En 1955, un chantier de restauration met au jour une cache sous l’autel majeur de la chapelle Saint-Michel d’Aiguilhe. À l’intérieur, un Christ en bois d’olivier, une croix pectorale en argent, une urne reliquaire, des tissus et un coffret en ivoire. La chapelle, fondée au Xe siècle, coiffe un rocher de 82 mètres que l’on gravit par 268 marches.
Le rocher d’Aiguilhe se dresse au nord du Puy-en-Velay, en Haute-Loire, sur la commune d’Aiguilhe, qui compte aujourd’hui environ 1 600 habitants selon le Réseau européen des sites et des chemins de Saint-Michel. L’histoire du lieu tient en quelques dates, deux hommes du Xe siècle, une découverte faite pendant des travaux en 1955 et un désaccord entre sources sur l’année de fondation.
Un neck volcanique de 82 mètres au nord du Puy
Le rocher est un neck, le remplissage durci de la cheminée d’un ancien volcan. L’office de tourisme de la Haute-Loire, sur sa fiche consacrée au Rocher Saint-Michel, parle de « ce neck volcanique » de 82 mètres. Le Réseau des sites de Saint-Michel ajoute que c’est la forme en aiguille du rocher qui a donné le nom d’Aiguilhe, d’origine latine.
Le rocher répond à un autre relief de la ville : le rocher Corneille, qui le domine immédiatement au sud et porte aujourd’hui la statue de Notre-Dame de France, à laquelle nous avons consacré un article sur la Vierge coulée avec les canons de Sébastopol. Le paysage autour du rocher a beaucoup changé. Selon le Réseau des sites de Saint-Michel, jusqu’à la première moitié du XXe siècle :
- le rocher était entouré de jardins et de prairies riveraines de la Borne, la rivière qui traverse le site ;
- la vigne poussait sur les pentes du coteau de Chosson, cultivées en terrasses ;
- ces vignes appartenaient aux familles aisées de la ville du Puy.
Le paysage est aujourd’hui protégé : la liste officielle des sites classés en 2017, reprise sur la base réglementaire AIDA de l’Ineris, mentionne le « Rocher Saint Michel » d’Aiguilhe, classé par arrêté du 16 mars 2017.
Godescalc et Truannus, les deux hommes de la fondation
La chapelle naît dans la seconde moitié du Xe siècle. Son fondateur est Truannus, doyen du chapitre de la cathédrale du Puy. L’évêque de l’époque, Godescalc, est connu pour un autre titre : l’office de tourisme le présente comme le premier pèlerin français vers Saint-Jacques-de-Compostelle, vers l’an 950, ouvrant ainsi la Via Podiensis, le chemin de Saint-Jacques qui part du Puy. Selon le Réseau des sites de Saint-Michel, c’est ce même évêque qui consacra la chapelle le 18 juillet 961.
La fondation a des conséquences durables. Truannus donne sa chapelle et les biens qui l’entourent au chapitre de la cathédrale, qui devient ainsi possesseur d’Aiguilhe. Le chapitre reste seigneur de la chapelle, de la seigneurie alentour et du bourg jusqu’à la Révolution. Aiguilhe est dotée de murailles à la fin du XIVe siècle, ce qui lui vaut d’être citée parmi les « villes closes » du bailliage du Velay.
La notice officielle du ministère de la Culture, dans la base Mérimée, rapporte une autre tradition, issue d’une chronique locale : au cours d’une peste qui ravageait Le Puy au Xe siècle, un chanoine de la cathédrale aurait fait vœu à saint Michel de bâtir une chapelle au sommet du rocher, et la peste ayant cessé, le vœu aurait été accompli.
Un oratoire de 6 mètres de côté, agrandi au XIIe siècle
L’édifice du Xe siècle était minuscule. Le Réseau des sites de Saint-Michel le décrit comme une petite chapelle construite sur un plan carré de 6 mètres de côté, sur lequel se greffent trois absides, à l’est, au nord et au sud. La voûte du chœur portait déjà un décor peint, encore visible aujourd’hui : sur un fond de ciel bleu, le Christ en majesté fait face à l’archange terrassant le dragon, et les quatre symboles des évangélistes occupent les angles.
Au XIIe siècle, l’affluence des pèlerins impose un agrandissement, malgré l’exiguïté de la plateforme. Les bâtisseurs entourent alors une courte nef d’un déambulatoire elliptique qui rejoint le chœur primitif. Une tour-clocher, probablement à cinq étages, est élevée à la même époque. Le clocher est détruit par la foudre en 1245, puis reconstruit au XIXe siècle sous la direction de l’architecte Mallay.
