L’église Notre-Dame de Las Planques, à Tanus dans le Tarn, a été classée monument historique le 10 février 1913. À cette date, il ne restait plus que quelques habitants dans le hameau qu’elle desservait.
Elle se dresse sur un rocher, au-dessus d’un méandre du Viaur, et l’on n’y accède qu’à pied. C’est encore vrai aujourd’hui.
Une chronique savante rend compte de ce classement l’année suivante, en 1914, dans des termes qui disent bien ce qui a été protégé : la petite église de Lasplanques, perchée sur un rocher abrupt au pied duquel le Viaur décrit, dans un sombre ravin, un de ses fréquents méandres.
Le site est aussi pittoresque que l’édifice curieux, écrivait le chroniqueur en 1914.
Vingt-sept immeubles protégés dans tout le département avant 1914
Pour mesurer ce que représentait un classement en 1913, nous avons interrogé nous-mêmes, le 31 octobre 2026, l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, qui compte 46 761 notices.
Il en porte trois cent sept pour ce département. Vingt-sept seulement ont une première protection antérieure ou égale à 1913, et celle de Las Planques est la première prononcée dans le département cette année-là, le 10 février, avant une fontaine classée le 28 novembre.
Pour situer ces vingt-sept, la cathédrale du chef-lieu est classée en 1862, une maison d’un bourg voisin en 1875, les ruines d’un château en 1909, une porte de ville en 1910. Une petite église de hameau presque abandonné entre dans cette liste en 1913.
La commune elle-même ne porte que deux notices en propre dans cet export : cette église, et une ferme inscrite en 2007.
Ce que le chroniqueur a vu, et ce qu’il en a dit
Le texte de 1914 ne se contente pas d’enregistrer la décision. Il porte un jugement sur l’édifice, et ce jugement vaut comme document sur l’économie des campagnes de ce pays.
L’église y est décrite comme purement romane et d’une décoration sculpturale des plus sommaires, type de ces églises de campagne, nombreuses selon toute vraisemblance, pour lesquelles les modiques ressources disponibles ont été absorbées par la construction au détriment de l’ornementation.
Autrement dit : on a bâti, on n’a pas décoré. Et c’est cette sobriété même que relève le chroniqueur, un an après le classement, en jugeant le site aussi pittoresque que l’édifice est curieux.
| Élément | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Classement | 10 février 1913 | export national, et chronique de 1914 |
| Notices du Tarn dans l’export | 307 | notre comptage |
| Dont protégées avant ou en 1913 | 27 | notre comptage |
| Peintures du chœur | 1696 pour la notice d’immeuble, quatorzième siècle pour la notice d’objet | notices du ministère, et chronique de 1914 |
| Construction | début du douzième siècle, probablement | notice du ministère |
| Fond de vallée du Viaur | 289 m | notre mesure |
| Sol de l’église | 335 m | notre mesure |
| Rebord du plateau au sud | 502 à 515 m | notre mesure |
Deux dénivelés qu’il ne faut pas confondre
C’est le piège de ce lieu, et il est facile d’y tomber. On lit volontiers qu’une église est perchée très haut au-dessus d’une rivière, et la gorge du Viaur invite à le croire.
Nous avons mesuré nous-mêmes, sur une grille de points autour du lieu-dit, en interrogeant le service national d’altimétrie. Le fond de vallée du Viaur est à deux cent quatre-vingt-neuf mètres, en plusieurs points concordants. Le sol de l’église, au point que la notice du ministère donne pour elle, est à trois cent trente-cinq mètres, et le point du lieu-dit, un peu plus bas sur la pente, à trois cent vingt-deux mètres et demi. Le rebord du plateau, au sud, est entre cinq cent deux et cinq cent quinze mètres.
Ce que ces chiffres disent, et ce qu’ils ne disent pas : de l’église à la rivière, il y a une quarantaine de mètres. Du plateau du Ségala à la rivière, il y en a plus de deux cents. Le second dénivelé décrit la gorge, pas la hauteur de l’église. Écrire qu’elle est perchée à deux cents mètres au-dessus du Viaur serait faux, même si la vue depuis le plateau donne cette impression.
