Classé sur ses seules façades depuis 1989, il l’est en entier depuis 2025 : le fort des Trois-Têtes, à Briançon

Le fort des Trois-Têtes, à Briançon, vu du ciel depuis le sud-est
Le fort des Têtes, dit fort des Trois-Têtes, au-dessus de Briançon. L'arrêté du 10 décembre 2025 classe l'ensemble de ses constructions bâties et enterrées. Photo : Carsten Steger, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Le 10 décembre 2025, un arrêté a classé au titre des monuments historiques l’ensemble des constructions bâties et enterrées du fort des Têtes, dit fort des Trois-Têtes, à Briançon, en totalité, ainsi que ses deux parcelles d’implantation.

Depuis 1989, ce fort n’était classé que pour ses façades et ses toitures. Tout le reste, selon les mots du libellé de 1989, le fort à l’exclusion des parties classées et l’ensemble des terrains nus attenants, n’était qu’inscrit, c’est-à-dire protégé au degré inférieur.

Deux mots nouveaux dans un libellé de protection : et enterrées. Un seul acte sur quarante-six mille les porte.

Trois étapes en quarante ans

La chaîne des actes est inscrite dans le champ d’observations de la notice, et elle se démêle ainsi.

DateNatureCe que l’acte couvre
21 octobre 1986inscriptionle fort en totalité, avec les terrains nus attenants, sur la parcelle B 1190
8 juin 1989deux arrêtés du même jourles façades et toitures sont classées ; tout le reste et les terrains nus attenants restent inscrits
10 décembre 2025classementl’ensemble des constructions bâties et enterrées, en totalité, sur les parcelles B 1390 et B 1393
L’acte de 2025 se substitue aux deux de 1989. Le partage entre des façades classées et un reste inscrit n’a d’ailleurs rien d’exceptionnel, et nous l’avons compté avec un filtre qui place le sujet dans son propre corpus : trois cent quatre-vingt-neuf notices de l’export portent, dans leur champ de précision ou dans leurs observations, un arrêté de classement visant les façades et les toitures accompagné d’un arrêté d’inscription. Trois cent soixante-dix le portent dans le seul champ de précision, où le partage de ce fort ne figure pas. Les quatre forts briançonnais protégés sont dans ce corpus.

Ce qui change à coup sûr, c’est le niveau de protection et la rédaction. Les terrains nus attenants de 1989 deviennent des parcelles d’implantation, et deux mots apparaissent : et enterrées.

Ce que nous ne pouvons pas trancher, et pourquoi : l’étendue de terrain couverte. Le libellé de 2025 renvoie à un plan annexé que nous n’avons pas pu consulter, et les numéros de parcelle ont changé entre les deux actes. Une explication simple existe, un renumérotage de la section cadastrale : le fort voisin du Randouillet, sur la même feuille 8 de la section B, est lui aussi passé d’un numéro à un autre, du 1189 de sa notice au 1396 d’aujourd’hui, quand le fort des Salettes, en section A, et le fort Dauphin, sur la feuille 5, ont gardé les leurs. Mais une explication plausible n’est pas une preuve, et nous nous abstenons.

Une formule unique dans tout le fichier

Nous avons cherché combien d’actes de protection emploient cette formule. Le corpus est l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé le 5 novembre 2026.

Avec le filtre que nous donnons, la suite de caractères et enterrées cherchée dans le champ de précision de la protection, sans accents ni casse, une seule notice répond, et c’est celle-ci. Dix-sept autres notices emploient le radical enterré sous une autre forme.

Sur ce que ces constructions enterrées recouvrent, nous sommes en revanche très démunis. Une seule page attribuable, et c’est une fiche de promotion touristique, celle du comité régional de tourisme Provence-Alpes-Côte d’Azur, énumère trois magasins à poudre bâtis successivement : un magasin de type Vauban en 1727, une poudrière caverne en 1874, une mi-caverne en 1878. Elle ne qualifie aucun des trois d’enterré, et seuls les deux derniers portent un nom qui renvoie au rocher. Nous n’avons trouvé aucune analyse publiée décrivant des galeries, et nous n’écrivons donc ni réseau souterrain ni longueur.

Fort des Têtes ou fort des Trois-Têtes

Les deux noms circulent, et le libellé officiel les emploie tous les deux dans la même phrase : le fort des Têtes, dit fort des Trois Têtes. Quatre administrations ne s’accordent pas tout à fait.

