L’église de Larchant, en Seine-et-Marne, mesure cinquante-sept mètres de long. Trente-quatre seulement sont sous toiture. Le reste est à ciel ouvert depuis 1675.
Le chiffre vient du relevé publié par l’association culturelle de Larchant, qui écrit la chose sans détour : longueur totale de cinquante-sept mètres, dont une partie couverte de trente-quatre mètres. L’écart de vingt-trois mètres, c’est la nef, qui n’a plus de toit.
Ce que la notice du ministère de la Culture retient de cet état tient en deux mots, dans son champ d’observations : partiellement ruinée. Nous avons compté combien de notices portent cette mention dans l’export national des immeubles protégés : vingt-cinq sur quarante-six mille sept cent soixante-une, soit cinq centièmes de pour cent.
Un bâtiment de cinquante-sept mètres dans un village de sept cent trente habitants, et vingt-trois mètres ouverts au ciel.
Les pierres de la nef se vendaient encore au dix-neuvième siècle
Le fait le plus frappant de cette église n’est pas sa chute, c’est ce qui a suivi. La fiche de diagnostic du parc naturel régional du Gâtinais français, établie pour sa série sur les églises et chapelles, l’écrit en une phrase : les pierres de la nef sont peu à peu vendues au dix-neuvième siècle, jusqu’au classement monument historique de l’édifice.
Autrement dit, le monument servait de carrière, et c’est l’État qui a arrêté la vente en le classant. La chronologie du parc est sèche : série de destructions et reconstructions aux quinzième et seizième siècles, foudres et guerres de religion ; à la fin du dix-septième siècle la partie sud-ouest du clocher s’écroule et provoque la ruine de la nef ; ces parties de l’édifice sont alors abandonnées à la ruine ; les reliques de saint Mathurin sont définitivement dispersées à la Révolution.
Avant la chute, il y avait eu l’incendie. La commune situe en 1568 l’incendie de l’église par les protestants pendant les guerres de Religion : les pèlerinages cessent, leurs revenus avec eux, les réparations s’arrêtent. L’office de tourisme du pays de Nemours ajoute un incendie antérieur, en 1490, et date de 1176 environ le début de la construction, achevée selon lui dans le premier quart du treizième siècle.
1843 ou 1846 : une institution qui consigne son propre doute
Sur la date du classement, trois sources publiques donnent trois réponses, et la troisième est la plus honnête des trois.
- L’export national des immeubles protégés du ministère de la Culture, notice PA00087053, porte 1846 : classé MH, et précise classement par liste de 1846. Cette notice indique elle-même qu’elle reprend intégralement les termes de l’arrêté de protection, qu’elle est donc opposable et fait foi juridiquement.
- Le site officiel de la commune de Larchant écrit que le classement comme monument historique par Prosper Mérimée est venu en 1843.
- La fiche de diagnostic du parc naturel régional, dans son champ consacré à la protection, n’arbitre pas : elle inscrit 1843 ou 1846.
Pourquoi nous ne tranchons pas : nous n’avons consulté ni la liste de 1846 elle-même, ni le dossier de protection de l’édifice, que la notice du ministère déclare consultable uniquement sur place, en salle de lecture, à Charenton-le-Pont. Nous retenons donc 1846, qui est la date de la notice opposable, en disant que deux autres publications publiques portent une autre date ou aucune. Et nous laissons de côté une mention de la même notice, 18 04 1914 au Journal officiel, dont nous n’avons pas identifié l’objet.
La liste de 1846 n’est pas une liste marginale. Nous avons compté, dans le même export, les notices qui s’y rattachent et celles des autres listes du dix-neuvième siècle, pour situer l’ordre de grandeur.
| Liste de protection | Notices portant cette mention |
|---|---|
| liste de 1840 | 535 |
| liste de 1846 | 114 |
| liste de 1862 | 573 |
| liste de 1875 | 108 |
| liste de 1889 | 405 |
| liste de 1900 | 30 |
La plus ancienne protection du périmètre, seize ans avant la suivante
Nous avons interrogé le même export sur un périmètre que nous nommons précisément : les soixante-douze communes que le décret du 23 juin 2026 classe au titre du parc naturel régional du Gâtinais français, interrogées une à une par leurs deux colonnes de nom de commune, en ne retenant que la Seine-et-Marne et l’Essonne, car ces mêmes noms reviennent dans sept autres départements.
