À Beaumont-de-Lomagne, en Tarn-et-Garonne, une charpente de chêne couvre une place entière. Elle est classée monument historique depuis le 18 juin 1930. Sa surface est donnée à mille cinq cent soixante mètres carrés par le ministère de la Culture, et à mille trois cent vingt-cinq par un organisme touristique départemental qui lui donne un côté de trente-six mètres quarante.
La notice du ministère de la Culture décrit l’ouvrage en deux phrases, et nous les citons telles qu’elles sont écrites : halle construite au quatorzième ou au début du quinzième siècle, avec charpente de chêne dont les piliers reposent sur des dés de pierre. Elle se compose de cinq nefs, trente-six poteaux, pour une surface de mille cinq cent soixante mètres.
Deux coquilles sont dans le texte officiel, et nous ne les corrigeons pas en silence : la notice écrit cing pour cinq, et oublie le mot carrés après mètres. La protection, elle, est nette : halle, classement par arrêté du 18 juin 1930. Le bien appartient à la commune, et son domaine est renseigné comme architecture commerciale.
Trente-six poteaux de chêne posés sur des dés de pierre, et pas un mur.
Trente-six poteaux, ou trente-huit
Le chiffre qui fait la réputation de cette halle n’est pas le même selon qui le donne, et l’écart n’est pas mince.
| Source | Poteaux | Surface |
|---|---|---|
| ministère de la Culture, notice de protection | trente-six | 1 560 mètres carrés, donnés tels quels |
| organisme touristique départemental | trente-huit | un côté de 36,40 mètres, soit 1 325 mètres carrés si le plan est carré |
La différence de deux poteaux pourrait n’être qu’une question de comptage, selon que l’on inclut ou non les poteaux d’angle ou ceux d’une travée refaite. Celle de surface est d’un autre ordre : elle suppose soit que le plan n’est pas carré, soit que l’un des deux chiffres est faux. Aucune source que nous ayons lue ne donne le plan coté.
Six halles protégées, une seule classée
Pour situer cette halle dans son pays, nous avons interrogé l’export national des immeubles protégés, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, le 3 novembre 2026, sur un périmètre que nous nommons : les cent quinze communes des trois intercommunalités dont le nom porte le mot Lomagne, quatre-vingt-quatre dans le Gers et trente et une dans le Tarn-et-Garonne.
Ce n’est pas une définition du pays, c’est un corpus de décompte. Et comme il est à cheval sur deux départements, tout filtre qui n’en retiendrait qu’un perdrait la moitié de la Lomagne.
- Soixante-dix-huit notices de monuments historiques dans ces cent quinze communes. Nous avons fait le décompte par les deux chemins : soixante-dix-huit par code communal, soixante-douze seulement par le nom de commune tel que l’export l’écrit, avec un filtre sur les deux départements. Les six notices que cette seconde voie manque sont celles de communes dont l’export inverse l’article, Isle-Bouzon (L’), Romieu (La) et Sauvetat (La).
- Sans ce filtre départemental, le même test rendrait cent quatorze notices : des homonymes d’une quinzaine d’autres départements entreraient dans le compte.
- Six de ces soixante-dix-huit notices sont des halles, et une seule est classée, celle-ci. Les cinq autres sont inscrites : Cologne le 25 avril 1944, Solomiac le 22 mars 1973, Saint-Clar le 26 mai 1986, Fleurance le 14 mai 1987 et Mauvezin le 19 novembre 2004.
Une phrase de guide qui ne tient pas : le guide d’un office de tourisme local écrit que ses halles sont classées au titre des monuments historiques, toutes. Ce n’est exact pour aucune des six halles que ce guide nomme, qui sont toutes dans le Gers, dans la communauté de communes des Bastides de Lomagne : Cologne, Solomiac, Saint-Clar et Mauvezin sont inscrites et non classées, Monfort ne porte aucune notice de halle dans l’export, et Touget n’y porte aucune notice du tout. La seule halle classée du périmètre, celle de Beaumont-de-Lomagne, est en Tarn-et-Garonne et ne figure pas dans ce guide. La distinction entre inscription et classement n’est pas un détail de vocabulaire : elle commande ce qu’un propriétaire peut faire de son bien.
À l’échelle du pays, nous avons compté les notices dont la dénomination est une halle : cent vingt sur quarante-six mille sept cent soixante et une, dont trente-trois portent un classement. Celle de Beaumont-de-Lomagne est donc l’une des trente-trois, et non une exception nationale.
La seule protection de 1843 de tout le fichier
Le fait le plus curieux de cette commune n’est pas sa halle, il est à cent vingt mètres de là, et nous l’avons trouvé en triant le fichier.
