Montée et descente séparées par une bande continue de pierres vers 1720 : la côte du Pal, chemin du Vivarais inscrit en 2023

Un hameau de Montpezat-sous-Bauzon et sa route en lacets, vus d'un versant
Au-dessus de Montpezat-sous-Bauzon : un hameau au fond d'un versant boisé, et la route qui remonte en lacets. Photo : Slagt, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Sur la côte du Pal, au-dessus de Montpezat-sous-Bauzon en Ardèche, une bande de pierres court au milieu de la chaussée pavée. Elle sépare la montée de la descente.

La notice de protection de l’État la décrit comme une bande continue de pierres distinguée par un relief. Un historien local écrivait la même chose en 2010, treize ans avant l’acte : le chemin fut caladé et séparé par le milieu, pour l’allée et le retour, par une assise de moellons qui existe aujourd’hui encore.

Ce chemin est inscrit au titre des monuments historiques depuis le 23 novembre 2023.

Une voie large de quatre mètres, avec un terre-plein de pierres au milieu, sur une montée de six cent trente-deux mètres.

Deux auteurs, la même observation

C’est ce qui fait la solidité de ce fait, et il vaut la peine de le dire d’emblée. Le texte de l’État et le texte de l’historien ne se citent pas, ne datent pas de la même décennie, et décrivent pourtant le même dispositif dans des mots différents.

Nous prenons soin, en revanche, de ne pas compter plusieurs fois la même voix. Trois pages consacrées à ce chemin sont signées de cet historien ou reprises de lui : elles ne font qu’une source. Et l’acte d’inscription, publié par la base nationale, par le Journal officiel, par la direction régionale et par le recueil préfectoral, reste un seul acte.

Ce que la notice ne dit pas d’une seule voix

La datation est le point faible du dossier, et c’est la notice elle-même qui l’affaiblit. Son dispositif date l’aménagement de 1680 et 1740, sa description écrit 1680 et 1720. Un document administratif qui se contredit d’une rubrique à l’autre ne tranche rien.

L’historien, lui, situe vers 1720 la construction des virages en épingle, et écrit que les plus anciens pavés ont été posés il y a environ trois cents ans. C’est pourquoi nous écrivons vers 1720, et non une date ferme.

Sur la largeur, les deux sources disent la même chose de deux façons. L’historien parle d’une largeur portée à quatre mètres lors d’une campagne ouverte en 1680 ; la notice écrit que la voie fut élargie à deux voies.

MesureValeurQui la donne
Bas de la section protégée590,72 mnotre mesure sur le service national d’altimétrie
Col du Pal1 222,72 mnotre mesure ; la notice écrit 1 223 m
Dénivelé632,00 mnotre calcul
Distance à vol d’oiseau3 322 mnotre calcul
Longueur du cheminenviron 6 kmchiffre d’une fondation, pas une mesure de notre part
Largeur de la chausséequatre mètreshistorien ; la notice dit élargie à deux voies
Inscription23 novembre 2023arrêté, et export national
Les trois premières lignes sont nos propres mesures. Le dénivelé et la distance ne se comparent pas à une longueur de chemin que nous n’avons pas mesurée.

Ce que les lacets font à la pente

Les chiffres ci-dessus permettent un calcul que nous donnons pour ce qu’il est, le nôtre. Six cent trente-deux mètres de dénivelé sur trois mille trois cent vingt-deux mètres à vol d’oiseau, cela ferait dix-neuf pour cent de pente en ligne droite, ce qui est impraticable pour un attelage.

Si l’on retient les six kilomètres de chemin qu’annonce une fondation, les lacets allongent le trajet de quatre-vingt-un pour cent et ramènent la pente moyenne à dix et demi pour cent. C’est exactement l’effet que la notice attribue aux lacets.

Une précaution sur ce calcul : nous n’avons pas mesuré la longueur développée du chemin, faute d’en avoir le tracé. Les six kilomètres sont un chiffre repris, et ils portent sur une montée de six cents à mille deux cents mètres, pas exactement sur la section protégée. Nos altitudes, elles, sont des mesures.

Sept siècles de réparations

Ce chemin n’est pas né en 1720. La notice de protection rappelle que Montpezat se trouvait au carrefour de trois routes antiques, et qu’un péage existait au Moyen Âge à l’entrée du village, sur le vin, le sel, la viande et le bois transportés par caravanes muletières. C’est l’historien, et non la notice, qui le dit établi depuis le treizième siècle environ.

  • En 1371, le roi de France, par son sénéchal, ordonne la réparation et l’amélioration de la côte du Pal.
  • En 1613, un rapporteur des états de la province décrit Montpezat comme la principale étape des troupes royales et des muletiers.
  • Le 21 janvier 1723, un paiement de soixante-quinze livres est fait à trois hommes, dont soixante livres pour l’entretien d’une année du chemin royal.
  • En 1785, la communauté de Montpezat délibère encore sur l’entretien des voies.

Puis la route recule. Au milieu du dix-huitième siècle, selon la notice, une route passant par un autre col détourne le commerce interrégional de la vallée. En 1843, la côte du Pal est répertoriée parmi les chemins vicinaux de la commune, et prend un numéro. C’est ce numéro que l’arrêté de 2023 reprend pour délimiter la protection.

Nous rapportons la plupart de ces dates à l’historien, qui renvoie à des cotes d’archives départementales et communales que nous n’avons pas consultées. Celles que la notice de l’État porte aussi sont signalées comme telles.

