Soixante-sept notices sur 46 761 protègent une seule pièce : la grande salle du château d’Aléry, à Annecy

Le Thiou à Cran-Gevrier, son barrage et une cheminée de briques
Le Thiou à Cran-Gevrier, sur la commune d'Annecy. Aucune photographie libre du château d'Aléry n'existe : cette vue montre le quartier, non l'édifice protégé. Photo : Guilhem Vellut from Annecy, France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Le 24 novembre 2025, l’État n’a pas protégé le château d’Aléry, à Cran-Gevrier, sur la commune d’Annecy. Il a inscrit au titre des monuments historiques une seule de ses pièces, la grande salle, et pour un motif unique : les décors peints sur papier qu’elle abrite.

En vidéo : une seule pièce protégée au château d'Aléry, à Annecy

L’article premier de l’arrêté, que nous avons lu, est sans ambiguïté. Est inscrite la grande salle du château d’Aléry avec ses décors peints, sur la parcelle numéro 54 d’une contenance de trois mille huit cent soixante-quatorze mètres carrés, telle que délimitée en rouge sur le plan annexé. Le reste du bâtiment n’y figure pas.

Un château entier reste sans protection, pour que vingt mètres de décor peint sur papier en reçoivent une.

Le considérant, et ce qu’il retient

L’arrêté dit pourquoi. Son considérant retient que les décors peints sur papier de la grande salle du château d’Aléry présentent, au point de vue de l’histoire de l’art, un intérêt suffisant pour en rendre désirable la préservation, étant donné qu’ils présentent un ensemble et une technique rares et peu représentés dans le corpus régional.

C’est donc la technique qui emporte la décision, et la salle n’est protégée que parce qu’elle porte ce décor. L’acte vise l’avis de la commission régionale du patrimoine et de l’architecture du 17 avril 2025, et il porte une précision que la notice du ministère ne donne pas : la commune a acquis le château par acte du 22 mars 2021, là où la notice se borne à écrire que la famille Aussedat vend la propriété à la ville d’Annecy en mars 2021.

Soixante-sept notices sur quarante-six mille

Pour savoir si protéger une seule pièce est inhabituel, nous avons compté. Le corpus est l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé le 5 novembre 2026.

Voici le filtre, et il est reproductible. Dans le champ de précision de la protection, replié sans accents ni casse, nous retenons les notices dont le libellé commence par salle ou salles, éventuellement précédé de l’article la, le ou les et du qualificatif grande ou petite, qui ne portent qu’une seule mention d’acte de protection, qui ne contiennent aucun point-virgule, et qui ne contiennent ni tiret isolé ni la formule en totalité.

  • Soixante-sept notices répondent, soit quatorze centièmes de pour cent du fichier.
  • Cinq d’entre elles portent la mention de décors peints dans leur libellé. Celle d’Aléry est la plus récente des cinq.
  • Cinq d’entre elles concernent un château. Celle d’Aléry est là aussi la plus récente.
  • Sur l’ensemble des soixante-sept, triées par la dernière date de protection, Aléry vient en tête, devant une notice de l’Hérault du 27 décembre 2023.

Le contresens à ne pas commettre : la protection partielle n’a rien de rare. Quinze mille deux cent soixante-dix notices de l’export portent la mention inscrit partiellement, soit trente-deux virgule sept pour cent du fichier, près d’un tiers. Ce qui est rare, ce n’est pas de protéger une partie d’un édifice, c’est de réduire la protection à une seule pièce. Les deux chiffres ne mesurent pas la même chose et il ne faut pas les confondre.

Vingt mètres de décor, et deux descriptions qui divergent

Sur la longueur, les deux institutions s’accordent : vingt mètres. Sur la nature et le sujet du décor, elles ne disent pas la même chose, et nous rapportons les deux sans arbitrer.

