L’arrêté du 24 novembre 2025 qui inscrit la villa Le Bon Gîte, à Neufchâtel-Hardelot, ne protège pas seulement un bâtiment. Il protège les façades, les toitures et la parcelle d’assise de la villa, neuf cent quatre-vingt-dix mètres carrés au cadastre.
Les trois quarts de cette parcelle ne portent aucun bâtiment. Ce que l’acte couvre est donc, pour l’essentiel, du terrain.
Une centaine de villas en 1912, cinquante-quatre blockhaus et huit villas à la fin des hostilités, d’après les dossiers d’inventaire de la Région.
Deux textes du même ministère, et ils diffèrent
Le Journal officiel du 23 juin 2026 publie la liste des immeubles protégés en 2025. Sa phrase, pour cette villa : la villa Le Bon Gîte, façades et toitures et la parcelle d’assise de la villa, figurant au cadastre section AR parcelle 0088, tel que délimité sur le plan annexé à l’arrêté.
La notice que publie le même ministère n’écrit pas tout à fait cela. Elle ajoute l’adresse, 14 avenue Guy Barbe Blanche, que le Journal officiel ne donne pas. Et elle omet la clause de renvoi au plan annexé, que le Journal officiel porte. La notice déclare pourtant, par ailleurs, reprendre intégralement les termes de l’arrêté.
Pourquoi nous n’avons pas lu l’acte, et ce que cela change : la notice porte elle-même la mention selon laquelle le dossier de protection complet et l’arrêté sont consultables uniquement sur place, à la Médiathèque du patrimoine et de la photographie, à Charenton-le-Pont. Aucun lien vers un document ne figure sur la page, et nous avons cherché toutes les adresses de fichier ; le serveur du ministère répondant par une erreur le jour de notre vérification, nous l’avons lue dans son cliché archivé du 14 septembre 2026. Nous ne connaissons donc de cet acte que ce que deux textes du ministère en reprennent, et ils ne se recouvrent pas exactement. Son considérant, son article premier, ses visas et son signataire ne sont pas établis par nous.
Le chiffre, lui, vient d’une institution distincte. Le service d’interrogation du plan cadastral donne pour la parcelle AR 0088, à Neufchâtel-Hardelot, une contenance de neuf cent quatre-vingt-dix mètres carrés. L’un nomme la parcelle, l’autre la mesure, et aucun ne recopie l’autre.
Vingt-huit notices, mais pas de rareté à vendre
La formule parcelle d’assise n’est pas courante. Nous l’avons comptée dans l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé le 5 novembre 2026, champ de précision de la protection, replié sans accents, les deux formes d’apostrophe confondues et les pluriels compris.
| Formule cherchée, au singulier comme au pluriel | Notices |
|---|---|
| parcelle d’assise | 28 |
| terrain d’assiette | 236 |
| parcelle d’assiette | 83 |
| assiette foncière | 59 |
| les quatre réunies, doublons retirés | 397, soit 0,85 % du corpus |
Un second décompte situe mieux cette notice. Vingt et une notices de tout l’export portent la dénomination exactement villa, et celle-ci est la seule de sa région comme de son département. Mais là encore, la précaution compte : ce n’est pas une rareté des villas protégées, c’est une rareté du mot employé comme dénomination, vocabulaire récent dans cette base. Les vingt et une sont toutes protégées à partir de 2018, et le filtre élargi au mot villa présent dans la dénomination en rend soixante-cinq.
La commune compte trois notices, décomptées par les deux voies, par nom avec filtre départemental et par code communal, qui rendent exactement le même ensemble, sans homonyme ailleurs en France. Les deux autres sont la villa Sans Gêne et sa maison de gardien, protégées ensemble par un arrêté unique du 1er décembre 1997, vingt-huit ans avant celui-ci. Elles ne sont pas voisines de Le Bon Gîte : deux kilomètres cent quatre la séparent de la parcelle de la maison de gardien, la seule des deux que le plan cadastral porte encore, mesurés sur les deux centroïdes, et la villa Sans Gêne est nettement plus à l’intérieur des terres.
Vu du ciel, un carré de quarante mètres de côté
Nous avons mesuré la parcelle nous-mêmes. Son contour, de quatorze sommets, donne une aire de neuf cent quatre-vingt-treize mètres carrés et six dixièmes par projection locale, soit trente-six centièmes de pour cent au-dessus de la contenance déclarée : les deux valeurs sont cohérentes. Son étendue est de quarante mètres trois du nord au sud et trente-huit mètres huit d’est en ouest. Un carré d’environ quarante mètres de côté.
| Mesure | Valeur |
|---|---|
| bâtiments ayant leur centre dans la parcelle | 2 |
| le principal | 167,8 mètres carrés d’emprise, 12,7 mètres de haut, 3 étages |
| l’annexe | 69,2 mètres carrés, 3 mètres de haut, 1 étage |
| emprise bâtie totale | 237,0 mètres carrés, soit 23,9 % de la parcelle |
| part sans bâtiment | 753,0 mètres carrés, soit 76,1 % |
| altitude au centroïde de la parcelle | 14,91 mètres |
| distance au trait de côte | 172 mètres |
Trois quarts de ce que l’acte protège au sol ne portent donc aucun bâtiment dans cette base. Nous le disons comme un calcul qui est le nôtre, et non comme une donnée de l’arrêté.
