresse le château fort à Bours-Marest par Pernes-en-Artois, deux noms qui ne sont plus ceux de l’adresse postale d’aujourd’hui. Et il nomme le propriétaire de l’époque, un particulier, là où l’arrêté de 1965 constate que l’édifice appartient à la commune.

Vingt-sept monuments protégés, et une ligature qui en cache une

Pour situer ce donjon dans son pays, nous avons interrogé l’export national des immeubles protégés, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, le 3 novembre 2026, sur un périmètre nommé : les cent trois communes de la communauté de communes du Ternois, dont cent deux dans le Pas-de-Calais et une dans la Somme.

  • Vingt-sept notices de monuments historiques dans ces cent trois communes, réparties sur vingt-deux d’entre elles. Quatre-vingt-une communes n’en portent aucune.
  • Cinq classements et vingt-deux inscriptions, et treize de ces vingt-sept protections sont partielles.
  • Nous avons fait le décompte par les deux chemins, par code communal et par nom de commune avec un filtre sur les deux départements, et les deux donnent vingt-sept.
  • Sans ce filtre départemental, le même test rendrait quarante-trois notices : des homonymes de Dordogne, de l’Orne, de l’Aude, de l’Oise, de la Moselle et de Haute-Saône entreraient dans le compte.

Un piège de graphie qui vaut d’être connu : le dossier de recherche qui a servi à cet article avait d’abord trouvé vingt-six notices par la voie des noms, contre vingt-sept par celle des codes. La notice manquante était celle du château de Humerœuille, parce que l’export du ministère écrit ce nom avec un o et un e séparés là où l’interface des données communales emploie la ligature. Un caractère de différence suffit à faire disparaître un monument d’un décompte, et rien dans le résultat ne le signale. Nous normalisons donc les ligatures avant de comparer deux listes.

Un autre chiffre dit quelque chose de l’histoire administrative de ce pays : sept des vingt-sept notices du périmètre portent la même date de protection, le 10 juin 1926. Quarante-quatre notices portent cette même date dans toute la France, d’après notre décompte, dont trente et une dans le Pas-de-Calais, onze dans la Nièvre, une dans l’Aube et une dans le Lot. Un quart du patrimoine protégé du Ternois tient donc à une seule journée de 1926.

Vu du ciel, seize mètres d’encombrement pour neuf mètres de base

Nous avons mesuré l’emprise de cet édifice plutôt que de la lire, en interrogeant la base topographique de l’Institut géographique national le 3 novembre 2026. Un seul bâtiment répond sur l’emprise du donjon, enregistré sous la nature château.

  • Hauteur donnée par l’institut : douze mètres, avec une précision altimétrique annoncée de deux mètres cinquante. Attention à ce que cette valeur mesure : c’est une hauteur du sol au point le plus bas de la toiture, pas une hauteur au faîtage.
  • Altitude du sol au point le plus bas, quatre-vingt-dix-neuf mètres huit ; altitude du point le plus bas de la toiture, cent onze mètres huit.
  • Emprise au sol calculée par nous sur le contour à quarante-six sommets que publie l’institut : cent trente-deux mètres carrés. Encombrement, seize mètres quatre d’ouest en est et quinze mètres neuf du nord au sud.
  • Les deux plus longs segments droits de ce contour mesurent cinq mètres trois et quatre mètres quatre, ce qui est cohérent avec des pans de mur coupés par des tourelles en encorbellement.

Ce que notre mesure permet de dire, et ce qu’elle ne confirme pas : un encombrement d’environ seize mètres est compatible avec une base carrée de neuf mètres flanquée de six tourelles en encorbellement. Il ne la confirme pas pour autant : la précision planimétrique que l’institut annonce sur ce contour est de trois mètres, et un encorbellement déborde la base d’une valeur que nous ne connaissons pas. Nous donnons donc les deux chiffres avec leur source, le neuf du Département et le seize de notre calcul, sans les faire se vérifier l’un l’autre.

La parcelle que l’arrêté de 1965 désigne existe toujours sous le même numéro. Nous avons relevé sa contenance actuelle à l’interface cartographique de l’institut : mille quatre cent quatre-vingt-un mètres carrés. Réserve honnête, un parcellaire bouge : c’est la contenance d’aujourd’hui, pas celle de 1965.

Enfin, deux repères de distance, calculés par la formule de haversine. Du donjon à la mairie actuelle de Bours, cent trente-sept mètres : l’annuaire de l’administration la situe au 27 rue de l’Église. Du donjon à l’église de Saint-Pol-sur-Ternoise, chef-lieu du pays, neuf kilomètres six.

Ce que nous ne dirons pas de son histoire

Deux récits circulent sur ce donjon et nous n’en trancherons aucun, parce que les sources qui les portent se contredisent, et parfois dans le même ouvrage.

Sur l’incendie qui l’a touché, la chronologie publiée par le Département l’attribue aux guerres qui opposent François Ier et Charles Quint, quand le texte signé par son archéologue départemental, dans le même ouvrage, l’attribue aux troupes françaises. Sur le bâtisseur, la notice de site du bilan scientifique régional nomme une famille, là où des pages promotionnelles donnent un nom d’homme sans citer de source.

La restauration, elle, est chiffrée par une seule institution, et nous le disons. Le Département annonce un coût total d’un million neuf cent quarante-cinq mille six cent quarante euros et soixante et onze centimes hors taxes, comprenant la restauration du donjon et de la maison d’accueil, et sa propre part à cent soixante-trois mille huit cent vingt-quatre euros et sept centimes pour 2014 et 2015. Il nomme ses partenaires, la Région, la direction régionale des affaires culturelles, un fonds européen et une fondation, mais aucune de ces institutions ne publie sa part dans ce que nous avons lu.