Qui écritCe qui est écrit
le ministère de la Cultureun grand décor peint sur papier, imitant les papiers peints panoramiques, de vingt mètres de long, représentant des scènes de genre : des scènes de chasse d’une part, des scènes de la vie lacustre d’autre part, fort originales dans leur style naïf
la Ville d’Annecyun véritable papier peint panoramique ancien, sur vingt mètres de long et deux mètres de large, avec des scènes de chasse à courre et de pêche en continu
L’écart porte sur des mots qui comptent : imitant contre véritable, vie lacustre contre pêche, et chasse contre chasse à courre. La largeur de deux mètres ne figure que dans la fiche municipale, et l’arrêté ne donne aucune mesure du décor.

Une chose n’est établie par aucune source que nous avons lue : qui a peint ces décors, et quand. La notice du ministère date bien un ensemble de décors à une époque donnée, mais ce sont ceux des plafonds, qui forment un autre ensemble. Nous ne leur attribuons donc ni auteur ni date.

Trois notices que le nom de commune ne trouve pas

Ce dossier porte un piège de décompte qu’il faut dire, parce qu’il se reproduira sur d’autres communes fusionnées.

Cran-Gevrier est une commune déléguée d’Annecy. Dans l’export, cette notice est la seule à nommer Cran-Gevrier, mais elle ne le fait que dans son champ de lieu-dit et dans son libellé : son champ de commune porte Annecy, et son code communal est celui d’Annecy. L’ancien code communal de Cran-Gevrier, lui, ne porte aucune notice. Pour la commune d’Annecy, le décompte par le nom avec filtre départemental rend vingt-six notices, et le décompte par le code communal actuel en rend vingt-six également. Mais en ajoutant les codes des autres communes déléguées, le total monte à vingt-neuf : la voie par le nom en manque donc trois.

La Haute-Savoie compte deux cent quatre notices. Un contrôle croisé mérite d’être signalé : les quatre protections haut-savoyardes de 2025 que porte l’export correspondent exactement aux quatre entrées du département dans la liste annuelle publiée au Journal officiel du 23 juin 2026.

Vu du ciel, trois bâtiments sur un tiers d’hectare

Nous avons mesuré plutôt que de décrire. La parcelle porte une contenance cadastrale de trois mille huit cent soixante-quatorze mètres carrés, exactement le chiffre de l’arrêté, et trois mille huit cent soixante-treize par notre propre calcul sur son contour.

Trois bâtiments y tiennent, pour une emprise totale de trois cent quatre-vingt-dix-huit mètres carrés. Le château lui-même, que la base topographique déclare de nature château, fait trois cent vingt mètres carrés d’emprise pour dix-sept mètres deux de hauteur et trois étages. Une fiche municipale décrit un bâtiment de quatre niveaux pour environ mille mètres carrés au total : trois cent vingt mètres carrés sur quatre niveaux en donneraient de l’ordre de mille deux cent quatre-vingts, ce qui est du même ordre sans être identique.

L’altitude relevée au service d’altimétrie de l’État est de quatre cent quatre-vingt-treize mètres zéro trois au centre de la parcelle.

Un mot sur la distance au lac, parce qu’un chiffre trompeur circulerait sans cette précaution. Le polygone du lac dans la base de l’État englobe l’exutoire du Thiou, c’est-à-dire le canal qui traverse la ville. Mesurer jusqu’au sommet le plus proche de ce polygone donnerait un kilomètre six cent quatre-vingt-six, mais ce point est dans le canal, pas dans le lac. En ne retenant que la cuvette proprement dite, la rive la plus proche est à deux kilomètres sept cent vingt-quatre, et un site archéologique immergé dont l’État atteste qu’il est dans le lac est à deux kilomètres cinq cent soixante-neuf. Ce sont ces deux valeurs que nous donnons.

La cathédrale Saint-Pierre est à un kilomètre cinq cent dix-neuf, distance calculée par la formule de haversine.

