Un arrêté de 1995 lui donne pour premier objectif de fournir des chamois à d’autres montagnes : la réserve de chasse des Bauges

Vue aérienne des crêtes calcaires du massif des Bauges et de ses versants boisés
Le massif des Bauges vu du sud : des crêtes de calcaire nu au-dessus de versants entièrement boisés. Photo : Carsten Steger, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

La réserve nationale de chasse et de faune sauvage des Bauges a sept objectifs officiels. Le premier, celui que l’arrêté cite avant tous les autres, est la gestion du chamois en vue de la capture de reproducteurs destinés au repeuplement.

Autrement dit, cette montagne est organisée depuis trente ans pour fournir des chamois à d’autres montagnes. La formule vient d’un arrêté ministériel du 6 janvier 1995, et un arrêté interdépartemental du 23 août 2018 la reprend telle quelle.

Il y a pourtant une chose que ce texte ne dit pas, et que nous avons trouvée ailleurs : les exportations de chamois ont cessé en 1998.

Un premier objectif reconduit en 2018, pour une pratique arrêtée en 1998.

Ce que l’arrêté assigne, et ce qu’il n’oblige pas

L’article 2 de l’arrêté de 1995 énumère sept objectifs, et le premier est donc celui-là. Il faut le lire pour ce qu’il est : un objectif assigné à une réserve, pas une obligation de résultat ni un programme de captures.

Le texte de 2018 ne crée rien de nouveau sur ce point. Il reconduit la réserve et reprend la même liste. C’est une seule chaîne juridique, et nous ne la comptons pas pour deux sources, même si deux autorités différentes l’ont signée.

Ce que nous pouvons établir par ailleurs, c’est que la pratique a existé. Une étude de faisabilité publiée par une préfecture mentionne des lâchers dans les Vosges en 1956, 1959 et 1970, de onze, deux et trois chamois, venus pour partie de cette réserve. Une publication naturaliste décrit vingt-sept individus relâchés en 1991 et 1992 dans les Alpes-Maritimes, venus du parc national du Mercantour et de cette même réserve.

Ce que nous n’écrirons pas : que les chamois des Alpes ou du Massif central viendraient des Bauges. Dans les deux cas documentés, les provenances sont mêlées et aucune source ne dit combien venaient d’ici. Pour le Massif central, la chaîne passe d’ailleurs par une autre réserve, dans les Vosges : cela fait au moins trois maillons, et trois maillons ne font pas une filiation.

Six cent trente-deux, et pourquoi ce chiffre n’est pas dans notre titre

Une publication de l’établissement public qui cogère la réserve, parue en 2014 dans sa revue, donne un total : six cent trente-deux chamois exportés entre 1956 et 1998, pour renforcer d’autres populations dans les Alpes. Elle détaille même deux périodes, cent vingt et un animaux entre 1982 et 1991, cent quarante-cinq entre 1992 et 1998.

Ce chiffre ne repose que sur cette source. Notre vérification n’a trouvé aucune autre publication qui le recoupe. C’est pour cette raison qu’il figure dans le corps de cet article et non dans son titre.

La même publication donne la phrase qui compte vraiment pour comprendre le sujet : les exportations cessent en 1998. L’objectif reste inscrit en tête de l’arrêté de 2018, vingt ans après.

ÉlémentValeurSource
Premier objectifcapture de reproducteurs pour le repeuplementarrêté du 6 janvier 1995, article 2
Reconductionarrêté interdépartemental du 23 août 2018même chaîne juridique
Surface5 201 ha 76 a 44 caarrêté de 2018, article 2
Communesonze, sept en Savoie et quatre en Haute-Savoiemême arrêté
Chamois exportés632 entre 1956 et 1998revue de l’établissement gestionnaire, source unique
Premier comptage organisé92 individus en 1951même revue
Point culminant2 217 mètresgestionnaire et autorité environnementale
Protections au titre des monuments historiquesune notice pour le mot Baugesexport national, vérifié par nous
La ligne des 632 chamois n’a qu’une source : elle est donnée ici, pas dans le titre.

Une population reconstituée depuis moins de cent

La même revue retrace l’histoire des effectifs, et elle explique pourquoi cette montagne a pu devenir un réservoir. Une première estimation de 1943, faite par les gardes, donne environ deux cent quarante chamois pour la réserve et sa périphérie proche.

Au sortir de la guerre, il en reste moins d’une centaine. Le premier comptage organisé, en 1951, en dénombre quatre-vingt-douze. Une épizootie de kératoconjonctivite frappe pendant l’hiver 1977 et 1978.

