Le 22 décembre 2025, un arrêté a inscrit au titre des monuments historiques des parties de la mairie du 7e arrondissement de Paris, au 116 rue de Grenelle, sur une parcelle de six mille quatre cent soixante-seize mètres carrés. Il remplace un arrêté du 15 mai 1926 qui ne protégeait qu’une seule chose : la façade sur jardin.
Trente-six mille trois cent quatre-vingt-un jours séparent les deux actes, soit quatre-vingt-dix-neuf ans, sept mois et sept jours. Nous ne disons pas cent ans, et la précision n’est pas une coquetterie : le centenaire de l’arrêté de 1926 tombe le 15 mai 2026, donc après l’acte qui l’a remplacé.
De la façade sur jardin au sol de la cour : quatre-vingt-dix-neuf ans pour que la protection descende jusqu’au pavé.
Ce que l’acte retient
L’article premier de l’arrêté, que nous avons lu, inscrit les parties suivantes de la mairie, situées 116 rue de Grenelle, sur la parcelle numéro 84 d’une contenance de six mille quatre cent soixante-seize mètres carrés, figurant au cadastre section AX, telles que délimitées sur les plans annexés.
Le libellé que publie le ministère énumère ensuite, et la liste est plus longue qu’on ne croit : l’ensemble des façades et toitures, y compris les passages d’entrée, le sol de la cour, le jardin et son mur de clôture, le hall d’entrée, l’escalier d’honneur avec sa cage et le palier du premier étage, puis au rez-de-chaussée les couloirs ouest et est, la salle du conseil, ancien salon des jeux, le bureau du maire, le bureau du chef de cabinet et la salle des mariages. Protéger le sol d’une cour, et pas seulement ce qui s’y dresse, est une décision concrète : elle empêche de creuser, de paver autrement, de bâtir.
Le considérant dit pourquoi. Nous le citons au mot : la mairie du 7e arrondissement est une des rares mairies parisiennes installées dans un ancien hôtel particulier ; elle se singularise ainsi par son plan d’ensemble entre cour et jardin, par la présence d’un véritable jardin et par la combinaison de décors conçus dans un contexte privé, reflétant le statut de ses propriétaires, et de décors à l’iconographie civique.
Un verbe qui n’est pas le même selon le document
Voici le détail le plus instructif de ce dossier, et il se vérifie en trente secondes.
| Document | Ce qu’il écrit |
|---|---|
| l’arrêté, article 2 | le présent arrêté se substitue à l’arrêté du 15 mai 1926 susvisé |
| la notice du ministère, champ d’observations | l’arrêté d’inscription du 22 décembre 2025 abroge l’arrêté d’inscription du 15 mai 1926 |
Nous avons voulu savoir si cette différence était une nuance de rédaction ou une différence de droit. Nous n’avons pas pu l’établir, ni dans un sens ni dans l’autre : la section du code du patrimoine consacrée à l’inscription, que nous avons lue, n’emploie aucun des deux verbes.
Dans l’export national, quatre cent soixante-sept notices portent le mot abroge dans leur champ d’observations, contre cinq cent soixante-treize qui portent se substitue. C’est donc la formule la moins fréquente que la notice a retenue ici.
Une bizarrerie de publication, signalée et non expliquée : l’acte porte le numéro IDF-2025-01-22-00017, où la séquence 01-22 désigne le 22 janvier, alors que le texte est daté et signé du 22 décembre 2025, mention répétée quatre fois dans le document. Le même décalage affecte l’arrêté voisin concernant une halle de Seine-et-Marne, mais pas celui d’un immeuble du 14e arrondissement publié le même jour. Nous retenons la date du texte, pas celle du numéro.
Cinq campagnes, deux sources
Le ministère date l’édifice de cinq campagnes : 1649, 1825, 1834, 1865 et 1878. Un hôtel particulier du dix-septième siècle devenu mairie au dix-neuvième, puis agrandi trois fois en cinquante ans.
Nous devons toutefois poser une limite sur ces dates. Quatre d’entre elles ne sont établies que par le champ historique de la notice du ministère, et la cinquième par la Ville de Paris. Ce ne sont donc pas cinq sources, ce sont deux institutions, et l’une des deux est celle qui a prononcé la protection.
Un détail de calendrier mérite d’être relevé. Neuf notices de tout l’export portent la date du 15 mai 1926 dans leur champ de protection, et deux relèvent du 7e arrondissement : la fontaine du Gros-Caillou et l’hôtel de Beauffremont, ce dernier à cent quatre-vingt-huit mètres de la mairie. La notice de la mairie, elle, ne porte plus que la date du 22 décembre 2025 : 1926 n’y survit que dans le champ d’observations. C’est une conséquence de la tenue de la base, et nous l’avons mesurée : soixante et une notices de l’export portent dans leurs observations l’abrogation d’un arrêté daté, et dans cinquante-huit cas la date abrogée a disparu du champ de protection, où seule la date nouvelle subsiste. Chercher 1926 ne rend donc pas les protections de 1926, mais celles qui n’ont pas été refaites depuis.
