Le 12 novembre 2025, un arrêté préfectoral a inscrit au titre des monuments historiques l’auditoire de Joinville, en Haute-Marne, en totalité, comprenant l’auditoire à proprement parler, ses deux cours et ses caves. Quatre mois plus tard, le 16 mars 2026, un second arrêté est venu le modifier.
Ce second acte ne change pas une ligne du texte. Son article premier dit que l’annexe de l’arrêté du 12 novembre 2025 est modifiée conformément à l’annexe ci-jointe, et son article 2 que les autres dispositions restent inchangées. Ce qui a été refait, c’est la carte.
Un arrêté rouvert quatre mois plus tard, non pour changer ce qu’il protège, mais pour redessiner où.
Ce que le nouveau plan colorie
Les deux plans portent la même légende à deux tons, l’un pour l’auditoire inscrit en totalité, l’autre pour les cours de l’auditoire et les caves inscrites. Mais ils ne colorient pas la même surface.
Sur le plan de 2025, le ton réservé aux cours et aux caves couvre moins d’un demi pour cent des pixels coloriés : autrement dit, la carte ne teintait que le bloc bâti et laissait au gris du fond tout le reste de la parcelle, à commencer par la bande qui s’étend au sud du bâtiment, vers la Petite Rue de l’Auditoire. Sur celui de 2026, ce même ton couvre trente-huit virgule six pour cent, et la parcelle est coloriée presque entièrement.
L’échelle a changé aussi, passant de vingt à cinquante mètres : la feuille de 2026 embrasse un quartier plus large. Et la part restante, celle du ton foncé, occupe soixante et un virgule quatre pour cent de la surface coloriée, quand l’emprise bâtie relevée au cadastre vaut cinquante-neuf pour cent de la parcelle. Les deux chiffres concordent.
Ce que cela veut dire, et ce que cela ne veut pas dire : le périmètre protégé n’a probablement pas changé, puisque le texte est intact et que les deux cours comme les caves étaient déjà nommées en 2025. Ce qui a changé, c’est la lisibilité du document qui fait foi au sol. Un plan qui laisse une cour en gris de fond et un plan qui la colorie ne disent pas la même chose à qui instruit une demande de travaux.
Le texte dit AD, le plan dit AB
L’arrêté de 2025 situe le bâtiment sur la parcelle 114 de la section AD, et celui de 2026 laisse cette mention inchangée. Les plans annexés aux deux actes portent, eux, section AB, parcelle 114.
Nous avons interrogé le plan cadastral pour savoir laquelle des deux mentions tient.
- La parcelle AD 114 de Joinville n’existe pas. Le service d’interrogation du plan cadastral ne rend aucun objet pour cette référence.
- La section AD compte cent vingt-neuf parcelles, numérotées de 1 à 157, et le numéro 114 n’en fait pas partie.
- La parcelle AB 114 existe, et sa contenance est de sept cent soixante-douze mètres carrés, exactement le chiffre que l’arrêté annonce.
- Elle se trouve à quatorze mètres quatre du point d’adresse du 17 rue de l’Auditoire.
Comme l’arrêté de 2026 ne modifie que l’annexe, la mention AD reste dans le corps du texte, et c’est elle que la base du ministère reprend. Nous rapportons les quatre états de la chose, le texte, le plan, le cadastre et la notice, sans trancher : seule l’administration peut rectifier son acte.
Un lieu de justice, et ce qu’on en sait
Le mot auditoire désigne un lieu de justice. Le Trésor de la langue française, publié par un laboratoire du Centre national de la recherche scientifique et de l’université de Lorraine, en donne le sens premier attesté entre 1253 et 1289 : le lieu où l’on plaide et où l’on écoute les plaidoiries, du latin auditorium.
Celui-ci abritait le tribunal du bailliage seigneurial de la principauté de Joinville. Le lien seigneurial est documenté par les archives départementales : l’inventaire du fonds du bailliage et siège présidial de Chaumont porte un article consacré aux conflits de ressort du bailliage, dont une rubrique vise les conflits avec la principauté de Joinville, et le fonds privé Barotte conserve une pièce du 14 juin 1684 qui nomme un substitut du procureur général fiscal au bailliage et gruerie de la principauté de Joinville.
Le ministère date l’édifice de 1561 et trois sources locales reprennent cette année, mais nous n’avons trouvé ni acte ni étude savante qui l’établisse. Sur le commanditaire, deux sources nomment un duc de Guise et une troisième sa mère. Sur l’étendue du ressort, le site d’une association locale se contredit lui-même, annonçant une quarantaine de paroisses sur une page et plus de quatre-vingts sur une autre. Nous rapportons ces écarts et nous n’en tranchons aucun. Quant à la date de fin de cette juridiction, nous n’avons trouvé aucun document qui la fixe, ni dans les inventaires d’archives ni dans les pages locales que nous avons lus.