Une coïncidence que nous constatons sans la trancher : le point publié par le ministère tombe à quarante-trois mètres six du centroïde de la parcelle AR 0088 que son propre texte désigne, et à un mètre trois du centroïde d’une autre parcelle, AS 0088, qui existe toujours au plan cadastral, six cent soixante-cinq mètres carrés, à quarante-deux mètres trois de la première. Or le dossier d’inventaire de 1986 donne pour cette villa la référence cadastrale 1985 AS 88. Renumérotage de section entre 1985 et 2025, redécoupage parcellaire, ou coordonnée héritée de l’ancienne référence : nous ne le savons pas, et nous ne choisissons pas.
La station, et ce qu’il en est resté
L’histoire du lieu est portée par les dossiers d’inventaire de la Région, et nous l’attribuons à chaque fois, parce qu’une seule institution en répond. Selon ces dossiers, le promoteur Sir John Robinson Whitley achète en 1897 le vieux château de Condette, confie en 1901 un premier projet de station resté sans effet, puis acquiert en 1905 quatre cents hectares de terrain vierge entre le château et la mer, au relief de dunes, et crée une société. Les premières villas sont érigées en 1906, sur un front de mer d’environ trois kilomètres.
- En 1912, la station compte une centaine de villas, toujours selon ces dossiers.
- À la fin des hostilités de la Seconde Guerre mondiale, il reste cinquante-quatre blockhaus et seulement huit villas.
- La cause donnée par la Région est une démolition délibérée par l’occupant pour récupérer des matériaux, et non des bombardements : un office de tourisme écrit l’inverse, et ce n’est pas le même récit.
- L’Inventaire écrit de Le Bon Gîte qu’elle est une des rares villas datant des débuts de la station à avoir subsisté. Il n’écrit pas qu’elle est l’une des huit, et nous ne l’écrivons pas non plus.
Deux désaccords restent ouverts sur ces chiffres, et nous ne les arbitrons pas. Sur la surface achetée en 1905, la Région écrit quatre cents hectares, un office de tourisme cinq cents. Sur le nombre de villas, la Région en compte une centaine dans la station en 1912, un office de tourisme une vingtaine, mais les deux ne mesurent pas la même chose : l’un compte les villas de la station, l’autre celles dessinées par l’architecte.
Nous devons aussi signaler une fausse confirmation, parce qu’elle est instructive. Un site d’histoire locale porte les phrases sur les cinquante-quatre blockhaus, les huit villas et la construction par l’architecte lillois. Ce sont, mot pour mot, les phrases des dossiers de l’Inventaire, et la page cite elle-même la base du ministère parmi ses sources. Elle recopie l’Inventaire, elle ne le confirme pas.
Treize protections pour un architecte, et une seule maison
L’architecte de cette villa est très présent dans l’export national, mais pas pour ce genre de bâtiment. Avec le filtre que nous publions, le champ d’auteur contenant la chaîne Cordonnier Louis-Marie, replié sans accents, treize notices répondent.
Une seule a pour domaine l’architecture domestique, et c’est celle-ci. Les douze autres sont l’Opéra de Lille, cinq hôtels de ville, trois édifices religieux dont la basilique de Lisieux, deux bâtiments liés aux compagnies minières et un monument. Onze des treize appartiennent à une commune, à l’État ou à une association.
Deux précautions sur ce chiffre, et elles sont nécessaires. Il ne vaut que pour cette graphie : avec la chaîne plus large Cordonnier Louis, le même champ rend quinze notices, parce que la base écrit aussi le nom sous trois autres formes, et il existe en outre un sculpteur homonyme. Et surtout, cet export recense les immeubles protégés, pas l’œuvre d’un architecte : treize protections ne sont pas treize bâtiments construits, et cet architecte a dessiné à Hardelot des villas qui ne sont pas protégées.
Huit notices ce jour-là, et un écart de un
Huit notices de l’export portent la date du 24 novembre 2025, dont six dans les Hauts-de-France et deux dans le Pas-de-Calais, cette villa et la chapelle Sainte-Mélanie de Ferfay, aux références consécutives. Les six autres sont à Romans-sur-Isère, Bailleul, Annecy, Dury, Beuvraignes et Fresnes-Mazancourt.
Un écart mérite d’être signalé sans être tranché. Le communiqué du service régional du patrimoine annonce vingt-six protections en 2025 dans la région, et sa liste départementale en compte bien vingt-six. Notre propre décompte dans l’export, avec un filtre régional et un acte daté de 2025, en rend vingt-sept. La vingt-septième est un hôpital dans la Somme, dont le champ de protection porte deux actes, un de 2024 et un du 24 novembre 2025. Il peut s’agir d’une extension que le communiqué n’a pas comptée comme nouvelle.