Nous avons mesuré au point que la notice du ministère donne pour l’église, et non au pied exact du clocher : la précision de nos mesures ne va pas au-delà.
Un débat de datation que le ministère n’a pas refermé
Les peintures de l’abside ont fait l’objet d’un désaccord savant, et la chronique de 1914 le rapporte. Un auteur les datait du quatorzième siècle ; un autre soutenait qu’elles ne remontent qu’à l’année 1696. La même chronique signale au passage que ces peintures du chœur étaient déjà classées en 1908, cinq ans avant l’église : la notice d’objet du ministère le confirme, le classement est du 12 novembre 1908.
C’est cette seconde datation que porte la notice d’immeuble du ministère, qui donne 1696 comme année de campagne et range les peintures murales de l’abside au dix-septième siècle. Mais sa notice d’objet, celle qui protège justement la peinture du chœur, porte toujours le quatorzième siècle. Le ministère se contredit donc d’une base à l’autre, et la documentation touristique ajoute une troisième date, le seizième siècle.
La notice décrit ces peintures comme dégradées, et en donne le programme : quatre bustes de saints, une colombe, la Sainte Famille et le Père Éternel. Elle décrit aussi l’édifice, petit bâtiment roman probablement construit au début du douzième siècle en moellons locaux, avec une nef à bas-côtés, une abside encadrée de deux absidioles voûtées en cul-de-four, et un clocher rectangulaire dont l’étage est ajouré par des piles formant un crénelage sous le toit.
Un village parti sur le plateau
L’histoire du dépeuplement nous vient d’une fiche touristique régionale, et nous la donnons comme telle. L’église devrait son nom à une passerelle qui permettait de franchir le Viaur. Elle aurait été le centre d’un village d’une vingtaine de maisons vers le quatorzième siècle, et aurait servi de refuge à l’approche des bandes armées.
Au dix-huitième siècle, les habitants gagnent les plateaux. La perte du titre de paroisse, au profit d’une autre église, achève le départ des derniers. Au début des années 1900, il n’en reste que quelques-uns.
Nous ne donnons pas de date pour ce transfert de paroisse. Deux sources en proposent deux, séparées d’un demi-siècle, et aucune ne cite la pièce qui trancherait. Nous préférons l’absence de date à une date fausse.
Un détail dit mieux que tout le reste ce qu’est devenu ce lieu : pour visiter l’intérieur, la même fiche indique qu’il faut prendre la clé à la mairie ou dans un café du bourg.
Vu d’en haut, Las Planques est un éperon rocheux pris dans une boucle du Viaur, avec une petite église et son clocher à crénelage, et autour, des pentes boisées jusqu’à la rivière. Le plateau céréalier qui a donné son nom au pays est deux cents mètres plus haut, et c’est là que le village est allé.
Sources : export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, 46 761 notices, interrogé par nos soins le 31 octobre 2026, pour le classement du 10 février 1913, la description de l’édifice, la datation de 1696, le siècle de construction, le propriétaire, et pour nos deux comptages de trois cent sept et vingt-sept notices ; export national des objets mobiliers protégés au titre des monuments historiques, pour le classement de la peinture du chœur le 12 novembre 1908 et le siècle qu’il lui donne ; chronique publiée en 1914 dans une revue d’histoire méridionale, page 561, lue dans un fac-similé numérisé, pour le compte rendu du classement, les deux citations et la datation des peintures ; fiche touristique régionale pour le récit du dépeuplement, la passerelle et les modalités de visite, source unique de ces éléments ; service national d’altimétrie, interrogé par nos soins sur une grille de points, pour les trois altitudes, qui sont nos mesures. Les deux études savantes repérées sur cette église n’ont pas été lues, le site qui les héberge interdisant les robots, et la date du transfert de paroisse n’est donnée par aucune source que nous ayons pu vérifier.