Une seule notice de ce type, mais pas un chemin unique

Nous avons interrogé nous-mêmes, le 31 octobre 2026, l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, qui compte 46 761 notices. La côte du Pal est la seule dont la dénomination soit exactement chemin.

Il serait pourtant faux d’en conclure que ce serait la seule voie protégée de France, et c’est le genre de phrase qu’il faut savoir ne pas écrire. Trente-neuf notices portent chemin, route ou voie comme terme autonome de dénomination. Deux autres anciennes routes d’époque moderne ont d’ailleurs été protégées dans les mêmes années, une en 2023 et une en 2025.

La formule juste est donc plus modeste, et plus intéressante : une ancienne route pavée protégée pour elle-même, dans une série de protections récentes qui commencent à reconnaître les voies comme des monuments.

Une croix au col, et un arrêté remplacé

Au col, une croix a été inscrite elle aussi. Son dossier porte une petite énigme administrative que nous signalons sans la résoudre.

La liste publiée au Journal officiel donne pour cette croix une inscription par arrêté du 23 novembre 2023, le même jour que le chemin. La notice de la base nationale, elle, porte le 10 janvier 2024, et précise que cet arrêté se substitue à celui du 23 novembre 2023. Un recueil préfectoral atteste bien l’existence du premier.

La lecture la plus économe est qu’un premier arrêté a été remplacé par un second et que la liste publiée n’a pas enregistré la substitution. Nous n’avons trouvé aucun document qui explique cette substitution, et nous n’en affirmons donc pas la cause. Le chemin, lui, n’a connu qu’un seul arrêté, et sa date est la même partout.

Vu d’en haut, la côte du Pal est une suite de lacets accrochés à un versant de basalte, entre un bourg et un col, avec des murs de soutènement qui tiennent la chaussée au-dessus du vide. Au milieu de la chaussée, une ligne de pierres court du bas en haut : c’est elle qui est protégée depuis 2023.

Sources : notice de protection de l’État pour la côte du Pal, pour la description de la bande continue de pierres, l’élargissement à deux voies, le carrefour antique, le péage médiéval, le détournement du commerce au dix-huitième siècle, le classement en chemin vicinal en 1843 et les altitudes publiées ; article de Laurent Haond paru en 2010 dans la Revue du Vivarais, pour l’assise de moellons, la largeur de quatre mètres, les virages en épingle vers 1720, l’ordre royal de 1371, le paiement de 1723 et les délibérations, références d’archives non consultées par nous ; arrêté d’inscription du 23 novembre 2023, publié au Journal officiel et au recueil préfectoral ; page d’une fondation du patrimoine pour la longueur d’environ six kilomètres, le montant des travaux et la souscription ; service national d’altimétrie et interface de données géographiques de l’État, interrogés par nos soins le 31 octobre 2026, pour les altitudes, la distance à vol d’oiseau et les calculs de pente, qui sont les nôtres ; export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, 46 761 notices, interrogé par nos soins le même jour. Le corps des arrêtés, consultable sur place, n’a pas été lu, et la longueur développée du chemin n’a pas été mesurée.

Questions fréquentes

Qu'a de particulier cette chaussée ?

Une bande de pierres continue, posée au milieu de la voie, qui sépare la montée de la descente. La notice de protection la décrit comme une bande continue de pierres distinguée par un relief. Un historien local écrivait en 2010, treize ans avant l'arrêté, que le chemin fut caladé et séparé par le milieu, pour l'allée et le retour, par une assise de moellons qui existe aujourd'hui encore. Deux textes qui ne se citent pas, treize ans d'écart, la même observation. Le dossier de protection n'étant consultable que sur place, nous ne pouvons pas exclure qu'il se soit appuyé sur l'étude de l'historien.

De quand date-t-elle ?

Les sources ne s'accordent pas au mot près. Le même historien situe vers 1720 la construction des virages en épingle, et écrit que les plus anciens pavés ont été posés il y a environ trois cents ans. La notice de protection, elle, se contredit : son dispositif date l'aménagement de 1680 et 1740, sa description écrit 1680 et 1720. Nous ne tranchons pas, et nous écrivons donc vers 1720.

Quelle est la pente ?

Nous avons mesuré nous-mêmes les altitudes sur le service national d'altimétrie : cinq cent quatre-vingt-onze mètres au bas de la section protégée, mille deux cent vingt-trois au col, soit six cent trente-deux mètres de dénivelé, et trois mille trois cent vingt-deux mètres à vol d'oiseau. Cela ferait dix-neuf pour cent en ligne droite. Si l'on retient les six kilomètres de chemin qu'annonce une fondation, les lacets ramènent la pente à dix et demi pour cent. Cette dernière longueur n'est pas notre mesure.

Est-ce le seul chemin protégé de France ?

Non, et il faut se garder de l'écrire. Nous avons interrogé l'export national des immeubles protégés, qui compte 46 761 notices : c'est la seule dont la dénomination soit exactement chemin. Mais trente-neuf notices portent chemin, route ou voie comme terme autonome de dénomination. Deux autres anciennes routes d'époque moderne ont d'ailleurs été protégées dans les mêmes années, en 2023 et en 2025.

Que devient ce chemin ?

Il appartient à la commune et fait l'objet de travaux de restauration : remonter de grands murs de soutènement, reprendre et nettoyer des tronçons pavés, débroussailler les abords. Le montant annoncé est de 64 390 euros en plusieurs campagnes, la première à l'automne 2022. Une souscription a réuni 9 250 euros auprès de cinquante-cinq donateurs. Nous n'avons pas vérifié l'avancement des travaux depuis 2023.
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