Ce communiqué décrit d’ailleurs le corpus régional de 2025 en ces termes : églises, hôtels de ville, domaines paysagers, cimetières civils et militaires, architectures militaires ou funéraires. Aucune villa, aucune architecture de villégiature dans cette énumération, et la villa ne figure pas non plus parmi les trois sites que le communiqué met en avant. Elle n’apparaît que dans la liste finale. Le communiqué écrit par ailleurs Hardelot là où le Journal officiel et la notice écrivent Neufchâtel-Hardelot, qui est le nom de la commune, Hardelot-Plage étant le lieu-dit.
Sur le style, enfin, nous nous abstenons de choisir un mot. Un office de tourisme écrit anglo-normand, avec boiseries, corbeaux et frises. Le ministère emploie, pour une autre villa de la même station, les termes Arts and Crafts. La Région, pour celle-ci, n’emploie ni l’un ni l’autre : elle écrit villa balnéaire en commentaire d’usage, et décrit du grès bleuté, du ciment de Boulogne, un crépi blanc et du pan de bois peint en vert foncé.
Sources : liste des immeubles protégés au titre des monuments historiques en 2025, publiée au Journal officiel numéro 145 du 23 juin 2026, pour la phrase de protection intégrale, la date du 24 novembre 2025, le périmètre et la clause de renvoi au plan annexé ; notice PA62000184 du ministère de la Culture, lue dans l’export national des immeubles protégés, pour l’adresse, la dénomination, le domaine, la typologie partielle, les deux noms d’auteur et de commanditaire, le siècle de construction, le statut de propriété privée, les champs de datation, d’historique et d’observations vides, et la mention de consultation sur place seulement, ce texte et le précédent relevant du même ministère et ne faisant donc pas deux sources, bien qu’ils ne portent pas la même phrase ; service d’interrogation du plan cadastral de l’IGN, institution distincte, pour la contenance de neuf cent quatre-vingt-dix mètres carrés de la parcelle AR 0088, sa géométrie, et l’existence et la contenance de la parcelle AS 0088 ; dossiers d’inventaire IA00062354 et IA00062392 du service de l’Inventaire de la Région, enquêtes de 1979, notices rédigées en 1986 et 1987, pour la datation probable d’après le plan de lotissement, l’achat de 1897, le projet de 1901, les quatre cents hectares de 1905, les premières villas de 1906, la centaine de villas de 1912, les cinquante-quatre blockhaus et huit villas à la fin des hostilités, la cause donnée de la démolition, la référence cadastrale de 1985 et la description des matériaux, un site d’histoire locale reprenant ces phrases mot pour mot sans constituer de ce fait une seconde institution ; communiqué du service régional du patrimoine publié le 23 mars 2026, service de l’État relevant du même ministère de la Culture et ne faisant donc pas, lui non plus, une source distincte, pour sa phrase sur la villa, les vingt-six protections annoncées, la description du corpus régional et les trois sites mis en avant ; office de tourisme du Boulonnais, pour les cinq cents hectares, la vingtaine de villas, le départ en 1908 et la qualification anglo-normande, chiffres et termes que nous n’arbitrons pas ; base topographique et service d’altimétrie de l’IGN, et nos propres calculs d’aire et de haversine avec un rayon de 6 371,0088 kilomètres, pour les deux bâtiments et leurs emprises, la part sans bâtiment, l’étendue de la parcelle, les altitudes, la distance au trait de côte, les écarts entre les coordonnées de la notice et les centroïdes cadastraux, et la distance aux deux autres notices de la commune ; export national des immeubles protégés, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé par nos soins le 5 novembre 2026, pour les vingt-huit notices portant parcelle d’assise et les trois autres formules portant le total, doublons retirés, à trois cent quatre-vingt-dix-sept, chaque formule étant comptée au singulier comme au pluriel, les vingt et une notices de dénomination exactement villa et les soixante-cinq du filtre élargi, les trois notices de la commune rendues par les deux voies, les sept cent vingt-cinq du département, les huit notices du 24 novembre 2025 et leur répartition, les treize notices portant la graphie exacte du nom de l’architecte et les quinze du filtre élargi, l’unique notice nommant le commanditaire, et les vingt-sept protections régionales de 2025. Ne sont pas établis : le texte de l’arrêté du 24 novembre 2025, consultable sur place seulement, et donc son considérant, son article premier, ses visas et son signataire ; le tracé du plan annexé, et donc l’étendue exacte du périmètre protégé, dont nous ne disons pas qu’il couvre la parcelle bord à bord ; la date de construction de la villa, quatre valeurs circulant sans qu’aucune soit un acte de construction ; l’appartenance de cette villa aux huit subsistantes, que l’Inventaire n’écrit pas ; la surface achetée en 1905 ; la correspondance entre les références cadastrales de 1985 et de 2025 ; et l’écart entre vingt-six et vingt-sept protections régionales. La date d’apparition que la base topographique porte au bâtiment principal est un champ de base de données et non une source historique, et nous ne l’avançons pas comme date de construction.