Les captures scientifiques commencent en 1985, et la décision de faire de ce lieu un site de prélèvement pour réintroduire ailleurs remonte à 1969, selon l’historique que publient les gestionnaires. La réserve, elle, est bien plus ancienne : réserve domaniale des Eaux et Forêts en 1913, réserve domaniale cynégétique par décret en 1939 sur trois mille huit cents hectares, réserve nationale de chasse par arrêté en 1955 sur quatre mille soixante-dix.

Nous n’avons pas trouvé de comptage officiel récent, daté et publié. Des valeurs circulent pour la population actuelle, mais sans méthode ni source : nous ne les reprenons pas.

Ce qui est interdit, et à quelle hauteur

L’arrêté de 2018 vaut aussi pour ce qu’il interdit, et ses règles sont inhabituelles pour un massif fréquenté. Son article 4 interdit le survol à moins de trois cents mètres du sol, motorisé ou non, drones compris, sauf pour les missions de service public. Les aéronefs à moteur doivent en outre rester à plus de trois cents mètres de tout relief.

  • Les chiens y sont interdits même tenus en laisse, avec des dérogations pour les chiens de service, de berger et d’avalanche.
  • Le camping, le bivouac et les feux sont interdits.
  • Le vélo tout terrain n’est autorisé que sur des sentiers listés.
  • Les appareils sonores et lumineux sont interdits, et les prises de vues commerciales soumises à autorisation.
  • Les pratiques aériennes sportives non motorisées restent autorisées dans quatre zones cartographiées.

La chasse est interdite, avec la possibilité d’un plan de prélèvement scientifique annuel pour cinq espèces. Nous n’avons pas vérifié que cet arrêté est toujours en vigueur à la date où nous écrivons, et nous le signalons plutôt que de le supposer.

Un géoparc, mais depuis quand exactement

Le massif est présenté un peu partout comme géoparc mondial de l’UNESCO depuis 2011. La formule est un raccourci, et il vaut la peine de la défaire.

En 2011, le territoire a été admis dans le réseau européen des géoparcs, lors d’une conférence tenue en Norvège en septembre. Les résumés de cette conférence l’appellent encore géoparc candidat, ce qui est cohérent avec une admission prononcée pendant l’assemblée.

Le label Géoparc mondial UNESCO, lui, n’existait pas : il a été créé par la Conférence générale de l’UNESCO en novembre 2015. Avant cette date, le territoire n’était donc pas un géoparc de l’UNESCO au sens du label actuel, même si plusieurs documents officiels écrivent aujourd’hui l’inverse.

Une précision supplémentaire, qui n’est pas un détail : un label de géoparc n’est pas une protection réglementaire. Il n’interdit rien et n’oblige à rien, contrairement à l’arrêté qui régit la réserve de chasse.

Deux mille deux cent dix-sept mètres, sur une limite

Le point culminant du massif est l’Arcalod, à 2 217 mètres. La valeur est donnée par le gestionnaire de la réserve et recoupée par un avis de l’autorité environnementale, qui écrit que l’altitude du parc est comprise entre 260 et 2 217 mètres.

Nous avons voulu la vérifier nous-mêmes, et nous disons comment. Nous avons interrogé le service d’altimétrie national sur une grille de cinquante et un points par cinquante et un, centrée sur les coordonnées du sommet. Le maximum trouvé est de 2 217,1 mètres. Ce n’est pas un second chiffre à opposer au premier : c’est la même altitude, retrouvée par un échantillonnage au pas d’une vingtaine de mètres, sur un modèle que l’IGN diffuse à un mètre et à cinq mètres de résolution.

Le même interrogatoire nous a appris autre chose. Le point que nous avons trouvé tombe sur la commune de Faverges-Seythenex, en Haute-Savoie, mais un déplacement de cent mètres vers l’est, l’ouest ou le sud le fait basculer dans celle de Jarsy, en Savoie. Le sommet est donc sur la limite des deux départements, et les deux communes figurent dans l’arrêté de la réserve.

Presque rien au titre des monuments historiques

Nous avons interrogé nous-mêmes, le 31 octobre 2026, l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, qui compte 46 761 notices. Une recherche libre sur le nom du massif en rend une seule : une ancienne chartreuse, inscrite le 20 janvier 1994.

Ce n’est pas un jugement sur le patrimoine du massif, qui compte d’autres édifices protégés sous leurs propres noms de commune. C’est une indication de méthode : dans ce pays, la protection qui pèse sur le territoire n’est pas celle des monuments historiques, mais celle d’un arrêté de réserve, d’un décret de parc et d’un label.

Le classement du parc naturel régional a d’ailleurs sa propre chronologie, faite de textes successifs : un décret de 1995, un prolongement en 2005, un nouveau classement par décret du 30 juillet 2008 jusqu’au 6 décembre 2019, une prorogation par décret en 2018, une prorogation générale par une loi de 2021, puis un renouvellement par décret du 6 septembre 2025, pour quinze ans.