Sources : arrêté du 24 novembre 2025, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 84-2025-334 de la préfecture de la région Auvergne-Rhône-Alpes du 27 novembre 2025, pages 66 à 68, lu en entier, pour son article premier, la contenance de trois mille huit cent soixante-quatorze mètres carrés, la date d’acquisition du 22 mars 2021, son considérant et le visa de l’avis de la commission régionale du patrimoine et de l’architecture du 17 avril 2025 ; notice PA74000061 du ministère de la Culture, lue dans l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, pour le libellé, la dénomination, la propriété communale, le champ de siècle et la description des décors ; fiche d’identité de la Ville d’Annecy du 3 juin 2024 et procès-verbal du conseil municipal du 30 juin 2025, institution distincte du ministère, pour la seconde description du décor, les dimensions de vingt mètres sur deux, l’occupation par une association et son terme en décembre 2026 ; liste des immeubles protégés publiée au Journal officiel du 23 juin 2026, pour le contrôle croisé des quatre protections haut-savoyardes de 2025 ; service d’interrogation du plan cadastral, base topographique et service d’altimétrie de l’IGN, et nos propres calculs de surface et de haversine avec un rayon de 6 371,0088 kilomètres, pour la parcelle, les trois bâtiments, l’emprise, la hauteur, l’altitude et les distances ; export national des immeubles protégés, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé par nos soins le 5 novembre 2026, pour les soixante-sept notices réduisant la protection à une seule pièce avec le filtre publié, les cinq portant des décors peints, les cinq concernant un château, les quinze mille deux cent soixante-dix notices inscrites partiellement, les vingt-six et vingt-neuf notices d’Annecy selon la voie de décompte et les deux cent quatre notices du département. Ne sont pas établis : l’auteur et la date des décors peints sur papier, la nature exacte de ces décors, les deux institutions ne la décrivant pas de la même façon, le contenu du plan annexé à l’arrêté, et la date de la fusion communale, dont nous n’avons pas lu l’acte de création. Deux corpus sont restés injoignables pendant cette recherche, la plateforme ouverte du patrimoine ayant répondu par une indisponibilité et l’inventaire régional opposant un dispositif anti-robot, sans que nous ayons changé d’identification pour passer outre.

Questions fréquentes

Le château d'Aléry est-il protégé ?

Non, pas le château. L'article premier de l'arrêté inscrit la grande salle du château d'Aléry avec ses décors peints, située 60 avenue de Beauregard, sur la parcelle numéro 54 d'une contenance de trois mille huit cent soixante-quatorze mètres carrés, telle que délimitée en rouge sur le plan annexé. Le reste de l'édifice n'est pas couvert.

Pourquoi cette salle et rien d'autre ?

Le considérant de l'arrêté le dit : les décors peints sur papier de la grande salle présentent un ensemble et une technique rares et peu représentés dans le corpus régional. C'est donc le décor qui motive la mesure, et la salle est protégée parce qu'elle le porte.

Protéger une seule pièce, est-ce courant ?

Non, et nous l'avons compté plutôt que de l'affirmer. Avec le filtre que nous publions, soixante-sept notices de l'export national réduisent la protection à une seule pièce, sur quarante-six mille sept cent soixante et une, soit quatorze centièmes de pour cent. Celle-ci est la plus récente des soixante-sept. Attention à ne pas confondre avec la protection partielle, qui n'a rien de rare : quinze mille deux cent soixante-dix notices sont inscrites partiellement, soit près d'un tiers du fichier.

Que représentent ces décors ?

Les deux sources ne disent pas la même chose, et nous ne tranchons pas. Le ministère de la Culture écrit un grand décor peint sur papier, imitant les papiers peints panoramiques, de vingt mètres de long, représentant des scènes de genre, d'une part des scènes de chasse, d'autre part des scènes de la vie lacustre, fort originales dans leur style naïf. La Ville d'Annecy écrit de son côté un véritable papier peint panoramique ancien, et parle de pêche là où l'État parle de vie lacustre. L'auteur et la date de ce décor ne sont établis nulle part.

À qui appartient le château et à quoi sert-il ?

À la commune d'Annecy, qui l'a acquis par acte du 22 mars 2021, information que porte l'arrêté lui-même. Une fiche municipale indique qu'il est partiellement occupé par une association au titre d'un bail civil, le temps que celle-ci rénove ses propres locaux, et un procès-verbal du conseil municipal situe le terme de cette occupation en décembre 2026.
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