Anne Berdoy situe au XIVe siècle la maison forte de Cette-Eygun, que la notice de 2026 ne date pas

Le village de Cette et son clocher, dans la vallée d'Aspe
Le village de Cette, dans la vallée d'Aspe, et le clocher de son église Saint-Pierre. Nous n'identifions pas la maison forte inscrite sur cette vue. Photo : FredSeiller, CC0, via Wikimedia Commons.

Anne Berdoy a étudié et publié douze maisons fortes des vallées béarnaises. Elle situe celle de Cette-Eygun dans le courant du quatorzième siècle.

Son article a paru en 2003 dans la revue Aquitania. Nous l’avons lu, puis relu en image pour contrôler la phrase.

Elle s’appuie sur les archères cruciformes et sur une fenêtre géminée à motif de rosace. Ces éléments incitent à situer la construction, écrit-elle.

L’arrêté d’inscription du 4 février 2026 ne donne, lui, aucune date. Son champ de datation est vide.

Une maison forte protégée en 2026, et que l’acte ne date pas.

Ce que l’arrêté dit de Cette-Eygun, et ce qu’il tait

Le texte de l’arrêté de Cette-Eygun tient en une phrase. La maison forte, en totalité, située sur la parcelle 168, section A.

Il ne porte ni siècle, ni époque, ni campagne de construction. Cinquante-trois des soixante-dix-huit champs de la notice sont vides.

Ce vide n’a pourtant rien d’exceptionnel, et il faut le dire. Dans l’export national, 75,90 pour cent des notices n’ont aucune datation.

La proportion monte encore sur les maisons fortes et les édifices fortifiés. Sur les 704 notices qui portent ces dénominations, 631 sont dans ce cas.

Les sept notices de ce groupe situées dans les Pyrénées-Atlantiques ont toutes ce champ vide. Aucune ne date son édifice.

Comment nous savons qu’il s’agit bien de ce bâtiment

Une figure de l’article de 2003 lève le doute. Elle reproduit un extrait du plan cadastral de Cette-Eygun.

Le bâtiment y est noirci, et une flèche part du nombre 168. C’est exactement la parcelle que l’arrêté désigne.

Ce nombre a été lu sur l’image rendue à 700 points par pouce, et non dans le texte extrait. La parcelle 168 existe toujours, mais plusieurs numéros voisins ont changé depuis.

Un piège méritait d’être écarté. Une fouille de 2018 porte sur une autre maison forte de la même commune.

Celle-là est adossée au mur pignon de l’église romane. Nous mesurons 337 mètres entre cette église et le bâtiment inscrit, et 161 mètres de dénivelé.

Ce que les mesures disent du site de Cette-Eygun

La maison forte de Cette-Eygun se tient à 526,34 mètres d’altitude. Le col du Somport est à 16,355 kilomètres et 1 103 mètres plus haut.

Le gave d’Aspe coule à 66 mètres, six mètres en contrebas. L’édifice est donc en fond de vallée, et non sur une hauteur.

Ces chiffres vont contre une image qui vient vite à l’esprit. Celle d’un poste de guet commandant la route d’Espagne.

Nous avons cherché un lien de ce type dans les documents. Le mot Somport n’apparaît qu’une fois dans les trente-trois pages de l’article de 2003.

Il y figure comme toponyme sur la carte de localisation. Le dossier d’inventaire n’en dit rien, et la notice ne le porte que dans son adresse.

Un dernier écart reste ouvert. La parcelle est donnée à 525 mètres carrés par le cadastre, quand sa géométrie en rend 513,8.

Sources : export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, 46 761 notices, notice PA64000121, pour le texte de l’arrêté du 4 février 2026, la dénomination d’édifice fortifié, le statut de propriété privée, les cinquante-trois champs vides, et pour nos décomptes sur les 704 notices d’édifices fortifiés et de maisons fortes, les 631 sans datation, les sept des Pyrénées-Atlantiques et les 75,90 pour cent de notices sans datation dans l’ensemble du fichier ; Anne Berdoy, Maisons fortes des vallées béarnaises, revue Aquitania, tome XIX, 2003, notice Eygun, pages imprimées 242 à 244, déposée par l’autrice sur l’archive ouverte HAL, lue puis relue en image à 600 et 700 points par pouce, pour la datation proposée, pour les archères cruciformes et la fenêtre géminée, et pour la figure 24 qui désigne la parcelle 168 ; notice archéologique de l’Inrap sur la fouille de 2018, pour la maison Apatie-Darré et sa localisation aux abords de l’église romane ; nos mesures sur le service altimétrique et le plan cadastral de l’Institut géographique national, et par la formule de haversine au rayon de 6 371,0088 kilomètres. Ne sont pas établis : la date de construction de l’édifice, la seule proposition publiée reposant sur des éléments de style ; l’état actuel du bâtiment depuis 2003 ; la raison du vide de datation dans l’acte ; et l’écart entre les 525 mètres carrés déclarés et les 513,8 de la géométrie, interne au même cadastre. La notice d’inventaire en ligne résume un travail universitaire d’Anne Berdoy antérieur à son article de 2003, et nous ne nous en servons pas pour dater.

Questions fréquentes

Que protège l'arrêté du 4 février 2026 ?

La maison forte en totalité, sur la parcelle 168 de la section A du cadastre, conformément au plan annexé. Le texte tient en cette seule phrase. Il ne porte ni siècle, ni époque, ni campagne de construction, et cinquante-trois des soixante-dix-huit champs de la notice officielle sont vides.

De quand date la maison forte ?

Aucun acte ne le dit. La seule datation publiée de cet édifice que nous ayons trouvée est celle d'Anne Berdoy, dans la revue Aquitania en 2003. Elle s'appuie sur les archères cruciformes, sur une fenêtre géminée à motif de rosace et sur l'importance des décors, et elle situe la construction dans le courant du quatorzième siècle, peut-être durant sa première moitié. C'est une proposition appuyée sur le style, pas une datation absolue.

La maison forte a-t-elle été fouillée ?

Pas celle-ci. Une fouille préventive de 2018 porte sur la maison Apatie-Darré, une autre maison forte de la même commune, adossée au mur pignon de l'église romane. Nous mesurons 337 mètres entre cette église et le bâtiment inscrit, et 161 mètres de dénivelé. Il ne faut pas confondre les deux.
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