Inscrite en 1987, classée en totalité le 17 avril 2025 avec plus de soixante meurtrières : l’église de Plomion

Le donjon de brique de l'église de Plomion, ses deux tours rondes et ses meurtrières
Le donjon de l'église de Plomion : la brique sur un soubassement de pierre, deux tours rondes, et les fentes des meurtrières. Photo : René Hourdry, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

L’église Notre-Dame de Plomion, dans l’Aisne, est classée monument historique en totalité depuis le 17 avril 2025. L’arrêté décrit son système défensif : un donjon, des tourelles, des échauguettes, et plus de soixante meurtrières.

Quarante-deux d’entre elles sont sur le seul donjon et ses tourelles. C’est la formule même du texte, et c’est ce qui fait de cet édifice un cas d’école des églises fortifiées de Thiérache.

Le classement remplace une inscription du 9 juillet 1987. Autrement dit, cette église que la direction régionale des affaires culturelles tient pour l’un des exemples les plus remarquables de Thiérache n’avait, jusqu’à l’an dernier, qu’une protection de second rang.

Plus de soixante meurtrières, dont quarante-deux sur le donjon et les tourelles.

Trois états du droit, et non trois contradictions

La protection de cette église s’est faite en trois temps, et il faut les lire dans l’ordre pour ne pas s’y perdre.

  • Un arrêté du 1er juin 1927 inscrit le clocher et les deux échauguettes du transept, donc une partie seulement.
  • Un arrêté du 9 juillet 1987 inscrit l’église en totalité, et se substitue au précédent pour ce qu’il couvrait.
  • L’arrêté du 17 avril 2025 la classe en totalité, et se substitue à celui de 1987.

Ce ne sont pas trois décisions contradictoires : ce sont trois états successifs du droit, dont chacun remplace le précédent. Nous l’écrivons parce que plusieurs pages consacrées à cette église donnent d’autres dates, dont un classement en 1994 qui ne figure nulle part dans la base nationale.

Nous avons vérifié l’état courant nous-mêmes, le 31 octobre 2026, dans l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, qui compte 46 761 notices. Il donne bien, pour Plomion, le classement du 17 avril 2025, la mention en totalité, et le numéro de parcelle.

Ce que l’arrêté dit, et ce qu’il ne dit pas

Le considérant du texte est précis sur ce qu’il protège. Il tient l’église pour un exemple abouti des églises-forteresses reconstruites sur une base médiévale aux seizième et dix-septième siècles, et il justifie le classement par la qualité des dispositions architecturales et par l’ampleur du système défensif.

Il faut lire cette phrase avec soin, parce qu’elle est facile à élargir. Les deux siècles qu’elle nomme qualifient les églises-forteresses en général, pas le chantier de Plomion. L’arrêté ne date pas le donjon, ne cite aucun document d’archives et ne dit rien des objets mobiliers.

Son article premier donne en revanche des éléments que personne ne conteste : l’église est située place de l’Église, sur une parcelle de 1 910 mètres carrés, et elle appartient à la commune, propriétaire depuis une date antérieure à 1956.

Deux chiffres qui n’ont pas la même force : le plus de soixante meurtrières vient de l’arrêté. Une étude publiée en 1979, dont une revue d’architecture a rendu compte en 1981, parle bien de pas moins d’une soixantaine de fentes de tir de tailles et de formes diverses, mais cette note situe le relevé dans la seule tour-porche, appelée donjon, là où l’arrêté compte sur tout l’édifice. Ce n’est donc pas un recoupement, c’est un décompte sur un autre périmètre, et nous le disons. Le quarante-deux, lui, ne vient que du ministère, dans l’arrêté et dans la notice. Nous le donnons en le lui attribuant.

Pourquoi nous ne comptons pas les églises fortifiées

C’est la question que tout le monde pose, et c’est celle à laquelle nous ne répondrons pas par un chiffre. Nous n’avons trouvé aucun inventaire publié, signé et daté qui couvre l’ensemble de la Thiérache.

Les valeurs qui circulent ne portent pas sur le même territoire. Une cinquantaine d’édifices recensés dans une étude rédigée en 1959 par un sous-préfet de Vervins, dont le site qui rapporte le chiffre ne dit pas le périmètre. Soixante-et-onze dans un texte qui ne dit pas son périmètre. Une soixantaine chez un office de tourisme, sans source. Soixante-quatre encore debout dans l’Aisne et quatorze disparues, dans l’estimation d’une passionnée de Vervins à qui le spécialiste du sujet a légué ses fonds d’archives. Environ quatre-vingt-dix à cent chez un éditeur, pour trois départements.