Vu d’en haut, les Bauges sont une cuvette de calcaire fermée par des crêtes, posée entre le lac du Bourget et le lac d’Annecy, au-dessus des vallées urbanisées qui l’entourent. Au milieu, cinq mille deux cents hectares où l’on ne peut ni chasser, ni camper, ni voler à moins de trois cents mètres du sol, et d’où sont partis des chamois pour les Vosges et pour les Alpes-Maritimes.

Sources : arrêté ministériel du 6 janvier 1995 relatif à la réserve nationale de chasse et de faune sauvage des Bauges, article 2, pour les sept objectifs et le premier d’entre eux ; arrêté interdépartemental du 23 août 2018, lu en entier, pour la reconduction, la surface de 5 201 hectares, les onze communes et les interdictions de l’article 4 ; revue de l’établissement public gestionnaire, numéro de 2014, pour l’histoire des effectifs, le premier comptage de 1951, l’épizootie de 1977 et 1978, les six cent trente-deux chamois exportés entre 1956 et 1998 et l’arrêt des exportations, source unique pour ces chiffres ; étude de faisabilité publiée par une préfecture, pour les lâchers dans les Vosges ; publication naturaliste régionale, pour les lâchers de 1991 et 1992 dans les Alpes-Maritimes ; pages du gestionnaire de la réserve et avis de l’autorité environnementale d’avril 2023, pour l’altitude de l’Arcalod ; service d’altimétrie national et interface de données géographiques de l’État, interrogés par nos soins, pour notre propre mesure et pour la limite communale ; résumés de la conférence du réseau européen des géoparcs de septembre 2011 et communication de l’UNESCO sur la création du label en novembre 2015 ; décrets de classement et de renouvellement du parc naturel régional, dont celui du 6 septembre 2025 ; export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, 46 761 notices, interrogé par nos soins le 31 octobre 2026. Le procès-verbal d’admission au réseau des géoparcs n’a pas été lu, et nous n’avons pas vérifié que l’arrêté de 2018 est toujours en vigueur.

Questions fréquentes

Que dit exactement l'arrêté de 1995 ?

Son article 2 fixe sept objectifs à la réserve, et le premier est la gestion du chamois en vue de la capture de reproducteurs destinés au repeuplement. Autrement dit, le texte organise l'endroit pour qu'il fournisse des animaux à d'autres massifs. Un arrêté interdépartemental qui porte deux dates de signature, le 23 août 2018 à Chambéry et le 31 août 2018 à Annecy, reprend cette liste à l'identique et dans le même ordre : c'est la même chaîne juridique, pas une seconde décision indépendante.

Des chamois des Bauges ont-ils vraiment été lâchés ailleurs ?

Oui, et c'est établi par deux documents indépendants du texte de 1995. Une étude de faisabilité publiée par une préfecture mentionne des lâchers dans les Vosges en 1956, 1959 et 1970, de onze, deux et trois chamois, venus pour partie de cette réserve. Une publication naturaliste décrit vingt-sept individus relâchés en 1991 et 1992 dans les Alpes-Maritimes, venus du parc national du Mercantour et de cette même réserve. Dans les deux cas les provenances sont mêlées, et nous ne pouvons pas dire combien venaient des Bauges.

Combien de chamois ont été exportés ?

Une publication de l'établissement public qui cogère la réserve donne un total de six cent trente-deux chamois exportés entre 1956 et 1998, pour renforcer d'autres populations dans les Alpes. Ce chiffre ne repose que sur cette source, et nous ne l'avons pas recoupé. Un autre nombre, plus bas, circule par ailleurs. Nous le donnons donc en l'attribuant, et jamais comme un acquis.

Que peut-on faire dans cette réserve ?

Moins de choses qu'ailleurs. L'arrêté de 2018 y interdit la chasse, sous réserve d'un plan de prélèvement scientifique annuel, et son article 4 interdit le survol à moins de trois cents mètres du sol, motorisé ou non, drones compris, sauf missions de service public. Les chiens y sont interdits même en laisse, avec des dérogations pour les chiens de service, de berger et d'avalanche, et le camping, le bivouac et les feux le sont aussi. Nous n'avons pas vérifié que cet arrêté est toujours en vigueur.

Le massif est-il un géoparc de l'UNESCO depuis 2011 ?

Pas au sens du label actuel. En 2011, le territoire a été admis dans le réseau européen des géoparcs, lors d'une conférence tenue en Norvège. Le label Géoparc mondial UNESCO, lui, a été créé par la Conférence générale de l'UNESCO en novembre 2015. Dire que le massif est géoparc mondial de l'UNESCO depuis 2011 est donc un raccourci, même s'il est repris par plusieurs documents officiels.
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