Les remparts du Quesnoy, dans l’Avesnois, ont été classés au titre des monuments historiques par un arrêté du 14 mars 1944. En pleine Occupation.
Vingt-cinq ans et quatre mois plus tôt, des soldats néo-zélandais les avaient escaladés à l’échelle pour prendre la ville. Et ils l’avaient fait sans que l’artillerie lourde tire sur ces murs.
Ce que l’arrêté de 1944 protège, ce sont précisément ces murs : les remparts, l’escarpe et la contrescarpe, les demi-lunes, les redoutes et les redans et les autres défenses isolées faisant partie de l’enceinte fortifiée.
L’arrêté nomme l’obstacle, pas le monument qu’on y a posé pour l’avoir franchi.
Le 4 novembre 1918, une décision de terrain
Le récit qui compte ici n’est pas celui de l’assaut, c’est celui du choix tactique, et c’est le ministère néo-zélandais de la Culture et du Patrimoine qui l’écrit.
Les murs du Quesnoy auraient pu être rapidement réduits par l’artillerie lourde, mais aucun plan ne prévoyait un tel assaut. La mission donnée à plusieurs bataillons de la Rifle Brigade était de masquer les forces allemandes dans la ville, sans insistance sur une prise immédiate. Le même ministère ajoute que les troupes étaient décidées à la prendre quand même, et qu’il existait une petite rivalité entre le deuxième et le quatrième bataillon, le premier avançant vers la porte de Valenciennes, le second poussant par l’ouest.
Autrement dit, et c’est notre lecture de ce texte : une initiative de terrain plutôt qu’un plan d’état-major. Et c’est ce qui explique l’échelle.
Les remparts extérieurs ont été franchis avec des échelles fournies par les sapeurs. Reste le mur de brique intérieur, et là, faute de pouvoir dresser une échelle ailleurs, les hommes du quatrième bataillon la calent sur un étroit replat au sommet d’un ouvrage d’écoulement. Le lieutenant Leslie Averill, officier de renseignement du bataillon, passe le premier. La garnison se rend peu après.
Une échelle de verger : c’est le musée néo-zélandais installé dans la ville qui donne ce détail, dans son pack d’informations en français, et qui indique que la visite extérieure mène au lieu précis où l’échelle a été posée contre les remparts. Le même musée donne une hauteur de treize mètres pour ce mur intérieur. Ce chiffre n’est porté que par lui : ni la commune, ni les Petites Cités de Caractère, ni le ministère néo-zélandais, qui parle d’une hauteur sans la chiffrer, ne le corroborent. Nous le donnons donc avec son auteur. Sur le point d’appui lui-même, les deux formulations se recoupent : un replat au sommet d’un ouvrage d’écoulement pour la page du ministère consacrée à la libération, un pont étroit, à peu près le seul endroit où les échelles atteignaient la crête, pour l’ambassade néo-zélandaise en France.
Les chiffres de cette journée, et leurs trois périmètres
Il faut les donner avec précaution, parce qu’ils ne mesurent pas la même chose et qu’on les voit souvent mélangés.
| Chiffre | Périmètre exact | Source |
|---|---|---|
| environ 140 morts | la journée du 4 novembre 1918, pour toute la division néo-zélandaise | ministère néo-zélandais de la Culture et du Patrimoine |
| environ 80 de ces morts | la troisième brigade, celle qui a mené l’assaut sur la ville | même source |
| environ 200 morts | la semaine qui mène à la libération | musée néo-zélandais de la ville |
| 10 kilomètres gagnés, 60 pièces de campagne prises | l’avance de toute la division sur la journée | ministère néo-zélandais |
| 12 483 | les Néo-Zélandais tombés sur le front de l’Ouest entre 1916 et 1918 | même source |
Un avertissement sur le dernier nombre, parce que la confusion est facile et qu’elle change tout. Les 12 483 sont des morts, pas des engagés. Le musée écrit de son côté que plus de douze mille soldats néo-zélandais ont participé aux combats en France, ce qui est une affirmation très différente avec presque le même nombre. Les quelque cent quarante morts du 4 novembre sont, selon le ministère, presque les derniers de ces 12 483.
Le décompte des prisonniers est le désaccord le plus net du dossier, et il est instructif. Le ministère néo-zélandais donne deux mille Allemands capturés, mais pour l’avance de toute la division sur la journée. Le musée donne environ deux mille soldats qui se rendent, en semblant attribuer ce chiffre à la seule ville. L’ambassade néo-zélandaise, elle, décrit d’abord plusieurs centaines de prisonniers pris à l’entrée dans la ville, puis environ sept cents hommes en captivité peu après : deux moments successifs du même récit. Elle cite ensuite l’historien James Cowan, qui donne une garnison d’environ mille cinq cents hommes rendue après des combats de rue, puis vingt-sept officiers et deux mille cinquante hommes capturés avec plus de quarante canons pour les opérations de la journée entière, le dégagement de la forêt de Mormal compris. L’écart entre ses propres chiffres et ceux qu’elle cite n’est pas expliqué.