Le chantier archéologique, pour finir, a duré treize ans. L’archéologue départemental l’écrit ainsi : l’aventure a commencé dès 2012 pour s’achever en 2025, avec deux diagnostics, une surveillance des travaux de restauration et deux fouilles autour du monument. Le lieu a ouvert au public en juin 2019.

Sources : fac-similé des arrêtés du 5 septembre 1946 et du 23 février 1965, mis en lien par la notice du ministère de la Culture et lu en image parce que le document est publié sans couche de texte, pour la portée de chaque acte, les considérants de 1965, l’avis de la Commission supérieure des monuments historiques du 27 novembre 1964, la délibération du conseil municipal du 5 février 1965, les qualités des signataires, l’ancienne adresse du château fort et le trait de plume qui barre la page de 1946 ; notice PA00108236 du même ministère, lue dans l’export national des immeubles protégés, dernière mise à jour du 28 novembre 2025, pour le classement du 23 février 1965, la parcelle, la dénomination d’édifice fortifié, la destination de mairie que la notice porte encore, les quatorzième et quinzième siècles, la propriété communale et la mention d’une inscription de 1946 annulée ; bilan scientifique régional des Hauts-de-France pour 2016, publié par le service régional de l’archéologie du ministère de la Culture, pour le sondage programmé de juillet 2016, les quatre tranchées, la haute-cour de trente mètres de côté, les douves de plus de dix mètres, l’absence totale d’aménagement défensif, la culée en grès et la construction avant 1375, en notant que cette notice de site est signée d’un archéologue du Département et non d’un agent de l’État ; carnets du patrimoine du Département du Pas-de-Calais, quatrième numéro consacré au Ternois, pour les six tourelles en encorbellement, la base carrée de neuf mètres de côté, le confort intérieur, le classement en totalité, les deux montants de la restauration, les treize ans de chantier archéologique et l’ouverture au public de juin 2019 ; export national des immeubles protégés, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé par nos soins le 3 novembre 2026, pour les vingt-sept notices des cent trois communes de la communauté de communes rendues par les deux voies, les vingt-deux communes pourvues, les cinq classements, les treize protections partielles, les sept notices du 10 juin 1926 dans le périmètre et les quarante-quatre pour la France entière ; interface cartographique et base topographique de l’Institut géographique national, interrogées le même jour, pour la contenance cadastrale, la hauteur, les altitudes, le contour du bâtiment et nos propres calculs d’emprise et d’encombrement, et nos deux distances par haversine. Ne sont pas établis : la hauteur au faîtage de l’édifice, la confirmation de la base de neuf mètres par une seconde institution, l’origine de l’incendie, l’identité du bâtisseur, le détail des parts de financement de la restauration, et l’existence d’un dossier d’inventaire régional, le portail qui l’abriterait nous ayant opposé un dispositif anti-robot que nous n’avons pas contourné.

Questions fréquentes

Depuis quand le donjon de Bours est-il classé ?

Depuis le 23 février 1965. Nous avons lu l'arrêté lui-même, qui classe parmi les monuments historiques le donjon de Bours figurant au cadastre sous le numéro 179 de la section B, appartenant à la commune. Un arrêté antérieur, du 5 septembre 1946, n'avait inscrit que les façades et toitures du château fort, alors propriété d'un particulier. Six mille sept cent quarante-six jours séparent les deux actes.

L'arrêté de 1965 a-t-il annulé celui de 1946 ?

La nuance mérite d'être posée. Le dispositif de l'arrêté de 1965 ne prononce aucune annulation : il se contente de viser l'arrêté de 1946 parmi ses considérants. C'est la base du ministère de la Culture qui porte, dans son champ d'observations, la mention d'une inscription de 1946 annulée. Nous écrivons donc que le classement de 1965 a remplacé l'inscription de 1946, et que la base la donne pour annulée.

À quoi ressemble ce donjon ?

Le Département du Pas-de-Calais le décrit dans ses carnets du patrimoine : six tourelles cylindriques en encorbellement sont ajoutées à la base carrée de neuf mètres de côté, quatre aux angles et deux au milieu des faces nord et sud, le maître d'ouvrage ayant ainsi agrandi l'espace viable au sein de l'édifice. Il ajoute que tout le confort de l'époque y est présent, pièces séparées, cheminées, escaliers, niches murales et latrines. Ces neuf mètres ne sont portés, dans ce que nous avons lu, que par cette seule institution.

Qu'a montré la fouille de 2016 ?

Une maison forte sans défenses, ou presque. Le bilan scientifique régional publié par le service régional de l'archéologie écrit que quatre tranchées réalisées autour du donjon ont mis au jour des tronçons des douves et des aménagements sur la plate-forme, que le plan carré de la haute-cour, trente mètres de côté, est similaire à celui de nombreuses maisons fortes rurales de la région, et que les sondages ont révélé une absence totale d'aménagement défensif en dehors des douves, relativement larges, plus de dix mètres.

De quand date l'édifice ?

La notice du ministère retient les quatorzième et quinzième siècles pour sa campagne principale de construction. Le bilan scientifique régional est plus précis sur la borne haute : l'édifice castral, toujours en élévation, a été construit avant 1375, date de la première mention du monument.
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