Arrêté en 1985, son démantèlement doit s’achever au plus tard le 31 décembre 2041 : le réacteur des monts d’Arrée

Le bâtiment réacteur de la centrale des monts d'Arrée derrière sa clôture
La centrale des monts d'Arrée : le bâtiment réacteur en béton, la halle et la clôture du site. Photo : Moreau.henri, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Le réacteur de la centrale nucléaire des monts d’Arrée, seule installation nucléaire de base que l’autorité de sûreté recense en Bretagne, a cessé de produire le 31 juillet 1985. Le décret autorisant son démantèlement complet a été signé le 26 septembre 2023.

Trente-huit ans séparent les deux dates. Et le texte fixe une échéance : les opérations doivent être achevées au plus tard le 31 décembre 2041, soit cinquante-six ans après l’arrêt de la production.

Nous écrivons au plus tard, et non pas avant, parce que c’est ce que dit l’article 4 du décret. Une échéance n’est pas une date d’achèvement.

Trente-huit ans pour obtenir le décret, dix-huit ans au plus pour finir le chantier.

Ce que le décret dispose

Le texte en vigueur est la version consolidée d’un décret de 1996, modifiée par un décret du 26 septembre 2023, publié au Journal officiel le 28 septembre et en vigueur depuis le 29. Son article 4 fixe l’achèvement des opérations au plus tard au 31 décembre 2041.

Le même décret prévoit, à l’étape 2, la démolition des bâtiments et des structures jusqu’à un niveau d’au moins un mètre par rapport au niveau du terrain actuel, et un état final du site au moins compatible avec une utilisation à des fins industrielles non nucléaires. La Cour des comptes note par ailleurs une exception propre à ce site, où un assainissement poussé, et non complet, a été accepté pour les sols d’une station de traitement des effluents.

La procédure a été longue parce qu’elle a été interrompue. Selon la réponse de l’exploitant à la commission d’enquête, le processus réglementaire s’est arrêté deux fois : en 2007, par l’annulation d’un décret, et en 2012, parce que la demande de démantèlement déposée en 2011 n’a pas été instruite, le permis de construire de l’installation d’entreposage ICEDA ayant été annulé. Un décret de démantèlement partiel avait été pris en 2011, après une demande déposée en 2008.

Le chiffre le plus parlant n’est pas le coût brut

Les devis de ce chantier ont beaucoup augmenté, et la Cour des comptes les a suivis. En 2012, le devis à terminaison était estimé à 486 millions d’euros de 2018. En 2018, il s’élevait à 666 millions, en hausse d’environ trente-sept pour cent, dont 352 millions déjà dépensés.

Mais le chiffre qui dit le mieux la situation n’est pas un montant, c’est un ratio, et il vient du même document. Ramené à l’électricité que le réacteur a produite, le coût du démantèlement passe de 76,9 à 105,7 euros de 2018 par mégawattheure entre les deux devis.

Le même tableau donne, pour les autres réacteurs arrêtés du même exploitant, 12,7 euros par mégawattheure, 22,9, puis 24,8, 47,8, et 221,4 pour un cas particulier. Ce réacteur-là est donc, par mégawattheure produit, le deuxième démantèlement le plus cher de ce parc arrêté.

La raison est arithmétique : il a peu produit. La Cour des comptes donne environ six mille deux cents gigawattheures sur toute sa vie, et un autre tableau du même document écrit six mille trois cent vingt. Nous citons les deux plutôt que d’en choisir un.

ÉlémentValeurSource
Arrêt de la production31 juillet 1985autorité de sûreté ; la Cour des comptes ne donne que l’année
Décret de démantèlement complet26 septembre 2023Journal officiel
Échéance d’achèvementau plus tard le 31 décembre 2041article 4 du décret en vigueur
Devis à terminaison en 2012486 millions d’euros de 2018Cour des comptes, 2020
Devis à terminaison en 2018666 millions d’euros de 2018même source
Coût par mégawattheure produitde 76,9 à 105,7 euros de 2018même source
Déchets attendusenviron 7 500 tonnesexploitant, cité par la commission d’enquête
Effectifsenviron 250 en exploitation, environ 80 en 2020Cour des comptes, 2020
Les trois lignes de coût sont exprimées en euros de 2018 : elles se comparent entre elles, pas à un montant annoncé une autre année.