  • Le ministère des Armées porte, dans une décision de 2025, la dénomination fort des Têtes, et situe l’ouvrage au lieu-dit les trois Têtes.
  • Le ministère de la Culture écrit fort des Têtes, dit fort des Trois Têtes dans le libellé de l’arrêté, mais intitule sa propre notice Fort des Trois-Têtes.
  • La toponymie nationale de l’IGN ne rend qu’une réponse : Ancien Fort des Trois Têtes.
  • Le courrier du maire de Briançon, tel que le visa de cette décision le rapporte, porte fort des Trois-Têtes.

Nous en retenons que fort des Têtes est la dénomination administrative et fort des Trois-Têtes la forme d’usage, et nous employons la seconde.

Quatre protections ce jour-là, un seul classement

Quatre notices de l’export portent la date du 10 décembre 2025. Celle-ci est la seule à être un classement : les trois autres, à Lavoûte-sur-Loire, à Toulouse et à Avignon, sont des inscriptions.

La commune de Briançon compte vingt-deux notices, décomptées par les deux voies, par nom avec filtre départemental et par code communal, qui rendent exactement le même ensemble sans aucun homonyme ailleurs en France. Cette protection est la plus récente des vingt-deux, la précédente remontant à décembre 2022.

Cent trente-trois notices de l’export portent la dénomination exacte de fort, et celle-ci porte l’acte le plus récent des cent trente-trois.

Vu du ciel, quarante hectares au-dessus de la ville

Les deux parcelles nommées par l’acte totalisent quatre cent six mille neuf cent soixante-dix-sept mètres carrés, soit quarante hectares et soixante-dix ares. La plus grande, à elle seule, s’étend sur environ huit cent trente-neuf mètres du nord au sud et sept cent cinquante-six d’est en ouest.

Nous avons mesuré les altitudes au service d’altimétrie de l’État plutôt que de les estimer. Ce sont des altitudes de sol, relevées aux points indicatifs que publient les notices, et le service qualifie lui-même sa précision de variable suivant la source de mesure.

PointAltitudeÉcart avec le fort
le fort, au point que publie la notice1 442,44 mètresréférence
le pont d’Asfeld1 260,30 mètresle fort domine de 182,14 mètres
la collégiale de la ville haute1 322,53 mètresle fort domine de 119,91 mètres
le point de référence de la commune1 219,66 mètresle fort domine de 222,78 mètres
Mais le fort est lui-même dominé : le Randouillet le surplombe de cent vingt et un mètres cinquante, et la redoute du Point du Jour de deux cent cinquante mètres quarante-quatre. Un fort de montagne n’est jamais le point haut, il est un maillon d’un étagement.

Un chiffre qui circule ne se retrouve dans aucune de nos mesures. Le portail du département écrit que le plateau domine Briançon de cent mètres, à cinq cents mètres de distance. Aucun de nos couples de points ne rend ce rapport : nous obtenons cent quatre-vingt-deux mètres pour trois cent quarante-sept mètres de distance, cent vingt mètres pour sept cent vingt-trois, deux cent vingt-trois mètres pour neuf cent soixante-dix-huit. Nous ne tranchons pas, et nous signalons au passage que ce portail et celui du comité régional de tourisme partagent plusieurs phrases mot pour mot, dont celles des deux citernes et de la porte royale : nous ne les comptons donc pas pour deux sources, même si chacun porte aussi des paragraphes que l’autre n’a pas.

Un dernier élément, et nous le donnons pour ce qu’il est. Une décision du ministère des Armées du 1er avril 2025 déclare le fort inutile aux besoins des armées et le déclasse du domaine public militaire, sur une emprise de quatre cent treize mille cinq cent quarante-huit mètres carrés en cinq parcelles. L’arrêté de classement n’en nomme que deux : six mille cinq cent soixante et onze mètres carrés de l’emprise militaire restent donc hors du libellé de protection. Le statut juridique de la notice, lui, porte toujours propriété de l’État.