- Cent neuf notices de monuments historiques en tout dans ces soixante-douze communes, dont trente-sept portant un classement.
- Quarante-neuf de ces notices concernent une église, une chapelle ou une basilique.
- Quatorze de ces soixante-douze communes ne portent aucune notice. Cette absence vaut pour ces quatorze noms et pour ce corpus, pas au-delà.
- Une seule des quarante-neuf notices d’édifice religieux porte une mention de ruine dans ses observations : celle de Larchant.
- Toutes dénominations confondues, trois notices du périmètre en portent une : l’église Saint-Mathurin, l’ermitage de Fourche au Vaudoué, partiellement ruiné, inscrit le 14 avril 1926, et le moulin des Scelles à Lardy, ruiné, inscrit le 8 juin 1926.
Et dans l’ordre chronologique, Larchant ouvre la liste. Sa protection de 1846 est la plus ancienne du périmètre. Viennent ensuite, seize ans plus tard, deux églises classées par la liste de 1862, à La Chapelle-la-Reine et à La Ferté-Alais, puis le dolmen dit la Pierre l’Armoire à Rumont, classé en 1889. Le classement le plus récent que porte cet export est celui de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption de Fleury-en-Bière, le 29 octobre 2025 ; la protection la plus récente, toutes natures confondues, est l’inscription du village d’art préludien de Chomo, à Achères-la-Forêt, le 20 avril 2026.
Soixante-douze communes, et non quatre-vingt-cinq : le dossier de présentation de la charte du parc annonce quatre-vingt-cinq communes, quatre-vingt-treize mille hectares et cent vingt-trois mille quatre cents habitants. Le décret du 23 juin 2026, publié au Journal officiel du 24 juin, classe pour sa part soixante-douze communes : trente-cinq en Seine-et-Marne, trente-cinq en Essonne en totalité, deux en Essonne en partie seulement. Les treize autres sont rangées par l’article premier dans un périmètre de classement potentiel, qui n’est pas classé. Le chiffre de quatre-vingt-cinq n’est pas faux, il ne désigne pas la même chose. Et ce périmètre n’est pas non plus le Gâtinais historique, qui s’étend au Loiret et à l’Yonne.
Quatre monuments protégés dans la commune, dont un abri sous roche
Larchant compte sept cent trente habitants pour deux mille neuf cent vingt-sept hectares, d’après l’interface publique des données communales interrogée le 2 novembre 2026. Quatre notices de monuments historiques y sont portées, pas une de plus.
| Notice | Objet | Protection |
|---|---|---|
| PA00087053 | église Saint-Mathurin | classée par liste de 1846 |
| PA00087052 | abri sous roche orné de gravures préhistoriques, au Rocher de Justice | classé par arrêté du 19 février 1953 |
| PA00087055 | hôtel dit du Pélerin, façade sur rue | inscrite par arrêté du 28 avril 1926 |
| PA00087054 | ferme du Chapître, façades et toitures de la grange et du pigeonnier, et puits | inscrits par arrêté du 11 mai 1981 |
De l’église à l’abri sous roche, nous avons calculé la distance plutôt que de l’estimer, en prenant les deux jeux de coordonnées que porte l’export lui-même : deux kilomètres six cent quinze. Le village tient donc, à moins de trois kilomètres l’une de l’autre, une église de pèlerinage de cinquante-sept mètres et une paroi gravée à la préhistoire.
Ce qui tient encore debout, et ce qui a cédé
La fiche du parc décrit le bâtiment d’origine avec assez de précision pour qu’on mesure la perte : une grande nef de trois travées sous voûtes sexpartites, flanquée au nord d’un clocher-porche, suivie d’un transept et d’un chevet en hémicycle précédé d’une travée droite. Et ce qui reste hors d’eau : le transept, qui a perdu son voûtement, le chœur, encore voûté, la chapelle de la Vierge attenante et la sacristie, construites au quatorzième siècle.
