En septembre 1899, un observateur mesurait quarante ares d’eau libre au lac de Lispach. Le plan d’eau en couvre aujourd’hui dix hectares.
Cet observateur est C. Lemasson, dans un mémoire publié en 1929. Son titre dit son inquiétude, sur la disparition du lac de Lispach.
Nous l’avons lu, puis relu en image pour contrôler deux chiffres. L’extraction automatique rendait le millésime illisible, là où le texte imprimé porte 1899.
Lemasson relève 46 mètres sur 87,6, soit environ quarante ares. Notre propre multiplication donne 4 029,6 mètres carrés.
Un lac qu’on disait en train de disparaître, et qui couvre dix hectares.
Ce que mesure aujourd’hui le lac de Lispach
Nous avons mesuré le plan d’eau sur la base topographique de l’IGN. Il couvre 101 091 mètres carrés, soit 10,1091 hectares.
Son contour compte 304 sommets, pour 2 052 mètres de périmètre. Ce contour n’a pas de trou, et le radeau de tourbe n’en est donc pas retranché.
La base classe d’ailleurs Lispach en retenue de barrage. Elle classe en lac le Blanchemer voisin, à 4,752 kilomètres.
Le lac n’a pas grandi tout seul. Un premier barrage a été bâti par les tissages, et l’actuel date de 1961.
Le document d’objectifs écrit que cet ouvrage a provoqué une élévation sensible du plan d’eau. La date du premier relèvement varie de 1914 à 1918 selon les documents.
Le rapport entre les deux surfaces atteint vingt-cinq. Il est notre calcul, et il compare une étendue d’eau libre à une emprise de plan d’eau.
Les cartes forestières de 1899 montraient d’ailleurs un lac de trois hectares environ. Le même document les cite.
Trente-cinq hectares protégés depuis 1976
Le lac et ses abords sont inscrits au titre des sites par un arrêté du 15 avril 1976. Nous avons mesuré ce périmètre, 35,273 hectares.
Il compte 110 sommets. La couche nationale des servitudes le nomme Lac de Lispach et ses abords.
Un détail de lecture mérite d’être signalé. L’attribut qui porte cette surface s’appelle surfdclha mais contient des mètres carrés.
Le site Natura 2000 est un autre objet, qu’il ne faut pas confondre. Sa zone spéciale de conservation couvre 10,4809 hectares.
Les onze hectares qu’annonce la direction régionale de l’environnement sont ceux de l’attribut de surface de cette couche. Ce n’est donc pas une mesure concurrente.
- Le parc naturel régional des Ballons des Vosges, qui contient le lac.
- Une zone spéciale de conservation Natura 2000, 10,4809 hectares mesurés.
- Deux zones naturelles d’intérêt écologique, celle de la tourbière de la Grande Basse et celle du massif vosgien.
- Aucune réserve naturelle, aucun arrêté de protection de biotope et aucun terrain de conservatoire.
Huit mètres d’écart entre les documents et le modèle de l’IGN
Tous les documents administratifs lus donnent le lac à 910 mètres. Nous avons interrogé le modèle altimétrique de l’IGN sur les 304 sommets du trait de rive.
La médiane ressort à 918,10 mètres. Le minimum vaut 916,81 mètres et le maximum 920,14.
L’écart avec les 910 mètres atteint donc huit mètres. Nous le signalons sans pouvoir dire d’où vient la valeur administrative.
Lemasson, lui, écrivait 740 mètres en 1929. Il se trompait de 178 mètres, et son mémoire ne dit pas d’où vient ce chiffre.
Ce que nous n’avons pas trouvé sur la tourbe de Lispach
Nous cherchions une datation de la tourbe, et nous n’en avons trouvé aucune. Ni profondeur de base, ni âge brut, ni âge calibré, ni vitesse d’accumulation.
Les corpus interrogés sont nommés. Les trois cahiers du document d’objectifs, lus en entier, et les 43 références propres au site.
Les dix mille ans que citent ces documents sont une date de déglaciation. Ce n’est pas une datation de la tourbe, et les mêmes opérateurs la reprennent d’un document à l’autre.
L’épaisseur de tourbe manque aussi, faute des deux rapports de 2007 que nous n’avons pas trouvés en ligne. La valeur d’un mètre cinquante qui circule vient d’un document que nous n’avons pas pu ouvrir.
Trois serveurs publics nous ont par ailleurs refusé l’accès ou répondu par une erreur. Nous ne concluons rien de ces silences.
Sources : C. Lemasson, Sur la disparition du lac de Lispach, Mémoires de la Société des Sciences de Nancy, 1929, pages 3 à 6, numérisées par l’université de Lorraine, lues puis relues en image à 300 points par pouce, pour la mesure de 46 mètres sur 87,6 en septembre 1899 et pour son altitude de 740 mètres ; couche nationale des servitudes d’utilité publique servie par la Géoplateforme de l’Institut géographique national, servitude AC2-130010259-279 nommée Lac de Lispach et ses abords, date de création du 15 avril 1976, gestionnaire la direction régionale de l’environnement du Grand Est, pour le site inscrit et sa surface ; document d’objectifs du site Natura 2000, rédigé par le parc naturel régional des Ballons des Vosges et le Conservatoire des sites lorrains sous la maîtrise d’ouvrage de la commune de La Bresse, validé le 12 février 2010 par son comité de pilotage, trois cahiers lus en entier, pour l’état antérieur et pour l’absence de datation ; arrêté du 17 mars 2008 désignant la zone spéciale de conservation, publié au Journal officiel du 6 avril 2008, qui ne donne aucune superficie ; nos mesures sur la base topographique, la couche des espaces protégés et le service altimétrique de l’Institut géographique national. Ne sont pas établis : l’âge de la tourbe, aucune datation n’ayant été publiée dans les corpus interrogés ; son épaisseur, les deux rapports de 2007 n’ayant pas été trouvés en ligne ; l’origine de l’altitude administrative de 910 mètres ; la date du premier relèvement du plan d’eau, donnée à 1914 par un document et à 1918 par un autre ; et la superficie exacte du site Natura 2000, cinq valeurs circulant pour lui. L’inventaire national du patrimoine naturel et le serveur de la direction régionale ont répondu par des erreurs, et le service public de diffusion du droit a refusé nos requêtes, que nous n’avons pas contournées.