Une commune dans les textes, deux dans l’enquête

Il y a dans ce dossier une anomalie administrative que nous n’avons pas su résoudre, et que nous signalons telle quelle.

Trois textes publiés au Journal officiel situent l’installation sur la commune de Loqueffret : le décret de 1996, l’intitulé d’un avis de l’autorité de sûreté publié en septembre 2023, et un arrêté de 2011 sur les rejets. Aucun ne nomme Brennilis.

Le rapport de la commission d’enquête publique et l’arrêté préfectoral qui l’a ouverte décrivent pourtant le projet comme situé sur le territoire des communes de Brennilis et de Loqueffret. Et c’est bien le nom de Brennilis qui est resté dans l’usage courant.

Nous n’avons trouvé aucun document qui explique cet écart. Nous ne l’expliquons donc pas, et nous nous gardons d’en tirer une conclusion sur l’emprise réelle de l’installation, que nous n’avons pas vue cartographiée.

Même dans un siècle, il faudrait encore des robots

La commission d’enquête a posé à l’exploitant une question simple : combien de temps faudrait-il attendre pour démanteler sans robot ? La réponse mérite d’être citée, et nous l’attribuons.

La réponse de l’exploitant : le débit de dose le plus important se situe au centre de la cuve, tout au début des travaux ; en se fondant de manière simplifiée sur la décroissance du cobalt 60, principal contributeur au rayonnement, il faudrait une centaine d’années pour qu’un travailleur puisse intervenir dans l’ambiance radiologique la plus faible, celle des zones où le débit de dose ambiant est compris entre 7,5 et 25 microsieverts par heure. L’exploitant ajoute que, même après cette attente, les opérations seraient malgré tout encore réalisées par des robots téléopérés, pour un enjeu de sécurité conventionnelle sans lien avec le risque nucléaire.

Le même mémoire donne les tonnages attendus : six mille tonnes de déchets de très faible activité, mille quatre cents tonnes de faible et moyenne activité à vie courte, vingt tonnes de la même catégorie en attente de reclassement, dix tonnes de moyenne activité à vie longue, et un total qui restera d’environ sept mille cinq cents tonnes. La caractérisation des sols a demandé plus de cent dix sondages, deux mille neuf cents analyses chimiques et deux mille quatre cents analyses radiologiques.

L’enquête publique, elle, s’est tenue dans un climat moins hostile que la précédente. La commission a reçu trois cent vingt-neuf contributions formant un millier d’observations, et compté deux cent cinq avis favorables, sept favorables sous condition et soixante-treize défavorables. Une pétition portait deux mille sept cent dix-neuf noms. La commission note que le nombre d’avis défavorables est resté stable par rapport à l’enquête de 2009, soixante-treize contre soixante-sept.

Une tourbière multipliée par sept, à côté

Le même massif a connu, la même année, une décision d’un tout autre genre. Un décret du 23 mai 2023 étend la réserve naturelle nationale du Venec, une tourbière du Yeun Elez, sur la commune de Brennilis.

Sa notice précise que la réserve couvrait environ quarante-sept hectares avant extension, et qu’elle atteindra environ trois cent trente-quatre hectares, dont trois cent vingt-six cadastrés. Le même décret abroge celui de 1993 qui l’avait créée. La surface est donc multipliée par sept, trente ans après la création.

Les deux dossiers se touchent géographiquement : le réacteur a été bâti au bord de ce même Yeun Elez. L’un entre dans un chantier de démolition qui durera au plus jusqu’en 2041, l’autre vient de voir son périmètre élargi.

Presque rien de protégé au titre des monuments historiques

Nous avons interrogé nous-mêmes, le 31 octobre 2026, l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, qui compte 46 761 notices. Deux constats, qui valent comme preuves pour ce corpus fermé.

  • La chapelle Saint-Michel, au sommet du mont Saint-Michel de Brasparts, n’y figure pas : les deux seules notices de Brasparts portent sur l’église paroissiale et sur les alignements d’An Eured Veign, et la seule chapelle Saint-Michel du Finistère présente dans cet export est à Douarnenez.
  • Botmeur, l’une des communes de ce haut pays, n’a aucun immeuble protégé dans cet export.

Ce n’est pas un jugement sur la valeur des lieux. C’est un rappel utile : dans ce massif, les décisions qui pèsent sur le territoire sont des décrets d’installation nucléaire et de réserve naturelle, pas des arrêtés de protection d’immeubles.