Sources : notice PA00080534 du ministère de la Culture, lue dans l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, pour le classement du 10 décembre 2025, le libellé intégral, la chaîne des actes de 1986 et de 1989 portée par son champ d’observations, la dénomination, le statut de propriété de l’État et les coordonnées ; décision numéro 2025-1406 du 1er avril 2025 du ministère des Armées, publiée au Bulletin officiel des armées numéro 29 du 11 avril 2025 et lue en entier, pour le déclassement du domaine public militaire, l’emprise de quatre cent treize mille cinq cent quarante-huit mètres carrés en cinq parcelles, la dénomination administrative et le visa du courrier du maire ; service d’interrogation du plan cadastral de l’IGN, pour les contenances des parcelles B 1390 et B 1393 et pour les numéros des parcelles des forts voisins ; service de toponymie et service d’altimétrie de l’IGN, et nos propres calculs de haversine avec un rayon de 6 371,0088 kilomètres, pour la forme du nom, les altitudes, les dénivelés et les distances ; objet de l’amendement numéro I-1220 rectifié au projet de loi de finances pour 2026, déposé au Sénat le 26 novembre 2025 par sept sénateurs et adopté, cité comme tel, pour la mention du patrimoine mondial ; portail du conseil départemental des Hautes-Alpes, pour le rapport de cent mètres sur cinq cents, ce portail et celui du comité régional de tourisme partageant plusieurs phrases mot pour mot et n’étant donc pas comptés pour deux sources ; export national des immeubles protégés, interrogé par nos soins le 5 novembre 2026, pour l’unique notice employant la formule et enterrées, les dix-sept autres employant le radical autrement, les quatre notices du 10 décembre 2025 et leur nature, les vingt-deux notices de la commune rendues par les deux voies, les cent trente-trois notices de dénomination fort et les trois cent quatre-vingt-neuf portant un classement des façades et des toitures accompagné d’une inscription, dont trois cent soixante-dix dans le seul champ de précision. Ne sont pas établis : le texte de l’arrêté du 10 décembre 2025, que le ministère déclare consultable sur place seulement et dont il indique qu’aucune copie ne sera fournie, le plan annexé et donc l’étendue exacte du périmètre, la composition des ouvrages enterrés au-delà de trois magasins à poudre, la liste officielle des ouvrages briançonnais inscrits au patrimoine mondial, le site de l’Unesco nous ayant opposé un refus d’accès sur toutes les adresses essayées, et l’autorité signataire de l’acte, les articles du code correspondants n’ayant pas pu être ouverts.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui change par rapport à 1989 ?

Le niveau de protection, et la rédaction. Avant cet acte, seules les façades et toitures étaient classées, tout le reste étant inscrit, c'est-à-dire protégé au degré inférieur : deux arrêtés du 8 juin 1989 avaient opéré ce partage. L'acte de 2025 se substitue aux deux et classe l'ensemble. Il change aussi les mots : les terrains nus attenants de 1989 deviennent des parcelles d'implantation, et deux mots apparaissent, et enterrées.

Le périmètre protégé s'est-il agrandi ?

Nous ne pouvons pas le dire, et nous préférons l'écrire ainsi. Le libellé renvoie à un plan annexé que nous n'avons pas pu consulter, et les numéros de parcelle ont changé entre les deux actes, de 1190 à 1390 et 1393. Un renumérotage de la section cadastrale suffit à l'expliquer : le fort voisin du Randouillet a lui aussi changé de numéro, quand deux autres forts de la commune ont gardé le leur. Mais nous ne tranchons pas l'étendue.

Que recouvre le mot enterrées ?

Peu de choses sont établies. Une seule page attribuable, et c'est une fiche de promotion touristique, celle du comité régional de tourisme Provence-Alpes-Côte d'Azur, énumère trois magasins à poudre bâtis successivement : un magasin de type Vauban en 1727, une poudrière caverne en 1874, une mi-caverne en 1878. Elle ne qualifie aucun des trois d'enterré, et seuls les deux derniers portent un nom qui renvoie au rocher. Nous n'avons trouvé aucune analyse publiée décrivant des galeries, et nous n'écrivons donc ni réseau souterrain ni longueur.

Le fort figure-t-il au patrimoine mondial ?

Nous ne pouvons pas le vérifier. Le site de l'Unesco nous a opposé un refus d'accès sur toutes les adresses que nous avons essayées, y compris dans les archives du web, alors que son fichier d'exclusion des robots autorise la consultation. Nous ne savons donc pas lequel des ouvrages briançonnais figure dans la liste officielle. L'objet d'un amendement au projet de loi de finances pour 2026, déposé au Sénat le 26 novembre 2025 par sept sénateurs et adopté, qualifie ce fort de patrimoine architectural d'exception inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco : nous l'attribuons à ses auteurs et nous n'en faisons pas un fait vérifié.

À qui appartient le fort ?

À l'État. Le champ de statut juridique de la notice porte propriété de l'État. Une décision du ministère des Armées du 1er avril 2025 déclare le fort inutile aux besoins des armées et le déclasse du domaine public militaire, et des documents publics font état d'intentions d'acquisition et d'aménagement. Ce sont des intentions portées par des documents, pas des faits accomplis, et nous les présentons comme telles.
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