Elles ne portent pas non plus sur la même date, ni sur la même définition. Une église à donjon et une église à simples tourelles ne sont pas la même chose, et les comptes incluent ou non les édifices détruits ou reconstruits au dix-neuvième siècle.

ÉlémentValeurStatut
Classement de Plomion17 avril 2025, en totalitéarrêté et export national
Protection précédenteinscription du 9 juillet 1987même arrêté, article 2
Première protectionclocher et deux échauguettes, 1er juin 1927notice de la base nationale
Meurtrièresplus de soixantearrêté ; une étude de 1979 compte aussi une soixantaine, sur un autre périmètre
Dont sur le donjonquarante-deuxministère seul
Églises fortifiées de Thiéracheaucun inventaire signé trouvéles valeurs publiées diffèrent selon le périmètre et la date
Notices de l’Aisne au vocabulaire défensifvingt-sixnotre comptage, un plancher
La dernière ligne est notre mesure dans l’export : elle compte les notices qui emploient ce vocabulaire, pas les églises fortifiées.

Nous avons fait notre propre comptage, et nous le donnons pour ce qu’il est. Dans l’export national, vingt-six notices d’églises de l’Aisne emploient dans leur texte au moins un des mots fortifié ou fortification, donjon, meurtrière, échauguette ou refuge. Onze sont classées, quinze inscrites, et vingt-trois citent la brique.

Ce vingt-six est un plancher, jamais un total. Beaucoup de notices protégées n’ont aucun texte historique et échappent donc à toute recherche par mot-clé : c’est le cas de plusieurs églises fortifiées bien connues du pays. Une absence de mot dans une notice ne dit rien de la présence d’une fortification.

Des dates gravées plutôt que des datations

Ce qui frappe, en lisant ces notices les unes après les autres, c’est que presque toutes les dates précises viennent d’une inscription portée sur le bâtiment lui-même. Nous n’avons trouvé aucune analyse des bois qui daterait un de ces donjons.

  • À Gronard, un chapiteau porte la date 1537.
  • À Hary, la notice date le donjon de 1619 et 1620 ; d’autres pages parlent d’une date gravée sur la clé de voûte du porche.
  • À Saint-Algis, trois dates sont inscrites en briques vernissées, dont deux restent lisibles, 1687 et un millésime tronqué.
  • À Vigneux-Hocquet, le chœur est daté de 1537 et la salle de refuge compte deux échauguettes et quatre meurtrières.

Les historiens qui ont travaillé sur ce pays s’accordent sur le mouvement d’ensemble : les parties religieuses sont souvent médiévales, la partie défensive relève pour l’essentiel des seizième et dix-septième siècles. Ils divergent sur la dominante, l’un écrivant que la partie militaire date neuf fois sur dix du dix-septième siècle, un office de tourisme plaçant la majorité au seizième.

Notre propre lecture des notices ne les départage pas. Sur les vingt-six que nous avons relevées, douze donnent les deux siècles ensemble, huit le seizième seul, quatre le dix-septième seul. Les notices mélangent les deux, ce qui est sans doute la réponse la plus honnête.

Cinquante mille briques commandées en 1670

Une pièce rend tangible ce que signifie fortifier une église à l’échelle d’un village. Un acte du 1er avril 1670, conservé aux archives départementales de l’Aisne et rapporté par un site d’histoire locale, montre un briquetier s’engageant à livrer à la communauté de Plomion cinquante mille briques.

Le marché est détaillé : la communauté fournit le bois de cuisson, la terre prise dans un champ désigné et huit voitures de sable, et le briquetier cuit en meule sur place. Nous n’avons pas vu cet acte aux archives, et nous le rapportons donc à son auteur.

Il dit pourtant l’essentiel du sujet. Ces églises n’ont pas été fortifiées par un roi ni par un seigneur, mais par des communautés d’habitants qui achetaient leurs briques, désignaient le champ où prendre la terre et comptaient les voitures de sable. C’est ce que soutiennent les travaux de référence sur la question.

