Deux galeries percées par les deux bouts se sont rejointes en 1870 à moins d’un mètre : le tunnel du Fréjus

La vallée de la Maurienne, l'Arc entre ses galets et la ligne de chemin de fer
La Maurienne vers Modane : l'Arc, la route et la voie ferrée se partagent le fond de vallée. Photo : Poudou99, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Le tunnel ferroviaire du Fréjus a été creusé par les deux extrémités à la fois, sans aucun puits intermédiaire. Les deux galeries se sont rejointes le 25 décembre 1870, avec un écart d’axe inférieur à un mètre.

Selon une revue technique de 2002, l’ouvrage a été creusé depuis ses deux extrémités seulement, sans puits intermédiaire. Plus de cinq kilomètres de part et d’autre, guidés par des visées topographiques : 7 080 mètres depuis le versant italien et 5 153 depuis Modane, d’après l’auteur de 1884.

Deux sources indépendantes l’établissent. Un auteur publiant en 1884 dans une revue littéraire et politique donne les longueurs percées de chaque côté et l’écart final. Une publication d’un comité d’histoire des sciences de la terre, en 2022, reprend l’épisode avec une valeur voisine.

Plus de cinq kilomètres creusés de chaque côté, et moins d’un mètre d’écart.

Trente, quarante ou moins de quarante-cinq centimètres

L’écart exact est l’objet de valeurs différentes, et il vaut mieux les exposer que d’en choisir une. L’auteur de 1884 écrit quarante centimètres. La publication de 2022 donne trente centimètres. Une revue technique de 2002 donne moins de quarante-cinq centimètres en alignement et trente en niveau.

Cette dernière formulation est la clef : un écart d’alignement et un écart de niveau ne sont pas la même grandeur. Une galerie peut tomber juste en altitude et décalée latéralement, ou l’inverse. Les sources qui donnent un seul nombre ne disent pas toujours lequel elles mesurent.

Ce que toutes partagent, c’est l’ordre de grandeur : moins d’un mètre. C’est une formulation qui reste vraie dans les quatre versions, et c’est pourquoi nous la retenons.

ÉlémentCe qui est établiSource
Premier tir de mine31 août 1857deux sources ; une troisième donne le 18 août
Jonction25 décembre 1870deux sources ; une revue technique place la réunion des galeries le 26 à 17 h 20, après la dernière roche percée le 25 à 16 h 25
Écart à la jonctionmoins d’un mètrede trente à quarante-cinq centimètres selon la grandeur
Longueur percée12 233 mètresauteur de 1884, en deux tronçons inégaux
Inauguration17 septembre 1871sources concordantes
Protectioninscription du 27 mars 1926, la première entréenotice nationale, arrêté non lu
Huit valeurs de longueur circulent pour cet ouvrage : elles ne mesurent ni la partie percée, ni la partie exploitée, ni la distance entre têtes de la même façon.

Deux tronçons très inégaux

Le détail qui donne la mesure du travail est la répartition. L’auteur de 1884 donne 12 233 mètres au total, dont 7 080 percés depuis le versant italien et 5 153 depuis Modane. Les deux équipes n’ont donc pas avancé à la même vitesse, et la jonction ne s’est pas faite au milieu.

La publication de 2022 place la jonction à 5 139,75 mètres de l’entrée nord, soit une treizaine de mètres de moins. L’écart est minime, et nous ne savons pas d’où chaque auteur mesure.

Ce que nous ne comparons pas : les huit valeurs de longueur qui circulent pour ce tunnel, de 12 233 à 13 689 mètres. Elles ne mesurent pas la même chose, selon qu’il s’agit de la partie percée en 1870, de la longueur exploitée après les travaux ultérieurs, ou de la distance entre les têtes actuelles. Les opposer produirait un faux débat. Même prudence pour les trois séries d’altitudes relevées dans nos sources.

Pourquoi percer la montagne plutôt que la franchir

Avant ce tunnel, le passage des Alpes entre la France et l’Italie se faisait par le col du Mont-Cenis. Un chemin de fer à rail central de type Fell l’a franchi à partir de 1868, jusqu’à l’ouverture du tunnel. Un chemin de fer ordinaire exige des pentes faibles, donc un passage à travers la masse.

Treize ans de percement pour une liaison qui n’existait pas encore, dans une roche dont on ne connaissait pas le comportement, et avec des moyens qui ont changé en cours de route : le chantier a commencé à la main et s’est achevé avec des perforatrices à air comprimé.