L’église Notre-Dame-de-l’Assomption de Beaumont-de-Lomagne est classée par avis de classement du 12 mai 1843. Nous avons cherché l’année 1843 dans le champ de date et de typologie de la protection des quarante-six mille sept cent soixante et une notices de l’export national : elle n’y apparaît qu’une fois, ici.
Ce que cette rareté est, et ce qu’elle n’est pas : elle n’est pas la plus ancienne protection de la région. Dans le Gers et le Tarn-et-Garonne réunis, onze protections sont antérieures à 1850 : cinq de 1840, à Bassoues, Condom, Bruniquel, Caussade et Montpezat-de-Quercy, et cinq de 1846, à Lombez, Simorre, Moissac, Saint-Antonin-Noble-Val et Varen. Ce qui distingue celle de Beaumont-de-Lomagne, c’est qu’elle est la seule des onze à être datée au jour : les dix autres ne portent qu’une année nue. Sa forme administrative est rare aussi : seize notices de tout l’export portent avis de classement comme nature de protection, là où les autres portent arrêté, liste ou décret.
La notice de cette église raconte au passage l’origine de la ville, et elle le fait avec une prudence que nous reprenons telle quelle : vers le onzième siècle, la ville était sous la domination des moines de Granselve, qui concédèrent aux habitants un terrain sous le castel afin de bâtir une église. L’église actuelle date du quatorzième siècle, son intérieur présente onze chapelles, et son chœur est orné d’un baldaquin.
Vu du ciel, une bastide et sa place couverte
La halle et l’église sont séparées par cent vingt mètres environ, les deux notices portant chacune ses coordonnées. Elles tiennent l’une et l’autre dans le damier d’une bastide, ce plan de ville régulier répandu dans le Sud-Ouest aux treizième et quatorzième siècles.
Ce que l’on voit d’en haut, ce n’est pas un bâtiment mais un toit posé sur des poteaux au milieu d’une place. Celle-ci n’a pas de murs aujourd’hui : elle couvre un marché, et le couvre encore. L’organisme touristique départemental écrit d’ailleurs qu’elle fut fermée jusqu’au début du dix-neuvième siècle et devint ouverte après 1810. La notice du ministère le dit à sa façon en rangeant l’édifice dans le domaine de l’architecture commerciale, et non dans celui de l’architecture civile.
La commune est aussi celle d’un mathématicien du dix-septième siècle, ce que la halle ignore et que nous ne développerons pas : aucune des sources institutionnelles que nous avons lues ne relie l’un à l’autre, et nous nous en tenons au bâti.
Un dernier mot sur les sources de ce dossier. La date du 18 juin 1930 n’est portée que par le ministère de la Culture. Le conseil départemental de Tarn-et-Garonne atteste bien le statut de classé dans une annexe consacrée aux monuments historiques classés, et il apporte ses propres dates de séance et ses propres montants d’aide pour les années 2011 à 2013, mais il ne donne pas cette date. Et ses six documents, que nous avons lus, font une institution et non six sources.
Sources : notice PA00095706 du ministère de la Culture, lue dans l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, pour le classement par arrêté du 18 juin 1930, le libellé de la protection, la description de la charpente de chêne et de ses dés de pierre, les cinq nefs, les trente-six poteaux, les mille cinq cent soixante mètres carrés, la datation au quatorzième ou au début du quinzième siècle, le domaine d’architecture commerciale et la propriété communale ; notice PA00095705 du même ministère, pour le classement de l’église par avis de classement du 12 mai 1843, les onze chapelles, le baldaquin et le récit de la concession des moines de Granselve ; organisme touristique du Tarn-et-Garonne, pour les trente-huit poteaux et le côté de trente-six mètres quarante ; guide d’un office de tourisme local, pour la phrase selon laquelle ses halles seraient toutes classées ; conseil départemental de Tarn-et-Garonne, pour l’attestation du statut de classé et ses propres aides des années 2011 à 2013, ses six documents ne faisant qu’une institution ; export national des immeubles protégés, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé par nos soins le 3 novembre 2026, pour les soixante-dix-huit notices des cent quinze communes rendues par les deux voies, les cent quatorze que rend la même liste sans filtre départemental, les six halles du périmètre et leurs dates, les cent vingt notices de dénomination halle et les trente-trois classements, l’unique occurrence de l’année 1843, les onze protections antérieures à 1850 des deux départements et les seize notices portant avis de classement comme nature de protection ; interface publique des données communales pour la composition des trois intercommunalités. Ne sont pas établis : le nombre exact de poteaux, la surface réelle de la halle, le plan coté de l’édifice, et le contenu des corpus que nous n’avons pas pu lire, le site de l’une des trois intercommunalités nous ayant renvoyé une erreur d’authentification et l’interface de recherche d’une bibliothèque numérique un refus.