La notice Mérimée relève que les campagnes de construction se lisent dans la couleur des pierres :
- une teinte grise pour la première construction ;
- une teinte rose pour la deuxième ;
- une teinte jaune pour la troisième modification, liée aux bâtiments du prêtre adossés à l’est.
L’entrée, au sud-est, est la partie la plus célèbre. Prosper Mérimée l’avait qualifiée de « bijou de l’architecture romane », rapporte le Réseau des sites de Saint-Michel. Cinq niches y présentent cinq bustes, dont Dieu en majesté, la Vierge, saint Jean, l’archange et saint Pierre ; le linteau porte deux sirènes affrontées, l’une à queue de poisson, l’autre à queue de serpent. La polychromie de la façade associe arkose de Blavozy, marbre blanc, briques rouges et une pierre noire bleutée tirée d’un volcan proche.
1955 : la cache sous l’autel majeur
La chapelle a traversé de nombreuses restaurations aux XIXe et XXe siècles. C’est au cours de l’un de ces chantiers, en 1955, que la cache pratiquée sous l’autel majeur est mise au jour. L’office de tourisme de la Haute-Loire dresse la liste des objets retrouvés :
- un Christ roman en bois d’olivier ;
- une croix pectorale en argent ;
- une urne reliquaire ;
- des tissus ;
- un coffret en ivoire.
La pièce maîtresse du trésor est un petit Christ reliquaire en bois polychrome, que le Réseau des sites de Saint-Michel date du XIe siècle. Ce trésor est aujourd’hui conservé dans une vitrine de la chapelle.
La pièce maîtresse du trésor est un petit Christ reliquaire en bois polychrome, que le Réseau des sites de Saint-Michel date du XIe siècle.
Aucune des sources consultées ne précise à quelle occasion ces pièces ont été déposées dans la cache, ni ne publie d’inventaire scientifique détaillé de chaque objet.
Mérimée, la liste de 1840 et la visite aujourd’hui
Sur proposition de Prosper Mérimée, il figure sur la première liste des monuments historiques, en 1840. Mérimée fait aussi nettoyer les badigeons qui recouvraient les fresques ; le travail, confié au peintre restaurateur Anatole Dauvergne, s’accompagne de relevés qui ont permis, plus récemment, de restaurer des peintures devenues illisibles. Le Rocher et la chapelle sont aujourd’hui la propriété de la commune d’Aiguilhe, qui en assure la conservation.
Le lieu a gardé un statut de grand pèlerinage pendant des siècles. Les rois Charles VII, Louis XI et Charles VIII sont connus pour avoir fait l’ascension du rocher ; le dernier y aurait même pris une collation au sommet. L’office de tourisme rappelle que le site a obtenu le titre de 4e « Monument préféré des Français » en 2014 et en 2022.
| Repère | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Hauteur du rocher | 82 mètres | Office de tourisme, Réseau Saint-Michel |
| Marches jusqu’à la chapelle | 268 | Office de tourisme, Réseau Saint-Michel |
| Consécration | 18 juillet 961 | Réseau Saint-Michel |
| Première construction (notice Mérimée) | 969 | Ministère de la Culture |
| Classement monument historique | 1840 | Ministère de la Culture |
| Découverte du trésor | 1955 | Office de tourisme, Réseau Saint-Michel |
Pour la saison 2026, l’office de tourisme indique une ouverture tous les jours de 9 h 30 à 18 h du 1er octobre au 15 novembre, puis de 11 h à 17 h du 16 novembre au 31 décembre, avec un tarif adulte de 7 euros et de 5 euros pour les 5 à 15 ans. Ceux qui suivent la piste des sanctuaires de l’archange peuvent comparer avec la baie du Mont-Saint-Michel et ses marées de quinze mètres, un autre rocher dédié à l’archange.
961 ou 969 : ce que les sources ne tranchent pas
La date de fondation est le point le plus fragile. L’office de tourisme et le Réseau des sites de Saint-Michel donnent 961, ce dernier précisant le 18 juillet. La notice Mérimée du ministère de la Culture retient une autre année, avec prudence : la première construction « remonterait à 969 ». Aucune des sources consultées n’avance 962. Sans accès direct à la charte de fondation, il n’est pas possible de trancher ici.
D’autres points restent ouverts. La notice Mérimée affirme que la chapelle fut érigée en abbaye au XIe siècle, une mention que l’on ne retrouve pas dans les autres sources, qui insistent au contraire sur la dépendance envers le chapitre de la cathédrale. Elle place aussi l’agrandissement vers le XIe siècle, quand le Réseau des sites de Saint-Michel le situe au XIIe. Enfin, la datation du Christ reliquaire est plus ou moins précise selon les descriptions : roman pour l’office de tourisme, XIe siècle pour le Réseau. Sur le nombre de marches, en revanche, les sources consultées concordent : 268.