Nous nous gardons de détailler ces machines : nos sources les mentionnent sans les décrire précisément, et nous préférons ne pas reconstituer un matériel que nous n’avons pas vu documenté.

Une inscription de 1926, et une énigme de vocabulaire

Côté patrimoine, une notice nationale porte une inscription par arrêté du 27 mars 1926. Sa formule est brève et mérite d’être citée telle quelle : la première entrée.

La notice porte sur la commune de Fourneaux, et non sur celle de Modane, ce que nous avons vérifié nous-mêmes dans l’export national : une publication de 2022, citant un compte rendu de la Société géologique de France de 1861, situe l’entrée du tunnel au-dessus du village de Fourneaux, ce qui s’accorde avec la notice.

Nous n’avons pas lu l’arrêté lui-même. Et cette formule pose une question que nous ne pouvons pas trancher : désigne-t-elle l’entrée primitive, que l’inventaire associatif des tunnels ferroviaires dit abandonnée en 1881, ou simplement la tête française de l’ouvrage ? Les deux lectures sont possibles, et aucun document consulté ne les départage.

  • Cette date de 1926 est, sur notre propre décompte, la plus ancienne parmi les notices dont la dénomination contient le mot tunnel.
  • La commune de Modane compte par ailleurs deux notices sans rapport, une ancienne rizerie inscrite en 1987 et une fontaine en granit inscrite en 1951.
  • Nous ne donnons aucun bilan humain du chantier : nous n’avons trouvé le chiffre qui circule que dans une source associative, non recoupée.

Vu d’en haut, on ne voit presque rien du tunnel : deux ouvertures sombres au pied de versants très raides, séparées par une montagne entière. C’est précisément ce qui rend la jonction de 1870 impressionnante. Entre ces deux trous, treize ans de travail, et un rendez-vous manqué de moins d’un mètre. Les deux équipes avaient creusé plus de cinq kilomètres chacune sans jamais se voir, et elles se sont retrouvées à moins d’un mètre d’écart.

Sources : article publié en 1884 dans une revue littéraire et politique, pour les longueurs percées de chaque côté, le total et l’écart de quarante centimètres ; publication d’un comité d’histoire des sciences de la terre, 2022, pour la date de jonction et un écart de trente centimètres ; revue technique spécialisée, 2002, pour la distinction entre écart d’alignement et écart de niveau et pour une date de jonction différente ; export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques du ministère de la Culture, pour l’inscription du 27 mars 1926 et pour les notices de Modane. L’arrêté de 1926 n’a pas été lu, aucune source d’époque sur l’écart n’a pu être consultée, et le bilan humain du chantier n’est pas établi.

Questions fréquentes

Comment a-t-on percé ce tunnel ?

Par les deux bouts à la fois, depuis la France et depuis l'Italie, sans puits intermédiaire pour se repérer en cours de route. C'est ce qui rend la jonction remarquable : les équipes ont creusé plus de cinq kilomètres chacune, guidées par des visées topographiques.

Quel était l'écart à la jonction ?

Moins d'un mètre, et c'est la formule la plus exacte que nous puissions donner. Un auteur de 1884 écrit quarante centimètres, une publication de 2022 trente centimètres, une revue technique de 2002 donne moins de quarante-cinq centimètres en alignement et trente en niveau. Ces valeurs ne mesurent pas toutes la même chose, et aucune ne dépasse le mètre.

Quand a eu lieu la jonction ?

Le 25 décembre 1870 selon les deux sources principales que nous avons lues. La même revue technique de 2002 distingue deux moments : le 25 décembre à seize heures vingt-cinq, heure italienne, la dernière roche est percée par une perforatrice, puis le 26 à dix-sept heures vingt les galeries sont réunies, après des tirs de mines. Nous retenons le 25 décembre, que donnent aussi l'auteur de 1884 et la publication de 2022, en signalant le 26.

Combien de temps a duré le chantier ?

Le premier tir de mine est daté du 31 août 1857 par deux sources, du 18 août par une troisième. L'inauguration a lieu le 17 septembre 1871. Entre les deux, quatorze ans, dont treize de percement effectif jusqu'à la jonction de décembre 1870.

Le tunnel est-il protégé ?

Partiellement, et de façon curieuse. Une notice nationale porte une inscription par arrêté du 27 mars 1926 visant, selon sa formule, la première entrée. Nous n'avons pas lu l'arrêté, et nous ne savons pas si cette première entrée désigne l'entrée primitive, que l'inventaire associatif des tunnels ferroviaires dit abandonnée en 1881, ou simplement la tête française. Nous nous gardons donc de l'interpréter.
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