La leçon est simple : le chiffre rond de deux mille est celui d’une journée de division, pas celui d’une garnison de ville. Nous le donnons avec son périmètre et nous ne tranchons pas.
Le musée avance enfin qu’il y avait environ mille six cents habitants français dans la ville au moment de la libération, et qu’aucun civil n’a été tué ce jour-là. Ces deux éléments ne sont portés que par lui.
Ce que l’arrêté de 1944 nomme, et ce qu’il laisse dehors
Le texte de protection, tel que la notice le reprend, est une énumération d’ouvrages militaires : les remparts, l’escarpe et la contrescarpe, les demi-lunes, les redoutes et les redans, et les autres défenses isolées faisant partie de l’enceinte fortifiée.
Il ne nomme pas le mémorial néo-zélandais. Celui-ci se dresse pourtant sur les remparts intérieurs depuis 1923 : œuvre du sculpteur français Félix Desruelles, il a été dévoilé le 15 juillet 1923, en présence du maréchal Joffre, de Lord Milner, de Sir James Allen et du lieutenant Averill lui-même. Nous écrivons en présence, et non inauguré par : le pack du musée attribue l’inauguration à Joffre, la page de l’ambassade le liste parmi les présents sans dire qui a dévoilé le monument.
Nous devons aussi signaler la mention type que le ministère porte sur ses notices, 46 621 des 46 761 de l’export, et qui se retourne dans sa propre suite. Elle affirme d’abord qu’elle répond à l’obligation réglementaire d’établir la liste générale des immeubles protégés et qu’elle est donc opposable et fait foi juridiquement. Puis elle enchaîne en indiquant qu’aucune copie ne sera fournie et que le dossier complet et l’arrêté ne sont consultables que sur place, à Charenton-le-Pont. Le texte qui fait foi est en ligne, la pièce qui le porte ne l’est pas.
Quatre protections dans la ville, deux notices dans tout le pays
Nous avons interrogé nous-mêmes, le 2 novembre 2026, l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, 46 761 notices.
- Le Quesnoy porte quatre notices : les remparts, classés le 14 mars 1944 ; l’ancien château comtal, inscrit le 2 février 2016 ; l’hôtel de ville, inscrit le 11 juillet 1942 pour ses façades, ses couvertures et son escalier d’honneur, puis le 19 avril 2006 pour son beffroi ; et l’église Notre-Dame-de-l’Assomption, inscrite en totalité le 25 février 2021.
- L’adjectif néo-zélandais n’apparaît que dans deux notices de tout le fichier. L’une est celle du château du Quesnoy, parce que le périmètre cadastral de l’arrêté de 2016 inclut une partie de l’avenue des Néo-Zélandais. L’autre est celle du mémorial sud-africain de Longueval, par une comparaison. Dix variantes de graphie ont été testées avant de le conclure, accents et casse neutralisés.
- Le mot Nouvelle-Zélande apparaît dans six notices, toutes des cimetières ou des mémoriaux de guerre, et toujours par la même clause type qui énumère les gouvernements du Commonwealth parties à l’accord sur les tombes de guerre.
Le Quesnoy est donc le seul lieu de ce corpus où une voie nommée d’après les Néo-Zélandais entre dans le périmètre légal d’une protection. Ce décompte vaut pour ce fichier fermé et pour les graphies testées.
Deux pièges de décompte, et comment ils ont été corrigés : pour situer Le Quesnoy dans son voisinage, nous avons interrogé les cinquante-deux communes de la communauté de communes du Pays de Mormal, périmètre nommé et clos. Résultat : vingt-cinq notices, réparties sur treize communes seulement, les trente-neuf autres n’en portant aucune. Mais il a fallu s’y reprendre à deux fois. Le rapprochement par nom de commune en rendait vingt-six, parce que La Flamengrie existe aussi dans l’Aisne et Le Favril hors du Nord : un filtre de département les écarte, et il n’en reste alors que vingt-quatre. Le rapprochement par code communal courant en rendait vingt-quatre aussi, parce que la ferme de Cambron, à Bermeries, porte le code 59070, passé depuis dans la commune nouvelle de L’Orée de Mormal. Les deux méthodes ne rejoignent vingt-cinq qu’une fois ce transfert pris en compte, par l’ancien code pour l’une, par l’ancien nom de commune pour l’autre. Ce décompte ne vaut que pour ces cinquante-deux communes, pas pour l’Avesnois entier, que nous n’avons pas interrogé.