Du blé dans les greniers, en 1684
Le libellé protège les caves, et il serait tentant d’y loger les prisonniers. Aucun des documents que nous avons lus ne le dit. L’association qui s’occupe du bâtiment situe deux cachots dans l’édifice, et elle les place au rez-de-chaussée.
En revanche, une pièce d’archives datée documente un autre usage. Les archives départementales de la Haute-Marne conservent, dans un fonds privé, la vente faite au nom de la princesse de Joinville, duchesse de Guise, du blé et de l’avoine qui se trouvent sur les greniers de l’auditoire de la ville de Joinville, le 28 juin 1684. Un tribunal qui sert aussi de grenier seigneurial : c’est ce que cette ligne atteste, et rien de plus.
Quinze notices portent ce mot
Nous avons situé l’édifice dans le fichier national, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé le 5 novembre 2026.
| Filtre | Notices |
|---|---|
| dénomination exactement tribunal | cinquante-sept |
| le mot auditoire dans le titre éditorial | huit |
| le mot auditoire dans le libellé de protection | treize |
| l’un ou l’autre | quinze |
| domaine de l’architecture judiciaire, pénitentiaire ou de police | quarante-six |
Cette notice porte la protection la plus récente du département, toutes natures confondues.
Vu du ciel, sept cent soixante-douze mètres carrés dans un bourg
La parcelle mesure sept cent soixante-douze mètres carrés au cadastre, et sept cent soixante-dix virgule six par notre propre calcul sur son contour. Sa boîte englobante fait vingt-cinq mètres cinquante sur trente-six mètres soixante.
L’emprise bâtie a été relevée deux fois, par deux jeux de données indépendants : quatre cent cinquante-quatre mètres carrés sept selon le plan cadastral, quatre cent cinquante-cinq mètres carrés huit selon la base topographique. Le bâtiment principal s’élève à douze mètres six. L’altitude au service d’altimétrie de l’État est de cent quatre-vingt-quinze mètres six.
La notice ne porte aucune coordonnée, ce qui est le cas de près de cinq pour cent de l’export : les positions que nous avons employées sont les nôtres, calculées depuis la parcelle.
Le voisinage est serré. Une maison inscrite en 2010 se trouve à vingt-huit mètres cinq, juste en face, et la mairie à quatre-vingt-trois mètres sept, distances calculées par la formule de haversine. Sur neuf monuments protégés dans la commune, le plus éloigné de celui-ci est à sept cent quarante-deux mètres.
Sources : arrêté préfectoral numéro 2025/507 du 12 novembre 2025, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région Grand Est du 14 novembre 2025, pages 39 à 41, et arrêté numéro 2026/078 du 16 mars 2026, publié au recueil du 20 mars 2026, pages 111 à 113, tous deux en pages image et lus par reconnaissance optique à deux cents puis quatre cents et six cents points par pouce, pour leurs articles, leur considérant identique, le visa de l’avis de la commission régionale du patrimoine et de l’architecture du 19 juin 2025, leur signataire par délégation, et la mention de la section cadastrale ; les deux plans annexés à ces arrêtés, rendus en images et dont les surfaces coloriées ont été mesurées par classement des pixels selon la pastille de légende la plus proche ; notice PA52000043 du ministère de la Culture, lue dans l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, pour le libellé, la dénomination, la datation de 1561 et la propriété communale ; Trésor de la langue française informatisé, publié par un laboratoire du Centre national de la recherche scientifique et de l’université de Lorraine, pour le sens et l’attestation du mot auditoire ; archives départementales de la Haute-Marne, fonds privé, pour la vente de blé et d’avoine des greniers de l’auditoire du 28 juin 1684, et pour le classement des minutes notariales du bailliage et principauté ; association locale de sauvegarde du patrimoine, pour le tribunal du bailliage, la Gruerie siégeant dans les mêmes murs et les deux cachots du rez-de-chaussée, cette source se contredisant par ailleurs sur l’étendue du ressort ; service d’interrogation du plan cadastral, base topographique et service d’altimétrie de l’IGN, et nos propres calculs de surface et de haversine avec un rayon de 6 371,0088 kilomètres, pour l’absence de parcelle AD 114, les cent vingt-neuf parcelles de la section AD, la contenance de AB 114, les emprises bâties, la hauteur, l’altitude et les distances ; export national des immeubles protégés, interrogé par nos soins le 5 novembre 2026, pour les cinquante-sept notices de dénomination tribunal, les quinze portant le mot auditoire, les quarante-six du domaine judiciaire, les neuf notices de la commune rendues par les deux voies et les quatre cent trente-deux du département. Ne sont pas établis : ce que contenaient les caves, la date de construction au-delà de ce que trois sources locales répètent, l’identité du commanditaire, l’étendue du ressort, la date de fin de la juridiction, et la section cadastrale exacte, le texte de l’acte et son propre plan ne portant pas la même.