Vu d’en haut, le site est un bâtiment gris posé au bord d’un plan d’eau, dans une cuvette de landes rases et de tourbières, dans le même bassin du Yeun Elez que la réserve naturelle. Le réacteur a produit pendant une vingtaine d’années. Son démantèlement a, pour l’instant, un terme : le 31 décembre 2041.

Sources : décret du 31 octobre 1996 dans sa version en vigueur, modifiée par le décret du 26 septembre 2023, pour l’échéance du 31 décembre 2041 et l’état final visé ; avis de l’autorité de sûreté publié au Journal officiel le 28 septembre 2023, et fiche de contrôle du même régulateur, pour les dates d’exploitation et d’arrêt ; communication de la Cour des comptes à la commission des finances du Sénat, février 2020, pour les devis de 2012 et 2018, le coût par mégawattheure produit, la production totale, les effectifs et l’exception d’assainissement ; rapport et avis de la commission d’enquête publique de la préfecture du Finistère du 2 mars 2022, pour les tonnages de déchets, la caractérisation des sols, la participation et la réponse de l’exploitant sur la centaine d’années ; trois textes au Journal officiel situant l’installation sur la commune de Loqueffret ; décret du 23 mai 2023 étendant la réserve naturelle nationale du Venec ; interface de données géographiques de l’État pour les données communales ; export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, 46 761 notices, interrogé par nos soins le 31 octobre 2026. Le chiffre de 482 millions d’euros avancé en 2005 n’est connu que par une chaîne régionale, celui de 850 millions par un communiqué départemental, et aucune source de l’exploitant n’a pu être lue en direct.

Questions fréquentes

Que dit exactement le décret ?

L'article 4 du texte en vigueur dispose que les opérations de démantèlement doivent être achevées au plus tard le 31 décembre 2041. C'est une échéance, et non une date d'achèvement : rien n'interdit qu'elles se terminent plus tôt. Ce texte est la version consolidée d'un décret de 1996, modifiée par un décret du 26 septembre 2023, publié au Journal officiel le 28 septembre.

Pourquoi trente-huit ans entre l'arrêt et ce décret ?

Parce que la procédure a été interrompue deux fois, selon la réponse de l'exploitant à la commission d'enquête : en 2007 par l'annulation d'un décret, et en 2012 parce que la demande déposée en 2011 n'a pas été instruite, le permis de construire de l'entreposage ICEDA ayant été annulé. Un décret de démantèlement partiel, bloc réacteur exclu, avait été pris en 2011 après une demande de 2008. L'exploitant invoque aussi la spécificité de la filière à eau lourde et le caractère pilote du chantier.

Combien coûte ce démantèlement ?

Les devis ont fortement augmenté. La Cour des comptes écrit qu'en 2012 le devis à terminaison était estimé à 486 millions d'euros de 2018, et qu'en 2018 il s'élevait à 666 millions, en hausse d'environ trente-sept pour cent. Un chiffre de 850 millions a été annoncé en 2021 par un conseil départemental. Nous donnons ces valeurs avec leur année et leur auteur : les deux devis de la Cour des comptes sont exprimés en euros de 2018 et se comparent entre eux, le montant annoncé en 2021 ne se compare à aucun des deux.

Pourquoi ne peut-on pas y travailler à mains nues ?

C'est la question qu'a posée la commission d'enquête, et la réponse de l'exploitant est frappante. Le débit de dose le plus important se situe au centre de la cuve, tout au début des travaux. En se fondant sur la décroissance du cobalt 60, principal contributeur au rayonnement, il faudrait, écrit-il, une centaine d'années pour qu'un travailleur puisse intervenir dans l'ambiance radiologique la plus faible. Il ajoute que, même après cette attente, les opérations seraient encore réalisées par des robots téléopérés, pour un motif de sécurité conventionnelle. Attendre ne remplacerait donc pas les robots par des hommes.

L'installation est-elle à Brennilis ou à Loqueffret ?

Les textes ne disent pas la même chose. Trois textes publiés au Journal officiel, dont le décret de 1996 et un avis de l'autorité de sûreté de 2023, situent l'installation sur la commune de Loqueffret. Le rapport de la commission d'enquête et l'arrêté préfectoral qui l'a ouverte portent, eux, sur les communes de Brennilis et de Loqueffret. Nous n'avons trouvé aucun document qui explique cet écart, et nous ne l'expliquons donc pas.
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