Les dimensions publiées par l’association permettent de se représenter l’échelle : transept de vingt-neuf mètres de long, carré du transept de onze mètres de côté, voûtes conservées du chœur à dix-huit mètres de hauteur, et une tour-clocher de cinquante mètres au total, répartis en un rez-de-chaussée d’environ onze mètres, un premier étage de huit, un deuxième de onze et un troisième de vingt.
Sur ce qui a cédé en 1675, les sources se séparent proprement, et pas au hasard. Deux textes distincts convergent : l’association culturelle de Larchant parle d’un gros pilier mouluré plaqué sur le mur, à l’angle sud-ouest, et de ce pilier qui, en cédant, provoqua l’effondrement de la tour, comme en témoignent selon elle les colonnettes dégagées par sa chute ; la fiche du parc écrit la partie sud-ouest du clocher, en citant par ailleurs la monographie de Marc Verdier dans sa bibliographie. L’office de tourisme du pays de Nemours écrit lui aussi l’angle sud-ouest de la tour, mais sa page reprend mot pour mot celle de l’association, faute de grammaire comprise : elle ne vaut pas confirmation séparée. En face, la chaîne de pages qui recopie la notice encyclopédique parle d’un pilier nord-ouest, et une version anglophone du nord-est.
Ce désaccord porte sur la source et non sur la vraisemblance : la fiche du parc place le clocher-porche au nord de la nef, ce qui rend les deux géométries possibles en soi. Nous suivons les deux textes locaux, dont celui de l’association, qui décrit les colonnettes dégagées par la chute du pilier.
Une cloche dont la notice se contredit sur vingt ans
L’église garde une cloche classée au titre objet le 2 octobre 1942, propriété de la commune, conservée dans la tour. Sa notice de la base Palissy, PM77000926, transcrit l’inscription portée sur le bronze : cette cloche pesant mille livres a été fondue le vingt-deux du mois d’octobre 1678, et nommée Françoise-Jésus-Marie par messire Jean Passart, chanoine. La même notice indique 1698 dans sa rubrique d’année de création.
Vingt ans d’écart dans un seul document : entre ce que l’objet porte gravé et ce que la base a saisi, la notice PM77000926 ne concorde pas avec elle-même. Si l’on retient l’inscription, la cloche a été fondue trois ans après l’écroulement du clocher ; si l’on retient la rubrique, vingt-trois ans après. Nous signalons l’écart plutôt que de choisir, et nous ne construisons aucun raccourci dessus. La même notice mentionne un montage en 1790 par un certain J.B. Metais, une réparation en 1890 par un maçon de Larchant et une signature de 1931.
Un autre détail du même ministère vaut d’être noté, parce qu’il touche au nom de l’édifice. L’export Mérimée l’appelle église Saint-Mathurin, et sa dénomination est église. La base Palissy du même ministère, dans la notice PM77004092 d’un banc d’œuvre du dix-huitième siècle inscrit le 28 avril 1982, écrit basilique Saint-Mathurin, nef côté nord. Le titre de basilique mineure suppose un acte pontifical : nous n’en avons trouvé trace ni dans les notices du ministère, ni sur les pages de la commune, du parc et de l’association, qui sont le corpus que nous avons lu.
La fiche du parc signale par ailleurs tout un mobilier classé, dont deux clefs de voûte du quatorzième siècle provenant de la voûte effondrée, classées en 1948, des pentures en fer forgé, un retable de pierre du quinzième siècle et un may de Notre-Dame de Paris offert par les orfèvres en 1691. Nous le rapportons tel que cette fiche le donne : nous n’avons pas rouvert ces notices une par une.
Un saint guérisseur, un pèlerinage, et un chantier qui dure
Si cette église est hors d’échelle pour le village, c’est qu’elle n’a pas été bâtie pour lui. Le parc écrit de saint Mathurin, qu’il donne pour un saint du troisième siècle originaire de Larchant, qu’il est réputé guérir de la folie. La commune et l’office de tourisme confirment l’un et l’autre que le pèlerinage de la Pentecôte se tient encore.