Vu du ciel, l’octogone laissé par Vauban
La commune date son château de 1150, sur une motte, et le dit restauré en 1625. La ville est occupée par la France le 4 septembre 1654, puis le traité des Pyrénées la fixe en 1659. Vauban y travaille entre 1668 et 1673 et dote l’enceinte de huit bastions protégés par des ouvrages extérieurs, après une phase antérieure à cinq gros bastions à orillons.
La commune décrit un octogone d’environ trois kilomètres et demi de long. Les Petites Cités de Caractère écrivent trois kilomètres de remparts érigés par Vauban. Nous ne tranchons pas, et nous laissons ce chiffre hors du titre.
La suite est une longue sortie du service actif. La place est déclassée le 26 juin 1867, reclassée en 1878 comme fort d’arrêt, puis déclassée de nouveau le 6 juillet 1901, ce que confirme un acte du 10 mai 1921. Vingt-deux ans plus tard, l’arrêté de 1944 la fait entrer dans une autre catégorie : celle des monuments.
Aujourd’hui, la commune propose un parcours de vingt-cinq stations sur ces remparts, de la porte de Valenciennes à la porte Faurœulx, des batardeaux au souterrain dit Fantôme et à la caserne souterraine. Elle y signale aussi un kiosque à musique daté d’environ 1884, construit par l’architecte Guillemin, financé par la ville et par les concerts des sociétés musicales, restauré en 2011. La commune le présente comme l’un des plus anciens de l’Avesnois, et les Petites Cités de Caractère reprennent la formule : c’est une appréciation, et nous n’avons trouvé aucun décompte qui l’étaye.
Le parc naturel régional de l’Avesnois publie de son côté une page consacrée à ces remparts, où il écrit que les tunnels ont été aménagés pour protéger les chauves-souris, que des grilles ont été posées aux entrées de certains d’entre eux pour limiter le dérangement pendant l’hibernation, et que les remparts font figure de poumons verts au cœur de l’espace urbain. Cette page date de 2012, et elle parle d’aménagements et de grilles, pas de protection réglementaire : nous n’avons établi aucun espace naturel protégé sur cette commune, l’interface du patrimoine naturel ayant refusé nos requêtes.
Un dernier élément, pour dire que cette mémoire est toujours active. Le fonds néo-zélandais qui a créé le musée a racheté en 2017, grâce à des dons, un bâtiment de la fin du dix-neuvième siècle qui avait été la résidence du maire de la Première Guerre mondiale. Le musée qui s’y est installé a ouvert officiellement le 11 octobre 2023. Et la commune voisine de Beaudignies a renommé sa place en 2000 du nom d’un jeune subalterne de la troisième brigade néo-zélandaise, mort en octobre 2001 à cent cinq ans.
Sources : notice PA00107779 du ministère de la Culture, lue dans l’export national des immeubles protégés, 46 761 notices, interrogé par nos soins le 2 novembre 2026, pour le classement du 14 mars 1944 et le libellé exact de l’arrêté ; notices PA59000197, PA00107778 et PA59000211 du même export pour les trois autres protections de la commune et le périmètre cadastral de 2016 ; mêmes données pour les décomptes de l’adjectif néo-zélandais, du mot Nouvelle-Zélande et des vingt-cinq notices du Pays de Mormal ; ministère néo-zélandais de la Culture et du Patrimoine, page consacrée à la libération du Quesnoy, lue dans un instantané d’archive du 3 février 2025, le site vivant renvoyant un contrôle anti-robot, pour le choix tactique, la rivalité entre bataillons, le franchissement des remparts extérieurs, le replat de l’ouvrage d’écoulement, les dix kilomètres gagnés, les deux mille prisonniers, les soixante pièces, les quelque cent quarante morts de la journée dont environ quatre-vingts de la troisième brigade, et les 12 483 tombés sur le front de l’Ouest ; musée néo-zélandais de la libération installé au Quesnoy, page et pack d’informations pour enseignants en français, pour l’échelle de verger, les treize mètres du mur intérieur, les quelque deux cents morts de la semaine, les mille six cents habitants, l’absence de mort civil et l’ouverture du musée le 11 octobre 2023 ; ambassade de Nouvelle-Zélande en France, pour le pont étroit, les chiffres de prisonniers, les propos de l’historien James Cowan et la cérémonie du 15 juillet 1923 ; Petites Cités de Caractère de France, fiche du Quesnoy, pour l’escalade et les trois kilomètres de remparts ; commune du Quesnoy, pages sur les fortifications, le parcours des remparts et le kiosque à musique, pour la chronologie militaire, les huit bastions, l’octogone de trois kilomètres et demi, les déclassements et le kiosque ; parc naturel régional de l’Avesnois, page de 2012, pour les aménagements en faveur des chauves-souris. L’arrêté de 1944 lui-même n’a pas été lu, il n’est consultable que sur place. Six corpus néo-zélandais, britanniques ou régionaux ont refusé la lecture automatique et rien n’est conclu de leur contenu.