Vu d’en haut, Plomion est un village de brique rouge posé sur un plateau humide, et son église n’a pas la silhouette d’une église : une tour carrée massive, deux tours rondes accolées, un corps bas derrière. Depuis le 17 avril 2025, l’ensemble est classé, et quarante-deux des meurtrières que l’arrêté compte sont sur ce seul massif occidental, donjon et tourelles réunis.

Sources : arrêté du 17 avril 2025 portant classement de l’église Notre-Dame de Plomion, publié au bulletin officiel du ministère de la Culture, pour le considérant, l’article premier, l’article 2 et le décompte des meurtrières ; export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, 46 761 notices, interrogé par nos soins le 31 octobre 2026, pour l’état courant de la protection, pour les dates portées de Gronard, Hary, Saint-Algis et Vigneux-Hocquet, et pour notre comptage des vingt-six notices de l’Aisne ; note publiée en 1981 dans une revue d’architecture, rendant compte d’une étude de 1979 sur les meurtrières de la tour-porche de Plomion, pour un second décompte d’une soixantaine de fentes de tir, relevé sur un périmètre qui n’est pas celui de l’arrêté ; texte d’accompagnement d’un reportage de télévision de 1989, conservé par l’institut national de l’audiovisuel, pour les campagnes de fortification ; entretiens d’historiens locaux publiés par une chaîne régionale, pour l’estimation de soixante-quatre églises debout dans l’Aisne ; site d’histoire locale pour l’acte de 1670, rapporté sans vérification aux archives. Aucun inventaire publié, signé et daté des églises fortifiées de Thiérache n’a été trouvé, et aucune datation des bois n’a été rencontrée.

Questions fréquentes

Qu'a changé l'arrêté du 17 avril 2025 ?

Il fait passer l'église Notre-Dame de Plomion de l'inscription au classement, et il porte sur l'édifice en totalité. Son article 2 précise qu'il se substitue à l'arrêté d'inscription du 9 juillet 1987. Nous avons vérifié cet état dans l'export national des immeubles protégés, qui compte 46 761 notices : la notice de Plomion y porte bien la date du 17 avril 2025 et la mention en totalité, avec la parcelle.

Combien y a-t-il de meurtrières ?

L'arrêté écrit plus de soixante meurtrières, dont quarante-deux sur le donjon et les tourelles. Un second décompte existe, de main indépendante : une étude de 1979, dont une revue d'architecture a rendu compte en 1981, parle de pas moins d'une soixantaine de fentes de tir de tailles et de formes diverses. Cette note présente pourtant l'étude comme consacrée aux meurtrières de la seule tour-porche, appelée donjon, là où l'arrêté compte sur tout l'édifice et n'en met que quarante-deux sur le donjon et les tourelles. Les deux comptes ne portent donc pas sur le même périmètre, et nous ne présentons pas le second comme un recoupement du premier. Quant aux quarante-deux, ils ne reposent que sur le ministère, dans l'arrêté et dans la notice.

Combien d'églises fortifiées compte la Thiérache ?

Nous ne donnons pas de nombre, parce que nous n'avons trouvé aucun inventaire publié, signé et daté. Les valeurs qui circulent vont d'une cinquantaine à une centaine, mais elles ne portent ni sur le même territoire, ni sur la même date, ni sur la même définition du mot fortifiée. Une estimation donnée à une chaîne régionale par une passionnée de Vervins, à qui le spécialiste du sujet a légué ses fonds d'archives, parle de soixante-quatre églises encore debout dans l'Aisne et quatorze disparues. C'est une estimation, et nous l'écrivons comme telle.

Quand ces églises ont-elles été fortifiées ?

Pour l'essentiel aux seizième et dix-septième siècles, selon les historiens qui ont travaillé sur la région, alors que les parties proprement religieuses sont souvent bien plus anciennes. Les dates précises ne sont établies que là où le bâtiment porte une date gravée ou là où un acte d'archives est cité : 1537 sur un chapiteau à Gronard, 1687 en briques vernissées à Saint-Algis, et à Hary un donjon que la notice du ministère date des années 1619 et 1620 sans dire sur quoi elle s'appuie.

Qui a payé ces fortifications ?

La communauté d'habitants, le plus souvent, selon les travaux qui font référence sur le sujet. Un acte conservé aux archives départementales, rapporté par un site d'histoire locale que nous citons sans l'avoir vérifié aux archives, montre la communauté de Plomion commandant en 1670 cinquante mille briques à un briquetier, en fournissant elle-même le bois de cuisson, la terre et le sable.
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