Neuf mairies protégées, aucune classée
Nous avons compté dans l’export national des immeubles protégés, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé le 5 novembre 2026.
- Cinquante-six notices portent la dénomination exacte de mairie, et cent une la contiennent.
- Neuf mairies parisiennes sont protégées, toutes inscrites, aucune classée. Quatre l’ont été depuis juillet 2024.
- Six notices de l’export portent la date du 22 décembre 2025, dont quatre à Paris.
- Cette protection est la plus récente des cent quarante-cinq notices du 7e arrondissement, toutes natures confondues.
Un piège de méthode mérite d’être dit, parce qu’il fausserait n’importe quel décompte parisien. Le code communal 75056, celui de Paris, ne porte aucune notice : ce sont les codes d’arrondissement, de 75101 à 75120, qui les portent. Un filtre sur le seul code de la ville rendrait zéro. Et dans le 7e, un décompte sensible à la casse perd une notice, celle de l’ancien hôtel de Stahrenberg, dont le champ de commune s’écrit avec un a minuscule à arrondissement.
Vu du ciel, près de trois quarts de terrain libre
Ce que l’on voit d’en haut, c’est un bâtiment en U autour d’une cour, et derrière lui un jardin. Nous avons mesuré plutôt que d’estimer.
- La parcelle porte une contenance cadastrale de six mille quatre cent soixante-seize mètres carrés, et six mille quatre cent cinquante-huit par notre propre calcul sur son contour, soit trois dixièmes de pour cent d’écart. Son périmètre fait trois cent soixante et un mètres.
- Un seul bâtiment de la base topographique recoupe la parcelle de plus d’un mètre carré. Son emprise dans la parcelle est de mille huit cents mètres carrés, soit vingt-sept virgule neuf pour cent.
- Il reste donc quatre mille six cent cinquante-sept mètres carrés non bâtis, soit soixante-douze virgule un pour cent du terrain.
- La Ville de Paris mesure de son côté le jardin à trois mille huit cent trente mètres carrés. La différence, huit cent vingt-sept mètres carrés, correspond à la cour et aux passages.
- L’altitude relevée au service d’altimétrie de l’État est de trente-cinq mètres treize.
Pour mesurer ce que cela représente, nous avons comparé ce jardin aux cinquante-deux espaces verts municipaux de l’arrondissement : il arrive douzième, et il est plus grand que quarante d’entre eux. L’arrondissement compte onze mille sept cent cinquante-quatre habitants au kilomètre carré.
Un dernier voisinage, calculé par la formule de haversine. Le Petit Hôtel de Villars est à quarante-huit mètres, et il est classé depuis 1954 : la dépendance a donc été protégée soixante et onze ans avant le corps principal auquel elle se rattache.
Sources : arrêté du 22 décembre 2025, publié au recueil des actes administratifs spécial n° IDF-003-2026-01 de la préfecture de la région d’Île-de-France du 5 janvier 2026 sous le numéro d’acte IDF-2025-01-22-00017, lu en entier et recoupé par reconnaissance optique, pour son article premier, sa contenance de six mille quatre cent soixante-seize mètres carrés, son article 2 de substitution, son considérant, ses visas dont l’avis de la commission régionale du patrimoine et de l’architecture du 17 juin 2025, et la mention de propriété communale antérieure au 1er janvier 1956 ; notice PA00088788 du ministère de la Culture, lue dans l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, pour le libellé, les cinq campagnes de datation, le champ d’observations employant le verbe abroger, le secteur sauvegardé et le site inscrit de 1975 ; jeux de données de la Ville de Paris, pour la surface du jardin et la liste des espaces verts de l’arrondissement, ces données étant d’une institution distincte du ministère ; code du patrimoine, section consacrée à l’inscription, lue sur le site de diffusion du droit, pour constater qu’il n’emploie ni abroger ni se substituer ; service d’interrogation du plan cadastral, base topographique et service d’altimétrie de l’IGN, et nos propres calculs de surface et de haversine avec un rayon de 6 371,0088 kilomètres, pour la géométrie de la parcelle, l’emprise bâtie, la part non bâtie, l’altitude et les distances ; export national des immeubles protégés, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé par nos soins le 5 novembre 2026, pour les cinquante-six notices de dénomination mairie, les neuf mairies parisiennes protégées, les six notices du 22 décembre 2025, les cent quarante-cinq notices du 7e arrondissement, les neuf notices du 15 mai 1926, les soixante et une notices dont les observations portent l’abrogation d’un arrêté daté et les cinquante-huit d’entre elles où cette date a disparu du champ de protection, et les quatre cent soixante-sept contre cinq cent soixante-treize notices portant abroge et se substitue. Ne sont pas établis : la portée juridique respective des verbes abroger et se substituer, la partie réglementaire du code n’ayant pas pu être lue, le tracé des plans annexés, et l’explication du décalage entre la date du texte et le numéro de l’acte. Plusieurs corpus du ministère de la Culture ont répondu par une indisponibilité pendant cette recherche, sans que nous ayons changé d’identification pour passer outre, et nous ne concluons rien de ces absences.