Le jugement du parc sur le bâtiment, lu dans son paragraphe entier et non coupé, ne se retourne pas : vestiges extrêmement spectaculaires de cette église de pèlerinage, dont l’échelle est sans rapport avec celle des églises de la campagne environnante, et monument exceptionnel et sans équivalent dans le parc du Gâtinais.
Le chantier, lui, est porté par une association créée en juillet 1983, qui compte six tranches de travaux déjà réalisées avec l’appui de l’État, de la Région, du Département et de la commune, et qui indique avoir versé soixante-dix mille euros pour la part communale restant à charge. Une étude préalable a été conduite en 1991 par un architecte en chef des monuments historiques, suivie de consolidations du bras sud du transept, de l’escalier d’accès au trésor, de la tourelle d’escalier et du clocher. La septième tranche porte sur le beffroi fissuré puis sur la toiture, mais nous ne donnons pas son calendrier : la page de l’association se contredit trois fois sur ses propres dates.
Deux pertes récentes, enfin, qui ne doivent rien à la ruine de 1675. Le parc note le vol d’une piéta de bois du quinzième siècle, remplacée par son image à l’échelle un. Et la commune attribue la casse d’un vitrail du transept sud à une tempête de janvier 2023 qu’elle appelle Gaspard, quand la tempête nommée qui a frappé le nord-ouest de la France dans la nuit du 15 au 16 janvier 2023 s’appelait Gérard, nom que la page de l’association emploie elle-même pour ces baies du transept sud. Nous reprenons l’épisode, pas le nom.
Sources : notice de protection PA00087053 du ministère de la Culture, lue dans l’export national des immeubles protégés, quarante-six mille sept cent soixante-une notices, pour le classement par liste de 1846, la mention partiellement ruinée et la valeur opposable de la notice ; fiche édifice de l’église Saint-Mathurin du parc naturel régional du Gâtinais français, série sur les églises et chapelles, pour la vente des pierres de nef jusqu’au classement, le plan d’origine, ce qui reste hors d’eau, la chronologie des destructions, la mention 1843 ou 1846, le vol de la piéta, le mobilier signalé et le jugement sur l’échelle du bâtiment ; association culturelle de Larchant, pages sur le plan de l’église et la tour-clocher, pour les cinquante-sept mètres dont trente-quatre couverts, les dimensions du transept, du chœur et de la tour, le pilier de l’angle sud-ouest, l’association créée en juillet 1983, les six tranches réalisées et les soixante-dix mille euros de part communale ; page officielle de la commune de Larchant, pour le classement qu’elle date de 1843, l’écroulement de la tour en 1675, l’incendie de 1568, l’ancien cimetière et la tempête qu’elle nomme Gaspard ; office de tourisme du pays de Nemours, pour la construction commencée vers 1176 et le pèlerinage de la Pentecôte, sa page reprenant mot pour mot le texte de l’association sur l’angle sud-ouest et l’incendie de 1490 ; notices PM77000926 et PM77004092 de la base Palissy du ministère de la Culture, pour la cloche classée le 2 octobre 1942, son inscription du 22 octobre 1678, l’année de création 1698 portée par la même notice, et le banc d’œuvre inscrit le 28 avril 1982 sous l’appellation basilique ; décret du 23 juin 2026 portant renouvellement du classement du parc, publié au Journal officiel du 24 juin 2026, pour les soixante-douze communes classées et les treize communes du périmètre de classement potentiel ; export national des immeubles protégés interrogé par nos soins le 2 novembre 2026, pour les vingt-cinq notices portant partiellement ruiné, les décomptes par liste du dix-neuvième siècle, les cent neuf notices et les quarante-neuf édifices religieux du périmètre, les quatorze communes sans notice, les trois notices portant une mention de ruine, le rang chronologique de Larchant et les quatre notices de la commune ; interface publique des données communales pour la population et la surface de Larchant, et les coordonnées de l’export pour la distance de deux kilomètres six cent quinze, calculée et non estimée. Ne sont pas établis : la date réelle du classement, le jour du 25 septembre 1675, l’objet de la mention du 18 avril 1914, le titre de basilique mineure, le calendrier et le coût de la septième tranche, et le détail des notices de mobilier signalées par la fiche du parc.

